I. Ta^crède Martel, Blancaflour (Paris
petits tyrans Ezzelino da Piomano, Carrare de Padoue, Pepoli de Bologne, Gianpolo Bagiioni de Pérouse, — qui fait de sa sœur sa femme et sa reine, — Polentini de Ravenne, Manfredi de Faeuza, Riario d'Imola, s'appareillent aux formidables excès des Visconti, des Sforza, des Bentivoglio, des Este, — à jamais illustrés par la déplorable aventure d'Hugo et de Parisina, — des Borgia, des Orsini, des Colonna et de cette extraordinaire famille, les Scaligere de Vérone, où, sur seize princes, dix sont mis à mort, dont cinq par leur frère ou leur neveu. Ce qui n'empêche nullement Can Grande P^ l'ami de Dante et de Pétrarque, d'être un autre Auguste et d'annoncer Léon X. Poètes, conteurs, peintres, sculpteurs, architectes, orfèvres, accomplissent leur œuvre pendant que le meurtre et le fratricide deviennent les jeux ordinaires des principautés et des républiques. L'aqua tofana, la cantarella, la bague de mort, le poignard servent d'instruments à la politique, à la haine, aux turpitudes publiques et privées. Les Scaligere, — avec le Volto Barbara et l'escalier des Mazzanti, — les Borgia, — avec la vigne du Belvédère, Alexandre ^ I, César et Lucrèce, — les ambitieux et habiles Médicis, — avec leur rugueux palais florentin taillé en forteresse, — sont les familles les plus en vue dans cette Italie seigneuriale, poissée de sang et puant le poison, entre un triptyque de Giotto et les admirables créations de Léonard de A inci et de Michel-Ange.
Rome, Florence, Venise, Xaples, Ferrare," Milan, Vérone, Bologne, autant de villes où s'agita frénétiquement l'homme, au nom de la haine et de la volupté. En Italie encore se produit un caractère comme François Cenci, personnage plaçant au-dessus
des papes et des lois la recherche du plaisir, les caprices de l'orgueil et de l'opulence, dût-il acculer un jour ses enfants au parricide.
Aux approches de la Renaissance, toute cette fermentation nocive éclate en personnalités élégantes ou féroces ; et quand le seizième siècle impose à l'Occident sa civilisation énergique et raffinée, les progrès de l'esprit humain ont pour rançon le trop-plein de la force physique mise au service des passions.
En France, le maréchal Gilles de Rays semble résumer tout le moyen âge italien : l'orgueil, le vice, la splendeur, le crime... Jean d'Armagnac fabrique une bulle pontificale, au nom de laquelle il épouse sa sœur. Jean-sans-Peur fait assassiner Louis d'Orléans : ils aiment tous deux la reine Isabeau et n'ont point la même politique ; or, la politique est un jeu autrement compliqué que le jeu d'amour.
En Russie, grâce au cruel Ivan, le sang coule tous les jours sur la Place Rouge de Moscou et dans les plaines de la Pologne. En Allemagne, on s'égorge, on se damne à plaisir; et l'on voit l'archevêque électeur de Cologne, Gérard Trukess, s'unir à une chanoinesse. En Angleterre, c'est Henri YIII, le barbe-bleue, l'hypocrite couronné, l'homme aux six femmes, sur lesquelles il en répudie deux et en décapite deux autres ; c'est la protestante Elisabeth, la fausse reine-vierge, implacable dans ses vengeances, qui, jalouse de la jolie tête de Marie Stuart \ joue pendant dix-neuf ans
I. Charles IX ne pouvait se lasser de contempler le portrait de Marie Stuart et disait à Brantôme que « c'etoit la plus belle princesse qui nasquit jamais au monde ». Il eut longtemps la pensée de l'épouser.