I. Elle était à ce moment enceinte d'environ sept mois
JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET iSy
prunt; Paris, ce récent rêve de Julien, était depuis longtemps le grand rêve de Marguerite.
Leurs trois domestiques, engagés un peu hâtivement, ne sont pas de ceux qu'on pourra conserver. Ils se proposent de les remplacer là-bas. En attendant, on leur donne l'ordre de prendre les devants, et on leur indique, comme lieu de rendez-vous, la Sainte-Chapelle. Nicolas Roussel s'y trouva seul et se logea on ne sait où, en attendant l'arrivée de Julien. Guyonne ?sicolle et son frère, qui se souvenaient de leur première fuite éperdue et fantastique, n'arrivèrent à Paris que vingt-quatre heures après leurs maîtres.
Julien et Marguerite prirent congé de leurs frères et des bons époux de La Vigne le 20 août'. Sans trop se presser maintenant, la carrière leur étant ouverte et surtout l'état de Marguerite exigeant des ménagements, ils renoncèrent au cheval, usèrent des coches, s'accordèrent quelques plantureux repas d'hôtellerie, l'un et l'autre fort gais, étourdis de bonheur, se gaussant des dîners de Jean Lefebvre, — la grosse pièce de bœuf saignant arrosée de cidre, — et faisant honneur aux mets dont se gavait volontiers la belle Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort : les fonds d'artichaut et la tourte aux rognons de coq'. , Le mardi - septembre i6o3, jour à jamais mémorable en leur brève existence, ils entraient dans Paris par l'imposante porte Saint-Honoré.
1. Date approximative. Le séjour au castel de Saint -Églan dura plusieurs semaines, peut-être un mois.