‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 90 sur 113 · Voyez à TAppendice : Les de La Vigne · texte numérisé non relu

Voyez à TAppendice : Les de La Vigne

2. Après l'exécution de Julien II de Ravalet, la terre d'Arreville passa à sa sœur Gabrielle, puis à des collatéraux. De nos jours, le titre appartenait à la famille Langlois, représentée par M. André Langlois d'Arreville, maire de Sainte-GeneAdève, canton de Quettehou, depuis 1873, et décédé en mai 1912.

3. Saint-Cliristophe-du-Foc, commune du canton des Pieux (Manche) .

que Gabrielle, convoitant les biens de son beau-fils, Philippe Le Fillastre, officier aux gendarmes écossais, ait fait « chauffer un four » pour l'y précipiter au moment où il viendrait réclamer la succession de son père. Prévenu par un valet, il aurait averti la maréchaussée, d'où le supplice volontaire de la belle-mère, afin d'éviter une arrestation... Depuis quand arrêtet-on les gens avant qu'ils aient commis crime ou délit, surtout en ce temps-là ? Il y a aussi l'histoire du cercueil de Gabrielle retrouvé dans un jardin en i83o, la prétendue coupable ayant été jugée indigne de reposer en terre bénite. Autant de racontars suspects.

Guillemette de Ravalet, veuve de Jacob de Varroc, s'était remariée avec Jean d'Aigremont. Elle avait de son premier lit une fille, Catherine de Varroc, laquelle, comme sa mère, s'unit successivement à deux époux : Antoine de Franquetot et Jean de Crosville\ C'est donc par Catherine, petite-fille de Jean III, que les Franquetot mirent enfin la main sur la seigneurie de Tourl avilie. Leur rêve se réalisait après une longue attente! Mais, avant de les suivre en leur nouveau domaine, il est nécessaire d'accorder quelque attention à deux acteurs du drame de i6o3 : Jean Lefebvre, mari de Marguerite, et Antoine Fusi, le confesseur et le dernier ami des Ravalet.

En novembre 1606, Jean Lefebvre met fin à ses trois années de veuvage. Le receveur de Valognes épouse la demoiselle Françoise Le Berseur, dans l'é-

I. Généalogie des Ravalet de Tourlaville, dressée par M. Drouct, ancien avoué à Cherbourg. (Communication de M. Yger, archiviste et bibUothécaire de la ville de Cherbourg, mai 19 12.)

glise de Fontenay'. Chose étrange, à laquelle il ne songea point peut-être : par son second mariage, Lefebvre s'alliait de nouveau aux Ravalet. — Jehan Ravallet, quatrisaïeul de Marguerite, ayant épousé à Cherbourg, vers 1^33, une demoiselle Bonnette Le Berseur. Trois ans plus tard, Jean Lefebvre résigne ses fonctions, et Raoul Hemière lui succède. Sanson Lefebvre reste co-receveur des aides et tailles. Il faut croire que l'office était lucratif, puiscjue, après dix ans d'abstention, en 1619, l'ancien époux de Marguerite le reprend. Il l'exercera jusqu'en 1626, époque où son neveu Robert Lefebvre l'aura définitivement.

Jean Lefebvre est riche ; il a depuis longtemps oublié la morte et la place de Grève. Françoise Le Berseur lui donne de nombreux enfants. Le dernier naquit en i63o, l'année même où l'ex-receveur disparut du monde, sans que le mépris des hommes lui fît grâce un seul instant. Vers 1750, une de ses arrière-petitesfilles n'en deviendra pas moins marquise de Thieuville; et l'hôtel de la rue Siquet, où vécut deux ans la belle Ravalet. quittera pour toujours son premier nom*.

Laissons là ce cupide personnage et retournons à Paris. Nous y trouverons une nouvelle preuve de la singulière influence qu'exerça Marguerite de Ravalet, même après sa mort, de l'envoûtement qu'elle glissa dans l'esprit et le cœur de tous ceux qui l'aperçurent. Qui nierait, après cela, le pouvoir de la beauté sur les

1. \oyez l'acte de mariage à V Appendice. Pièces justificatives.

2. Voir à l'Appendice : La famille Lefebvre. La rue Siquet est aujourd'hui la rue Garnot.

hommes les plus réservés et timides, n'aurait qu'une imparfaite connaissance des misères et des défaillances du cœur humain.

Gabrielle de Ravalet ne fut pas la seule à subir la forte et troublante impression du supplice de Marguerite. Quelqu'un en avait été plus remué encore; et ce quelqu'un n'est autre que Fusi. On a vu le dévouement, la délicatesse qui Finspirèrent au moment de l'exécution. La beauté de Marguerite devint une subite révélation pour cet homme chaste, pieux, ce théologien vivant uniquement par le cerveau et tenant l'amour et les suites de l'amour pour mystères inexplicables. Jamais jusqu'alors il n'avait ni souri à une femme, ni accompagné une femme sur l'échafaud. Un caprice du sort voulut qu'il rendît pour la première fois ce service à l'une des plus belles créatures de son temps... A dater du 2 décembre i6o3, la séduisante image de Marguerite s'impose au rigide docteur : pendant ses devoirs curiaux, en instruisant ses écoliers, en préparant ses sermons, en écrivant ses livres de controverse, il ne voit plus qu'elle... Bientôt, on s'aperçut autour de lui de ses distractions, de ses rêveries, de certains écarts de sa parole; et l'on constata que, loin de fuir les femmes, il les regardait, à l'église et dans la rue, avec une complaisance marquée.

Les Jésuites n'avaient jamais aimé Fusi*. Ils réussirent à le faire espionner par les fabriciens de Saint- Leu-Saint-Gilles, l'une des deux cures du docteur. Le scandale éclata en 1609, l'année même où Fusi publiait le plus bizarre de ses livres, le Martigophorc, devenu rarissime. On découvrit, dans la chambre du curé, une jeune fdle qu'il y séquestrait depuis de longs mois, après lui avoir fait un enfant. Et l'on est porté à croire que la séquestrée était de l'âge de Marguerite et possédait quelque chose de sa radieuse beauté.

On ne trompe point la nature : elle est femme ; fuyezla, elle revient, et s'acharne surtout après ceux qui la méprisent. La nature réclama ses droits, surexcités chez ce prêtre par le fantôme de la morte... Le lieutenant criminel fut saisi de l'affaire ; mais Antoine Fusi avait des protecteurs et des amis. Ils ne manquèrent pas de crier à l'invraisemblance. Un tel homme! la chasteté même ! quelle calomnie ! Le Père Cotton inspirait la conduite des fabriciens de Saint-Leu. Selon le vent politique, il s'en prenait aux protestants, aux gallicans, aux hétérodoxes ou soi-disant tels. Le 10 janvier i6o4, blessé d'un coup d'épée par un inconnu, dans le carrosse de La Yarenne, factotum du Béarnais, Cotton déclara que les huguenots n'étaient pour rien dans ce crime et leur pardonna, l'habile homme" ! Mais,

1. En i6o4 et i6o5, Fusi. gradué en théologie à Louvain, docteur de Sorbonne et régent au collège de INavarre, donna peutêtre des leçons et des répétitions de théologie au diacre Armand- Jean Du Plessis, nommé évêque de Luçon l'an d'après. Le docteur de Louvain, choisi à cet effet par le futur cardinal Richelieu, pourrait bien être le curé de Saint-Barthélémy et Saint- Leu, qu'il avait connu au collège de >'avarre.

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