DE LA VIGNE D EMONDEVILLE
(Ecuyers, antérieurs à 1570.)
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petit Julien, que le père en appellerait peut-être aux lois et au roi contre un fils rebelle, ramena le gentilhomme dans la voie du respect humain. D'autre part, les portes de la Bastille s'ouvrant toutes grandes pour Julien, le saint abbé renierait son petit-neveu. Il ne lui restait plus qu'à accepter le fait accompli. Peu de jours après, une longue et affectueuse lettre de la dame de Tourlaville annonçait à son fds le mariage de la sœurette, — mariage inévitable, suspendu comme un glaive de séparation et de douleur sur la tête des envoûtés enfants, mais auquel ni l'un ni l'autre ne pensait jamais.
Les noces se feraient naturellement à la fîefferme, vers la mi-juin. La cérémonie religieuse — la seule qui eût de l'importance alors, car la signature du contrat était une simple formalité — serait célébrée à Notre-Dame de Tourlaville. On priait cordialement M. d'Aireville d'y assister, et l'on comptait d'autant plus sur sa présence qu'il avait, de tout temps, marqué à la fiancée beaucoup d'affection et de tendresse. La mère, incapable d'ironie, âme douce et malgré tout indulgente, ajouta sans doute que Marguerite souriait déjà à l'idée d'être admirée par Julien, sous sa robe de satin blanc et sa vertugade de mariée. L'écolier en théologie rongea son frein pendant quelques semaines. Avec l'agrément du principal, probablement averti par les parents, vers le 5 juin il prit congé de maître Antoine Fusi, puis salua le grand portail et l'écusson du collège, bien décidé à ne plus jamais les revoir.
Le contrat de mariage de noble homme Jean Lefebvre, sieur de Hautpitois, fils de noble homme Nicolas Lefebvre, sieur du Yieulx, et de dame Louise
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Jouhan, son épouse \ avait été passé en reconnaissance le 16'' jour de mars 1600, par-devant maîtres Nicolas Piot et Richard Le Blond, tabellions de la haute justice de Bricquebec'.
Jean Lefebvre comptait quarante-cinq ans au moment où il osa convoiter l'âme, le cœur, la rayonnante personne de cette printanière créature, Marguerite de Ravalet ! Elle venait à peine d'accomplir ses treize ans ; mais on voulait la boucler, l'emprisonner au plus tôt dans les devoirs du mariage, l'autorité d'un maître. Certainement, elle pleura, supplia, se débattit avant d'accepter son sort, cachant, ou niant, jusqu'au dernier moment la passion qui tourbillonnait dans son cœur. De plus en plus consciente et avisée en ses actes, elle dut, pour donner le change, réclamer d'abord un mari jeune, séduisant, un vrai gentilhomme, ne se fit point faute d'insister sur l'âge, l'inélégant aspect de Jean Lefebvre, sa vulgarité d'allures, sa profession prosaïque, dénonçant en lui l'amour des écus, des ambitions trop opposées à l'idéal d'une Ravalet. Les parents se rejetèrent sur les sacrifices imposés par leur nombreuse lignée, le rang à tenir, la dot, relativement modeste, dont ils pouvaient disposer en faveur de leurs filles. Ils n'oublièrent point de
1. On a ici, pour la première fois, les véritables noms des parents de Jean Lefebvre. Son oncle paternel et parrain, ami de Gilles de Gouberville, se nommait Jean.
2. On croit qu'il existe une copie, peut-être même l'original du contrat, dans les papiers conservés au château de Saint-Pierre- Église (Manche), aujourd'hui propriété de M. de Blangv, Il m'a été jusqu'ici impossible de me procurer le texte de ce document qui, d'ailleurs, doit sensiblement ressembler au contrat de Madeleine-Marguerite.
représenter Lefebvre comme issu d'une honorable maison, d'un caractère honnête, bon, égal d'humeur, et qui passerait sa vie aux pieds de sa ravissante femme. Peut-être même Madeleine insuffla-t-elle en l'esprit de Marguerite qu'elle seule commanderait au logis; son état de noblesse, sa condition, son nom ne se repentiraient jamais d'une union approuvée par tous les Ravalet, la province, l'opinion... Ces arguments n'avaient aucune valeur sur l'esprit énergique et décidé de Marguerite : elle en appela mentalement à son frère, à l'amour, le seul dieu que tous deux connussent. Elle sécha ses larmes, mais, se sachant condamnée d'avance, retrouva assez d'orgueil, à l'église et au château, pour n'avoir point l'air d'une victime.
L'attitude de Julien, complimenté sur sa déférence, sa soumission aux volontés paternelles, demeura correcte et digne sous l'écrasement. Sans doute on lui permit d'entretenir sa sœur, en particulier, non loin de l'appartement conjugal, car Jean Lefebvre fut pendant une semaine au moins l'hôte des Tourlaville*. On doit aussi admettre que le toit familial n'encouragea point l'époux à user de ses droits. S'il osa le tenter dans une chambre considérée comme sacrée par sa toute jeune femme, le regard qu'il reçut d'elle anéantit aussitôt en lui ses amoureuses velléités.
J'ai dit qu'on mariait les Françaises à un âge fort tendre, et cela depuis le quatorzième siècle, principalement dans les hautes classes de la société ^ Même en tenant compte des mœurs et des habitudes, la conduite