‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 5 sur 113 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

La Renaissance. — Triomphe des énergies et des passions. — Les Français et les Françaises au xvi^ siècle. — Apparition des Ravalet en Normandie. — Jehan I", Charles, Michel. — Ravalet de Tourla ville et Ravalet de Sideville. — Jean II , abbé de Hambye. — La guerre enCotentin. — Jean III, seigneur de Tourlaville, Madeleine de La Vigne et leurs enfants. — Julien et Marguerite. — Les dangers de l'accoutumance. — Une idylle terrible. — On se décide à marier la sœur. — Départ du frère pour Paris.

C'est une des douleurs de l'historien d'avoir parfois à évoquer de sanglantes annales, mais il accomplit un devoir en agissant ainsi. Les crimes de certains hommes font ressortir les vertus d'autres hommes, et ce serait en quelque sorte ne pas rendre complètement justice aux belles âmes que ne point châtier les âmes basses et viles. D'ailleurs, cette confrontation du mal et du bien est indispensable à ceux qui demandent à l'étude du passé, non, comme on le croit, les secrets de l'avenir, mais une vision exacte de l'humanité.

Il existe des familles tragiques, marquées d'un sceau fatal, se transmettant l'excès d'énergie, les dons effarants de leur race, ou subissant avec inconscience des lois politiques et sociales dont elles ne sont point responsables. Les Ptolémées, qui épousaient leurs sœurs, froissent en nous l'éternelle délicatesse; mais nous n'aurions pu répondre de nous-mêmes, vivant de leur temps, dans leur pays et leur royale condition... Romains, nous n'aurions pu nous opposer aux cruautés et aux insanités de Tibère, de Caligula, de Néron, de Domitien, d'Élagabal, qu'en nous réfugiant dans le suicide.

L'Italie du moyen âge, après Byzance, en vertu d'un privilège octroyé à cette terre latine parle climat, l'esprit, l'époque, les mœurs, a jeté dans le monde nombre de familles d'inconscients, de criminels, et de monstrueuses individualités.

Famille tragique aussi, cette maison des Baux, qui tient à la fois de l'Italie et de la Provence, où l'on compte quatre seigneurs assassinés, dont un écorché vif. A côté des coups de force, des emprises féodales, des randonnées criminelles, quel contraste nous offrent pourtant ces princes, avec le sourire, la grâce, la beauté de leurs princesses, exquises fleurs de poésie nées dans un terreau sanglant, héroïnes de cours d'amour*, inspiratrices des troubadours et des chevaliers : une Adelasie, une Blancaflour aux nattes brunes, une Passe-Rose, une Huguette, une Stéphanette, une Sibylle, une Clarette des Baux !

Les gestes violents de la reine Jeanne de Naples, des

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