Hambye, commune du canton de Gavray (Manche
ferme de Tourlaville. L'acte de donation, passé le i^'" mai i562 devant Pierre Badère, garde des sceaux du bailliage et comté de Clermont, constate que ce magnifique don est fait à l'abbé de Hambye « pour les loyaux et reconnus services » rendus par lui à la maison ducale d'Estouteville. Au reste, pendant dix-sept ans, de i562 à iByg, Jean II dut plaider contre certains habitants de Tourlaville pour faire reconnaître les droits à lui cédés et gagna tous ses procès. Inde irœ...
Le manoir de Tourlaville dépendait de l'élection de Yalognes et du bailliage du Cotentin. Situé à une lieue et demie environ à l'est de Cherbourg, il n'était qu'une lamentable ruine dans un des plus beaux paysages de Normandie. Jean II le fit abattre, à l'exception du donjon, qui datait de la fin du huitième siècle, et construisit à sa place l'élégant et poétique château d'aujourd'hui. Mais, outre le donjon, l'abbé de Hambye conserva, en sous-sol, la salle des gardes et les prisons de la vieille forteresse du moyen âge, lesquelles existent encore. Chez le bénédictin devenu seigneur féodal, l'artiste et le mathématicien reparurent. L'abbé de Hambye dressa lui-même le plan du nouveau manoir, fut son propre architecte, assisté de ces excellents « maistres massons » qui parcouraient l'Anjou, la Touraine, le Poitou, le Limousin, la Normandie, en quête de travaux. Autant pour le gain que pour faciliter une construction qui devait faire honneur au pays, ses voisins s'empressèrent de lui envoyer des matériaux.
L'un des plus zélés fut le sire Gilles Picot de Gou-
Si z
benille *, seigneur du Mesnil-au-Yal ', espèce de gentleman farmer, figure originale et curieuse, bien caractéristique des mœurs de la petite noblesse provinciale du seizième siècle. Ce pittoresque personnage était lieutenant des eaux et forêts. ?sous lui devons un Journal, des plus intéressants, qui fait de lui comme un Pierre de l'Estoile campagnard \
La tapisserie, la décoration, les meubles, exécutés probablement par Jean Lefebvre, artiste menuisier de Caen, très en renom, — rien ne fut négligé à l'intérieur du château. Il était loin toutefois d'atteindre à cette surabondance, ce luxe d'ornements, ce faste décoratif, dont l'enrichit, en le restaurant, Charles de Franquetot, seigneur de Carquebut et de Tourlaville. Mais l'extérieur rappelait déjà, par plus d'un détail, Chaumont, Chenonceaux, Azay-le-Rideau, vrais chefs-d'œuvre d'art, d'élégance et de goût. Quand tout fut terminé, en i563, l'abbé de Hambye s'occupa de son domaine, l'agrandit considérablement et employa presque tous ses revenus agricoles à soulager la misère publique. Ses premières largesses allèrent naturellement à l'église ^otre-Dame de Tourlaville, sur laquelle, selon l'usage, étaient apposées les plaques du fief. C'était un grave délit de toucher à ces plaques; et le 1 5 octobre i549,
1. GouberAille, commune du canton de Saint-Pierre-Église (Manche) .
2. Aujourd'hui : Le Mesnil-Auval , canton d'Octeville (Manche).
3. Le Journal de Gilles de Gouberville, seigneur du Mesnil-au- Val, édité par E. de Beaurepaire. Le château de la Cour, à Virandeville, appartient aujourd'hui à la famille de Gilles de Gouberville. Il existe aussi à Yalognes, rue de Welléat, n° 9, un hôtel de Gouberville (igiS).
ABBAYE DE HAMBYE
(État actuel.)
le précédent seigneur avait fait emprisonner Aubin Autier, habitant du bourg de Tourlaville, qui s'était permis de les arracher*.
Pendant qu'il se construisait un château digne d'être le siège de son fief, Jean II relevait l'abbaye de Hambye de sa décadence. Fondée en ii/i5, pour des bénédictins, par Hugues et Foulque Paynel, l'abbaye ne comptait que dix-sept moines, cent ans plus tard, et possédait à peine six cents livres de revenu lors de la visite d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, le g août i25o*. Le nouvel abbé porta les revenus à 4- 5oo livres, avec 72 florins pour Vannât, ou droit pontifical. Son goût de bâtisseur s'exerça aussi bien dans la vallée de la Sienne que sur les côtes de la Manche. Aux bâtiments gothiques-normands rappelant Jumièges, Jean II en ajouta de nouveaux non moins élégants : la salle capitulaire et le cloître. En iS-S, il fut élevé à la dignité de grand-chantre de la cathédrale de Coutances, dont il était chanoine depuis dix ans% et, en 1679, 1 évêque Arthur de Gossé lui confia un vicariat général.
Il sut satisfaire à toutes ses obligations, séjournant tantôt à Coutances et à Hambye, tantôt en son manoir du Rozel* et au château de Tourlaville, sans que sa