MARIE STUART
en iSSg.
(D'après François Clouet.)
avec cette tête catholique aAant de la faire tomber; c'est Marie Tudor la sanglante, prouvant au monde que la pudique Albion sait faire atroces les réactions religieuses. L'Espagne, après les gestes de Pierre le Cruel, montre ceux de l'Inquisition et du sanguinaire Philippe II, ce moine portant diadème. Les pierres de Venise suent la délation et le meurtre. En Sicile, sur cette terre de soufre, l'assassinat devient un dogme. Quant à la Corse, elle s'entretue de famille en famille ; mais le drame passionnel y est représenté par Sampiero d'Ornano, condamnant à mort et exécutant à Marseille sa femme Yannina, parce qu'elle a livré l'honneur de l'époux à la politique génoise.
Un Louis d'Orléans, une Isabeau de Bavière, en abritant leur inceste sous les courtines du lit rayai, nous préparent à la passion criminelle d'un duc d'Alençon et d'une Marguerite de Yalois, — celle-là même que l'amoral Brantôme qualifie sans rire de « toute splendide, libérale, n'ayant rien à soy, donnant à tout le monde », et qu'Henri lY appelait d'un nom pittoresque et peu flatteur. La beauté des coupables n'en souffre point devant les siècles, quelque poids dont se charge leur conscience. Ce sont bien les héros de leur temps.
Un drame comme Annabella, écrit en Angleterre, mais transportant sur la scène les passions de la chaude Italie \ s'explique alors, de même que nous nous expliquons la psychologie compliquée de certains héros de Shakespeare. La Renaissance exalte, surex-
I. Le vérilable titre de ce drame de John Ford pourrait se traduire par : Oael malheur qu'elle soit une p .'
cite la vitalité des deux sexes : elle applique à la politique, aux choses de l'esprit et de l'amour, aux violents caprices où se noient les âmes, cet excès de liberté et d'ambition que l'homme s'est arrogé en discutant ses croyances, ce qui l'arme d'une nouvelle et terrible curiosité : l'esprit d'examen.
Les travaux de Dante, de Pétrarque, de Boccace et d'autres Latins de génie, l'invention de l'imprimerie et sa diffusion à partir de I^bo déterminèrent cette grande explosion de la Renaissance. La prise de Constantinople par Mahomet II en i453, la découverte de l'Amérique en 1/192, ne sont pas étrangères non plus aux éléments qui la composent. L'irruption de l'Ottoman en Europe oblige les races latines à se replier sur elles-mêmes, à renouveler leur provision de combativité. D'autre part, le réveil de l'Art, des Lettres, des Sciences, rajeunit complètement le monde. On vient de retrouver les trésors intellectuels de l'antiquité, et l'on a hâte de s'épanouir, de respirer, de vivre, de rejeter enfin la raideur ascétique et mystique, derrière laquelle pourtant brillent de splendides lueurs : la construction des étonnantes cathédrales de France, l'abondance des poèmes romans, des chansons de geste et des mystères, — ce premier aspect de notre théâtre, — et le patient labeur des moines enlumineurs et copistes de manuscrits. Puis arrive la Réforme, préconisée par Luther, imposée par Calvin. Conception anti-latine, elle trouble les esprits et complique l'essor de la pensée humaine.
Si les conquêtes intellectuelles rendirent fous d'orgueil et de joie les esprits délicats, l'énergie physique décupla vite. Les passions, livrées à elles-mêmes, menèrent l'homme à des actes que nous s^ommes bien
forcés, à distance, de considérer comme des crimes. Leurs auteurs les tenaient potir mouvements obligés de leur flamme vitale et, plus souvent encore, pour mesures de précaution et de sûreté. Les vendettas corses sont la dernière expression de cet état d'âme, l'ultime soupir des énergies mises en branle par la fin du moyen âge et la Renaissance. Mais, tout comme les sublimes vertus d'un François d'Assise, le vice impressionne par son excès même, se revêt d'une sombre poésie ; et c'est dans ce sens que Flaubert a pu dire : u J'aurais préféré contempler la culotte du maréchal de Rays que le cœur de Madame Anne de Bretagne; il y a eu plus de passions dans l'une que de grandeur dans l'autre. »
Notre seizième siècle français se ressentit trop de l'Espagne et de l'Italie. Entre Milan et Naples, les soldats de Charles YIII, de Louis XII et de François L' se prirent d'admiration « pour des monstres humains aux formes séduisantes » ; et le plus' chevaleresque des hommes, Bayard, amant platonique de Lucrèce Borgia, porta candidement le gris et le noir, couleurs de cette dame de renommée plutôt suspecte. Il y eut quelque chose de changé à la cour de France dès qu'une princesse de Toscane s'assit sur le trône des Yalois.
Elle apportait les modes, les mœurs de son pays, son amour de l'éclat, sa sensualité, ses alchimistes, ses gants empoisonnés ; mais elle nous donnait aussi les calculs, les combinaisons politiques où triomphe sa patrie. L'escadron de femmes nues de Chenonceaux répond à une pensée morale et politique : Catherine de Médicis cherchait à guérir Henri III de ses déplorables vices, afm qu'il pût être un ATai roi. C'est la
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