‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 21 sur 113 · Louis É.nault, De Paris à Cherbourg, page · texte numérisé non relu

Louis É.nault, De Paris à Cherbourg, page

des injures, puis ces quatre fils de bonnes nnaisons se servirent de leurs mains, comme de simples vilains. Les coups pleuvaient ferme, lorsque, pour en finir, Robert Le Fort étendit raide mort, d'un coup d'épée, le curé Ravalet ' .

Cette fois, la justice s'occupa de l'affaire, mais sans enthousiasme, vu les troubles perpétuels. Le procès s'éternisa dans les greffes du parlement de Normandie, qui siégea successivement à Gaen et à Rouen, sous la présidence de Claude de Groulard, car on était en pleine Ligue. Finalement, au bout de vingt-deux ans, les deux Le Fort furent condamnés à perdre leurs biens et la vie. Le seul Robert passa par les mains du bourreau, sur cette sinistre place du Vieux-Marché de Rouen où agonisa la Pucelle, honneur trop grand pour ce vulgaire criminel. Le curé ÎNicolas, emprisonné dans la même ville, obtint sa liberté en vertu du privilège de saint Romain et leva la fierté l'an 1601 '. Un troisième frère Le Fort, quoiqu'il n'eût pris aucune part au crime, fut condamné à payer la valeur de treize boisseaux de froment pour l'obit annuel du curé Ravalet, en l'église de Sideville\ Il dut aussi ériger à ses frais la vieille croix de pierre qu'on rencontre devant le manoir de Carneville, sur la route des Pieux, et qui indique le théâtre de ce fait-divers lugubre, tout

1. F. Ingoult, Les Ravalet de Toarlaville (manuscrit). Un ancêtre des frères Le Fort, Robert, avant suivi Guillaume le Conquérant en Angleterre, sauva la vie au duc à la bataille de Hastings et prit le nom de Fortescu, si célèbre depuis.

Page 1