Tallemant des Réaux, Emile Magne, loc. cit
3. Nicolas- Guyon Coypel, né à Cherbourg en 1624, mort à Paris en 1707.
guérite, — chambre de folie et de volupté, berceau d'une passion qu'aurait voulu partager le maître de Tourlaville, Carquebut et autres lieux'. On est frappé du nombre d'esprits ardents, poétiques, exaltés, qui entourent la personne et le fantôme de Marguerite : Julien et Gabrielle de Ravalet, Daniel du Monstier, Fusi, François de Rosset, Charles de Franquetot, Nicolas Coypel...
C'était le temps où Ton idéalisait sa maîtresse ; où on la faisait peindre en Madeleine, en Diane, en nymphe, en Niquée entourée de gloire, — souvenir de Y Amadis, — sous tous les noms et toutes les figures ; le temps où l'on s'émerveillait encore de la litière de Marguerite de Valois et de ses flamboyantes devises'. On les retrouvait partout ces cris de désir et de passion, même dans les appartements des châteaux, notamment à Beauregard et à Anet^ Quant aux lacs d'amour, ils surabondaient jusque dans les volumes de poésies, qu'une prétentieuse médiocrité décochait aux amantes*. Une grande preuAe d'amour consistait à transformer — grâce aux peintres — Margot, Rolande, Clotilde ou Charlotte, en fille de l'Olympe, en Muse, en Cléopâtre. Chez quelques hommes même, ceux-là sincères,
1. Cette chambre s'appelle, bien improprement, aujourd'hui : le Salon Henri /F (igiS).
2. Marguerite de Aalois, Mémoires : a Quarante devises toutes diÉférentes, avec les mots en espagnol et italien, sur le soleil et ses effects. »
3. L. DE LA Saussaye, Blois et ses environs (1867). — Alpho>'SE Roux, Le Château d'Anet (19 12).
4. Théophile Gautier, Les Grotesques. Admirable étude sur le poétereau Scalion de Yirbluneau, auteur des Loyalles et pudicques amours, dédiées à Madame de Boufflers en lôgg.
35o JULIEN ET MARGUERITE DE RAVALET
la manie de la peinture amoureuse revêtait un caractère idolâtrique et maladif.
Catherine de Yivonne, marquise de Rambouillet, s'enorgueillissait de sa chambre bleue, chère aux Arthénice et aux Hamilcar, aux Parthénie et aux Polyandre. Charles de Franquetot voulut avoir la sienne à Tourlaville, où l'on peut apercevoir les armes de sa maison, enguirlandées des lacs d'amour, des cupidons, des chiffres et des arabesques voulus par la mode'. Tout, en cette luxuriante décoration, se rapporte à Marguerite de Ravalet, proclame sa persistante et troublante gloire... Car quelle châtelaine, irréprochable de tenue dans l'esclavage conjugal, aurait jamais souffert ces extraordinaires devises poursuivant le visiteur de salle en salle, de chambre en chambre, et finissant par lui donner la sensation que la féodale demeure fût exclusivement vouée aux faiblesses du cœur, aux caprices de la volupté : Même en fuyant, l'on est pris. — Sa froideur me glace les veines et son ardeur brûle mon cœur. — Les deux n'en font qu'un. — Ainsi puisse- je mourir! — Plusieurs sont atteints de ce feu, mais ne s'en guérit que fort peu. Puis, l'Amour allumant son flambeau à un bûcher qui porte cette
1. Voyez, dans Tai-lema:nt des Réalx, tome X, l'historiette de cet Anglais, Kenelm Digby, qui, marié à une jolie femme, Venetia Anastasia, la fit peindre sous ses dififérents aspects et ses diverses occupations. Le comte de Tonnerre fit peindre la belle Châteauneuf sur un trône et lui devant elle, à genoux.
2. Chiffres enlaces de Henri II et de Diane de Poitiers, au château d'Anet et au Louvre, d'Henri IV et de Gabrielle d'Eslrées au Louvre; devises, emblèmes, chiffres du comte de Soissons et de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, à l'Hôtel de La Perrière, rue du Bouloi, etc.