Commune du canton des Pieux (Manche
parmi lesquelles sa petite-fille ne fut pas oubliée. La dame de Tourlaville comptait alors quatre-vingt-trois ans; les épreuves ne lui avaient point manqué. Le lo octobre 1689, dans la matinée, la bonne châtelaine s'éteignit doucement, en son manoir, après avoir appelé auprès d'elle deux prêtres, le curé Jean Sybran et son vicaire*. Jean de Ravalet n'eut point la consolation de lui fermer les yeux : les devoirs de sa charge, les intérêts de sa maison, une visite à Gabrielle, à Guillemette ou à Madeleine le retenaient loin de sa compagne chérie. On perd même sa trace à partir de ce moment. Peut-être aAait-il eu la pensée de revoir, avant de mourir, la tombe des décapités.
Cette idée ne contredit en rien la psychologie du personnage. Elle s'expliquerait aussi par son grand âge (il avait alors quatre-vingt-dix ans, étant né vers i5'5o, l'âge de son bisaïeul Charles Ravallet) et parla présence, à Saint-Jean-en-Grève, d'un curé d'origine normande, nommé Loysel. Le temps avait coulé; mais les Parisiens gardaient encore le souvenir des Ravalet. Le curé de cette paroisse recevait régulièrement, d'un anonyme, une somme d'argent destinée à des messes et à l'entretien de la sépulture.
En 161 9, les Histoires tragiques de notre temps, où François de Rosset racontait l'épopée des incestueux en déguisant les noms, avaient ravivé leur mémoire. Rientôt, ce livre était dans toutes les mains. Deux fois imprimé à Paris, il le fut encore à Lyon, la même année. On savait toujours vivant le mari de Margue-
I. Voyez à l'Appendice, aux Pièces justificatives, l'acte de décès et d'inhumation de Madeleine de La Vigne.
rite : les vieux Parisiens le maudissaient d'autant plus volontiers que son probable parent Le Febvre, président à la Chambre des comptes de Paris, lit représenter chez lui un ballet, fort peu de jours après la décapitation des Ravalet ' .
Tout s'enchaîne et se complète dans l'histoire des Ravalet. Dès la Toussaint de i6/i3, Paul de Gondi prêchait à Saint-Jean-en-Grève : plus tard, devenu coadjuteur, il tenait le curé Loysel pour l'un de ses plus chauds partisans". Or, Gondi comptait depuis longtemps, parmi ses amis intimes et confidents, Fabbé de Franquetot, parent des Ravalet et maintenant grand-chantre de la cathédrale de Coutances^ Situation qui facilita singulièrement le suprême voyage de Jean III à Paris, si toutefois il l'effectua.
Aucun document ne précise l'époque du décès du seigneur de Tourl avilie. Mais on peut le placer vers le milieu de l'année i64o, sans s'éloigner de la vérité. La mort de celle qui partagea son bonheur et sa douleur pendant de si longues années dut briser le dernier et fragile lien qui retenait à la vie le vieux gentilhomme. Il est douteux qu'il soit décédé à Paris. Il repose probablement dans l'église de Tourlaville; et cette mention, d'une simplicité voulue, portée au registre paroissial, pourrait bien s'appliquer à lui : u Le i*"*" jour de juillet iG/io, fut inhumé noble homme Jeh... de Tourlaville, en l'église Notre-Dame de Tourlaville ». A moins qu'on ne lise, en cette écriture assez