Floquet, Histoire du privilège de saint Romain
3. Cette église dépendait de l'abbaye du Vœu de Cherbourg, depuis i33o.
en perpétuant les regrets posthumes du meurtrier \ A peu près a ers la même époque, le comte xle Montsoreau, grand-veneur de Monsieur, frère du roi, faisait assassiner Bussy d'Amboise, au manoir de la Coutancière, à la suite d'un rendez-vous que le mari força la comtesse d'écrire au beau et galant Bussy ^.
Il est bon de le remarquer : au moment du sanglant exploit de Robert Le Fort, deux notoires ennemis de la maison Ravalet-Tourlaville occupaient, enCotentin't des charges judiciaires : un Cabart, sieur des Essarts, était procureur de l'abbaye du Yœu à Cherbourg; un Dancel était juge criminel au bailliage de Valognes. L'un ou l'autre n'aurait point manqué d'informer contre les Ravalet aînés, pour peu qu'il y eût, de leur côté, délit ou crime.
Le sang d'un Ravalet coulait pour la première fois, non en défendant la patrie et le roi, mais comme une réparation due aux mânes de Robert Hubert. Le fils payait pour son père. Pourtant les ennemis des Ravalet, si nombreux, même en exceptant les Le Fort, osèrent dénaturer la vérité; d'où ces légendes absurdes : un curé tué à l'autel par le seigneur de Tourlaville, à qui il aurait refusé la communion ; un autre Ravalet assassinant son frère et absous de ce crime par un pèlerinage à Rome, qu'il se garda bien d'accomplir ; il avait ses raisons pour cela. . . On voit combien, en ces temps druels, l'imagination populaire et les rancunes privées avaient leurs coudées franches. On ne prête qu'aux
1. F. Ingoult, Les prétendus crimes des Ravalet de Tourlaville (étude manuscrite).
2. Léo Mouton, Une héroïne de roman. La dame de Montsoreau (1912). Ce livre rectifie les écarts historiques d'Alexandre Dumas.
riches, ne le fussent-ils que dans l'opinion du voisin. Calomnies encore, les trois manants pendus haut et court pour refus de porter leur grain au moulin seigneurial de Tourlaville, le viol de la femme d'un écuyer et sa tête servant à abattre des quilles ! Il n'y a pas la moindre trace de ces atrocités dans les archives judiciaires et administratives ; mais force travaux historiques et de nombreux dessins reproduisent, avec une visible complaisance, ce chapelet de sanglantes turpitudes et les portent à l'actif des nouveaux Atrides, des maudits, des Ravalet enfin' !
D'autres crimes plus vraisemblables ont été commis : il faut les laisser à qui de droit, c'est-à-dire aux anciens féodaux de Tourlaville ou aux précédents propriétaires du fief Aubert-Hermite , les d'Anneville, Geroesme, ^ ipart et Dancel. Gilles Dancel, notamment, qui (( battoit les pôvres à grands coups de bâton à la porte du lieu dit des Flouettes », au témoignage de Gilles de Gouberville ^ n'était pas un homme commode. L'incendie des fermes du baron Houtteville semble dû à la malveillance de Jean \ ipart, dont les juments avaient été saillies par les ânes du baron. Il y
1. La menteuse légende des Ravalet date de leur temps. La Révolution l'accrédita, en haine de l'ancien régime. Couppey, juge au tribunal de Cherbourg, l'imprima pour la première fois dans VAnnuaîre de la Manche pour 1829. C'est lui qui compara les Ravalet aux Atrides. Vinrent ensuite Yérusmor (1861), Pontaumont (Oiim du château de Tourlaville). Ces derniers avaient été précédés du vicomte Th. du Moncel, descendant par alliance des Ravalet-Sideville, qui renchérit sur le tout, en i85o.
2. Journal de Gilles de Gouberville (10 décembre i556). La porte monumentale de la ferme des Flottes, anciennes Flouettes, se voit encore aujourd'hui sur la route de Tourlaville (igi3).
eut bien une femme enlevée à Tourlaville et un séducteur égorgé. Mais ces événements se produisirent longtemps après que fîefîerme et château n'appartenaient plus aux Ravalet, et nous connaîtrons par la suite le vrai coupable.
La singulière réputation infligée à une maison plus décorative et remuante que d'autres, les diverses manifestations d'énergie de sa branche cadette affligeaient l'âme, entre toutes sensible, de l'abbé de Hambye. Même alors que les cousins de Jean II étaient des victimes, la province voyait en eux des criminels. La tragédie de Carneville, en faisant déborder le vase d'amertume, incita sans doute l'abbé et seigneur féodal à demander au roi, avec apostille de Matignon, un autre nom patronymique. Il eut gain de cause, mais sans bénéfice moral, puisque les ennemis des Ravalet continuèrent d'attribuer aux seuls Tourlaville les exploits des Sideville et d'autres familles. Les mille voix de la tradition, les cris du populaire échaufTé et surexcité, les insinuations habilement semées, cent années durant, formèrent le sinistre faisceau de calomnies sous lequel se débattait encore Tourlaville quand Julien et Marguerite souillèrent le blason des ancêtres, l'éclaboussèrent de leur sang.- La scandaleuse randonnée des Incestueux n'était point pour ramener le calme dans les esprits, apaiser la rumeur, soumettre loyalement le procès des Ravalet aînés au tribunal de l'opinion publique. La mystérieuse mort de Gabrielle de Ravalet, une des sœurs de Marguerite, au manoir de Saint-Christophe du Foc * , deviendra un nouveau crime
En 1649.