‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 43 sur 113 · I. H. DB Balzac, La Cousine Dette · texte numérisé non relu

I. H. DB Balzac, La Cousine Dette

JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET lOI

insuffisante consolation pour un homme ayant tenu dans ses bras, dans son lit, au nom de la volonté des parents et du sacrement de mariage, la plus éblouissante épousée du Cotentin.

Deux semaines s'écoulent. Jean Lefebvre persiste à ne point se montrer, à ne plus donner même de ses nouA^elles. Mais il a eu le soin d'informer son beaupère que Marguerite est à Saint-Rémy-des-Landes. Aussi, vers le 20 septembre, le frère aîné de la fugitive arrive au paisible manoir.

Jean lY est un gentilhomme brillant, ambitieux, peu expansif; toute cette affaire commence à l'impatienter. Il méprise le receveur, l'inélégant beau-frère, autant qu'il aime Marguerite ; mais qui ne l'aimerait point? Jean s'abstient volontiers de grands mots et de graves résolutions. Depuis que sa sœur a planté là son époux pour la seconde fois, l'héritier des Tourlaville semble s'aveugler sur les défauts de Lefebvre. n'est pas loin de prendre pour caprices d'enfant gâtée les coups de tête de Marguerite. Sans aller jusqu'à voir en Julien un incestueux, Jean lY le considère comme un damoiseau d'allures inexplicables et fantasques, et lui garde secrètement rancune de tout ce scandale. Nous ne savons pas exactement le caractère et l'étendue de la mission dont l'avait chargé son père. L'héritier, du haut de ses vingt-six ans, se croyait fort supérieur à Philippe, qui en avait vingt-trois, et surtout à Julien, qui en comptait à peine vingt. Toutefois, en cette circonstance, il fit preuve de diplomatie.

Il remercia Thomas Jallot au nom des Ravalet, puis apprit à Marguerite qu'il avait ordre de la ramener à Tourlaville. Elle y séjournerait jusqu'à ce que les époux fussent réconciliés. Ainsi l'a voulu le grand-

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maître, chef de la maison. Quant à lui, ses affaires personnelles l'appellent ensuite vers Alençon, et il lui tarde aussi d'aller à Saint-Églan* saluer sa tante Marie et son oncle Gabriel de La Vigne, ayant, ajoute-t-il, promis à ce ménage modèle, à ces parfaits époux, de séjourner chez eux.

Marguerite s'incline, embrasse Jean, lui sait gré d'avoir parlé de Tourlaville et non de Valognes... Jean sourit et lui jette un regard sous lequel elle ne se démonte point. Le départ a lieu le 29 septembre, jour de la Saint-Michel. Et lorsque le frère et la sœur, laissant loin d'eux le clocher de Cherbourg, atteignent le territoire du fief, ils ne tardent pas à voir Julien galoper à leur rencontre. Les deux gentilshommes servent d'escorte à Marguerite, qui fait au château une entrée quasi triomphale. A peine le seigneur et la dame de Tourlaville ont-ils aperçu leur enfant qu'elle est pardonnée !

En quelques jours, sa présence change tout dans la féodale habitation. La joie reparaît sur les visages, si bien que Gabrielle n'ose plus faire allusion aux horreurs dont elle fut témoin. On évite, devant Marguerite, de prononcer le nom de son mari ; mais le père et la mère comptent sur une prompte arrivée de Jean Lefebvre. On fera présider par l'abbé de Hambye le tribunal de famille ; on ouvrira à deux battants la porte de la grand'salle et on la refermera sur l'homme de Valognes. Au premier regard de l'abbé, le receveur des tailles embrassera les genoux de sa femme et lui fera des excuses. Elle aura l'air de ne pas comprendre ;

I. Aujourd'hui Saint-Aiglan, commune de Neauflcs-sur-Risle, canton de Rugles, arrondissement d'Évreux (Eure).

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