‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 52 sur 113 · MAISON DE LA RUE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

MAISON DE LA RUE SAINT-DENIS

OÙ fut arrêtée Marguerite de Ravalet.

(État actuel.)

donne à la prévenue le temps de s'habiller; puis on saisit ses hardes et tout ce qui lui appartient dans la maison. On la met en état d'arrestation a au nom du roi notre sire » ; on éveille et arrête les trois domestiques ; et le commissaire dresse procès-verbal de ses opérations.

Marguerite proteste contre la violence qui lui est faite, prononce le nom de son père, dit ses qualités de grand-maître des eaux et forêts de Normandie et de seigneur de Tourlaville, parle de l'abbé de Hambye, se déclare innocente. Visiblement, le commissaire est impressionné par la brillante parenté de cette jeune et jolie femme, sa distinction, son élégant sang-froid. Interrogée sur la retraite de Julien, elle répond avec calme qu'elle a laissé son frère au château de Saint- Églan, chez leurs oncle et tante de La Vigne. Elle ignore absolument où a pu se rendre depuis M. d'Arreville. Mais le livre de police dément aussitôt cette dernière affirmation.

Jean Lefebvre veut parler. Le magistrat le prie sèchement de garder le silence. On sort; l'huissier, le sergent et trois archers se détachent du groupe, emmenant avec eux [Marguerite et les domestiques, qu'ils déposent dans la salle d'arrêt provisoire du Châtelet, pendant que le commissaire, le clerc, le plaignant, son laquais et l'autre archer se transportent rue Tirechape, où ils arrêtent Julien, endormi très probablement à l'abri de la gracieuse, mais décevante enseigne du Petit Panier, et lui demandent son épée de par le roi.

Le 9 septembre i6o3, deux jours après leur arrivée à Paris, Julien et Marguerite de Tourlaville subissent, séparément, en la salle du greffe, entre dix et onze heures du soir, un premier interrogatoire, à la suite

duquel ils sont retenus, écroués et emprisonnés dans les geôles du Grand Châtelet. On écroue aussi la servante et les deux Aalets*.

Le régime intérieur de cette célèbre forteresse, construite sous Louis le Gros, démolie en 1802, avait été réglementé en diverses ordonnances du roi Louis XII, fréquemment renouvelées par ses successeurs*. Le Châtelet recevait des gens de condition ; on y enfermait même des prisonniers pour dettes, des Valois à Louis XIV \ De là une énorme différence dans le traitement appliqué aux détenus des étages supérieurs et aux pauvres diables, les pailleux, claquemurés dans les cachots, dits d'en bas, si bien nommés aussi culs de basses-fosses.

Le commissaire n'était pas un sot, loin de là. La qualité, le luxe, la beauté des accusés lui en imposèrent, quoiqu'il eût fort mal accueilli leurs dénégations, — les témoignages accumulés par le mari étant d'une précision et d'une éloquence écrasantes. Selon l'usage, le geôlier logea le gentilhomme dans une de ses meilleures chambres, aux étages supérieurs. Il en fut de même pour Marguerite. La geôlière lui témoigna force égards, aussi intéressés que sincères. Le prévôt de Paris et ses sous-ordres réservaient les ter-

1. C'est à tort que Philippe Du Pré (l'anonyme de i6o4) dit que Marguerite fut emprisonnée au For l'Evèque, alors prison ecclésiastique. L'erreur vient de la qualité de clerc, réclamée par Julien, mais rejetée par les magistrats du Châtelet.

2. Les Ordonnances et Status royaulx faictz par les Très chrétiens roys de France, etc. Imprimé à Paris, à l'enseigne de la Galée, pour Galliot du Pré, i5i6. Feuillets i55 et suivants.

3. Tallem.vnt des Réaux, Historiettes. En août i64o, Molière fut emprisonné au Châtelet pour une dette de II 4 livres.

ribles cachots la Grièche, Barbarie, Fin d'aise aux prisonniers de condition inférieure, pour ne pas dire aux malandrins et pires scélérats ramassés chaque jour sur le pavé de la capitale et dans ses bouges de bas étage, — expression fournie à la langue par les plus mauvaises cellules de la grande prison parisienne. Mais la situation physique de la demoiselle de Hautpitois et sa jeunesse exigeaient en outre des procédés, des soins, des attentions auxquels le geôlier et sa femme ne se dérobèrent jamais pendant les soixantedeux jours qu'elle passa au Grand Châtelet.

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