Archives nationales, loc. cit., X
ment : mon frère. C'est pour elle le seul, le frère par excellence. Il y a là une nuance passionnelle qui donne à songer aux vieux routiers du Parlement.
Le mardi 2 5 et le mercredi 26 novembre, la Tournelle juge des affaires où sont impliqués, à des titres divers, François Fuseau, Claude Musnier et Lambert Proust.
Le jeudi 27, seconde audience. On procède à l'interrogatoire de Julien et du tailleur Agnès. On entendra aussi Guyonne Nicolle, à la requête de Marguerite. L'atmosphère judiciaire paraît changée ; elle est moins lourde. Le mari devient de plus en plus antipathique aux Parisiens. Pour l'incestueux, il obtient un grand succès de beauté auprès des dames : cinquante ans plus tard, il aurait ensorcelé la galante M"^^^ de Franquetot-Carquebut, sa petite-nièce par alliance '. Mais ce succès, Marguerite l'eut auprès des deux sexes.
Les auditeurs du lundi ont reparu, augmentés des retardataires, de ceux qui veulent voir, à tout prix, ces étonnants, séduisants et criminels frère et sœur. Vers huit heures du matin, les archers introduisent Julien, pâle, calme, n'ayant rien perdu de sa fière mine. Plus que jamais, on est au complet. Le Camus est assis à la droite du président Mole, le rapporteur Courtin à sa gauche. Les sept plus anciens conseillers sont à la droite du président Le Camus; les autres à la gauche de Courtin, mais toujours dans l'ordre de leur réception au Parlement.
I . M""' de Franquetot-Carquebut, grande amie de M-« Scarron, femme du cul-de-jalte, était, vers i655, la maîtresse de Bordier du Raincy (Emile Magxe, Scarron et son milieu, igoS).
26a JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET
Edouard Mole fait un léger salut à M. d'Arreville, tout comme il en usa avec Marguerite à la première audience, l'invite à se lever et à répondre.
(( Du j eudy XXVII novembre Y P 1 1 1 (sic) :
« Remonslré ' qu'il sçait que sa sœur a esté grosse et acouchée et depuis quand il s'est aperçu de sa grossesse.
« Jehan (lisez Julien) de Tourlaville^ .
(( A dict qu'il s'en est aperceu lorsque sa sœur est partie de Fougères pour venir par deçà.
(( Remonstré qu'il a eu trop de grande privaulté avec sa sœur.
u A dict que jamais homme plus innocent que luy n'est pareu en la face de la justice, et vcult estre damné comme Judas si le faict dont on l'accuse est véritable. »
A cet endroit dut se produire un incident. La chaleur, l'énergie de parole avec laquelle ne défendit le gentilhomme impressionna sans doute les assistants, principalement les femmes. Mais les sergents-audienciers firent bientôt taire les rumeurs.
Le président est bien forcé d'en revenir au tant délicat chef d'accusation, celui qui importe le plus à la justice, comme aussi aux oreilles des Parisiennes, toujours friandes de scandales :
« Remonstré qu'il a eu telle privaulté avec sa sœur