‹ Julien et Marguerite de RavaletChapitre 99 sur 113 · CouppEï, dans V Annuaire de la Manche · texte numérisé non relu

CouppEï, dans V Annuaire de la Manche

2. Album de dessins accompagnant le texte du Manoir de Tourlaville, par le vicomte Th. du Monccl (l85o).

Valognes possédant son bailli, juge au civil et au criminel.

Un autre « érudit », en 18G1, publia certaine lettre relatant une tradition de famille. Rien d'élastique et de complaisant comme ce genre de traditions. Selon le signataire, le 3 mars 16 16 un a Jean de Ravalet » aurait fait tuer d'un coup d'arquebuse noble homme messire Jacques de Guéroult, éleveur, afin d'acquérir son fief de Saint-rGabriel, non loin de l'église de Tourlaville. Peu après « le seigneur de Tourla,ville » tue, en plein jour, dans une auberge de Cherbourg, un des deux frères possédant la ferme de la montagne du Roule. L'autre, attaché à la queue d'un cheval, est traîné jusqu'au château ; il meurt en y arrivant, — histoire de permettre aux Ravalet de s'emparer de la ferme * .

Pour qui connaît Jean III et Madeleine de La Vigne, écrasés de douleur, ne se livrant qu'à des actes de charité et de piété, justice est déjà faite. Cette tradition de famille, ce bloc ensanglanté ne me dit rien qui vaille; et je repousse avec la même énergie l'attribution aux Ravalet de deux autres crimes : Rernard Le Sauvage et Jean Guilbert, habitants de la côte, tués à coups de mousquet le 17 septembre 1616. Le registre paroissial de Tourlaville mentionne leur inhumation ;

I. Po>'TAUMO>T, Les Olim da château de Tourlaville. La lettre en question, publiée en appendice, est datée de Tourlaville, le 20 septembre iSSg, et signée Ch. Cabart-Danneville. On sait que les d'Anneville et les Cabart figurent, les uns et les autres, parmi les anciens propriétaires de la fiefferme et les ennemis avérés des Tourlaville. Le crime imputé à ce Piavalet est d'autant plus invraisemblable qu'il était parent d'un Briand Guéroult, sieur de la Guérouldière.

leur mort est authentique. Mais ces deux assassinats sont l'œuvre de corsaires huguenots, qui débarquaient nuitamment aux portes de Cherbourg et tentaient de rallumer la guerre de religion. On sait qu'elle éclata malheureusement l'année suivante, et que Richelieu en eut enfin raison en prenant La Rochelle.

Ma première visite au château de Tourlaville remonte à 1886, l'année même où mon maître Barbey d'Aurevilly publiait Une Page d^Histoire, cette nouvelle si digne de faire suite aux Diaboliques. Elle contient toutefois plusieurs erreurs. Le grand romancier les eût sans doute fait disparaître s'il avait connu les documents authentiques et moins accordé créance aux rumeurs courant sa province natale*. Mais, avec la belle loyauté des poètes, d'Aurevilly déclare s'abriter derrière « la Tradition ». Et s'il fait aux apocryphes lettres de Julien et de Marguerite l'honneur inattendu de les citer, il a soin de nous avertir qu'il n'en a point vu les autographes \

Les Ravalet de Tourlaville furent, en somme, de

1. Pendant ses fréquents séjours à Valognes, d'Aurevilly habitait le bel hôtel Bauquest de Granval, 34, rue des Religieuses. Il ne se doutait certes point qu'à quelques pas de là, rue Siquet, dans le vieil hôtel de Thieuville, Marguerite de Ravalet avait vécu plus de deux ans, en frémissant sous le joug conjugal.

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