‹ Julien l'Apostat (volume 2)Chapitre 11 sur 40 · POPULARITÉ DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DES ÉVÊQUES

tecture antique, mais à ceux des infirmes, des malades, des voyageurs, des orphelins, sans oublier les pénitents et les ascètes. Avec leurs bains, bien différents des thermes profanes, leurs jardins, leurs salles, leurs cellules, leurs portiques, ils forment, à Tintérieur ou plus souvent dans la banlieue des cités (1), comme d*autres villes (2) dont la grandeur étonne et parfois effi*aie les magistrats. Saint Basile — qui fonda des hôpitaux dans presque toutes les villes de son vaste diocèse (3) — sera obligé de se justifier près du gouverneur de Césarée d'avoir fait trop beau Tasile de Dieu et des pauvres. « Quelqu'un osera-t-il prétendre que nous créons un péril en élevant à Dieu une demeure magnifique, et en construisant autour d elle divers bâtiments, une maison convenable pour Tévêque, d*autres pour les serviteurs de Dieu? en bâtissant des hospices pour les étrangers, soit qu'ils ne fassent que passer, soit que, malades, ils aient besoin de remèdes? en leur assurant les soins néces^ saires par des infirmiers, des médecins, des chevaux, des conducteurs? A tout cela, il fallait ajouter les métiers indispensables à la vie, et toutes les inventions qui l'honorent et l'embellissent : de là, des ateliers pour le travail. C*est un ornement pour la contrée, une gloire pour celui qui la gouverne et sur lequel en rejaillit l'éclat (4). »

(1) De Rossi, Roma soUerranea, t. III, p. 463.

(2) Saint Grégoire de Nazianze, Oraiio XLIII, C3.

(3) Saint Basile, Ep, 142, 143.

(4) Saint Basile, Ep. 94. — Peut-être les inquiétudes du gouverneur n'étaient-elles pas sans quelque motif. « La nouvelle cité de Basile, dit le saTant explorateur Ramsay, semble avoir causé la concentration graduelle de toute la population de Césarée autour du centre ecclésiastique el l'abandon de l'ancienne cité. La moderne Kaisari est distante d'un ou

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Là même où Tcvèque se trouvait, comme à Rome, obligé de frayer avec les hauts dignitaires et d'en imiter plus ou moins le genre de vie, sa popularité n en était pas diminuée. On le voit par la carrière pleine de vicissitudes du pape Libère. L'aristocratie et le peuple semblent lutter d'affection pour lui. Quand Libère, disgracié pour avoir intrépidement défendu la foi de Nicée, reçut Tordre de comparaître à Milan devant Constance, « on le fit à grand'peine partir la nuit, car on craignait le grand amour que lui portait le peuple, » dit Ammien Harcellin, populi metii qui ejus amore flagrabat (1). Deux ans plus tard, en 357, Constance vint à Rome : les femmes les plus qualifiées, mêlées à une partie des sénateurs et à une grande foule de peuple, accoururent près de lui pour lui demander de mettre fin à l'exil de Libère (2). Et quand Tempereur, à qui plaisaient les moyens compliqués et tortueux, eut posé à ce retour une condition étrange, le partage par Libère du pouvoir épiscopal avec l'antipape Félix, le peuple assemblé au cirque acclama Libère en criant : « Un Dieu, un Christ, un évêque (3) ! » Peut-être est-ce la pensée de cet amour persistant des Romains qui rendit plus amère au pape la douleur de l'exil. Quoi qu'il en soit, son retour à Rome, acheté ou non par un acte de faiblesse sur lequel disputent encore les historiens, fut un triomphe.

deux mUles du site de la Tille gréco-romaine. » Ramsay, The Chureh and the roman Empire^ p. 464. Voir Saint Basile, p. 110-112.

(1) Ammien Marcellin, XV, 7. — A propos d'un autre fait, Sozoroènc {IV, th) emploie 11 même expression :.... Tôv At6tptov, xai àv^ît»; ^iccp to% §QY(iË£TOï ivt^iïcovra tÛ ^aaùtl, fiyaTca d rây *P(i>(ja:(iiv é^pio:.

(3) Théodoret, iliêt. eecl., II, 14; Faustln et MarceUin, Libellus pre-

(8) Tbéodorel, II, 14.

POPULARITE DES FAEQUKS. 135

une vraie fête populaire (1). Cette popularité, attestée par le nombre inusité d'épitaphes contemporaines de Libère où le nom de ce pape est cité à la place de ceux des consuls (2), se prolongea au delà de sa vie. Soi^ éloge funèbre, retrouvé de nos jours, en porte la marque éclatante (3) : il y est question de démons chassés, de malades guéris par Tintercession de Libère et probablement à son tombeau (&).

Beaucoup moins populaires étaient les évoques ariens. Sans doute, parmi les prélats plus ou moins entraînés vers Tarianisme, il y eut en grand nombre des gens simples et droits, peu familiers avec les subtilités de la discussion théologique, et enclins à faire le sacrifice d*un mot ou d'une formule pour ce qu'ils croyaient le bien de la paix. Ceux-là furent souvent, dans Tadministration de leurs Églises, des hommes irréprochables, et rachetèrent par leurs vertus une faiblesse passagère, que leur peuple avait à peine aperçue. Tout autres sont les chefs de Tarianisme. Possédés de Tesprit de domination.

(1} Socrate, II, 37; Théodorel, II, 17; Sulpicc Sévère, II, 39; saint Jérôme, Cfiron., olymp. 283.

(2) De Rossi, Bull, di arch, crist., 1S83, p. 49, noie 2; De Feis, dans Stadi e Documenti di sioria edirillo, 189i. p. 393.

(S) Bull, di arch, crist., 1883, p. 5-59; 1890, p. 123-139; Duchesne, le Liber Ponti/icalis, t. I, p. 2 lu.

(4) Voir le» verg 47-51 de l'éloge funèbre. — Je dois dire que tous les critiques ne s'accordent pas avec M. de Rossi pour reconnaître Libère dans le personnage auquel se rap|)orle cet inscription métrique. Funic a proposé Martin V. Friedrich a donné la préférence à Jules I»'. M. de Rossi a réfuté ces hypothèses dans le Bullettino di arch. crist. de 1889. M. Mommsen a proposé Tantipape Félix. Celle hypothèse nouvelle a contre elle un argument topographique : l'inscription sur laquelle on dispute a été lue (au vii« siècle) sur la voie Salaria, où Libère avait son tombeau, et non sur la voie de Porto, où mourut Félix, ou sur la voie Aurclia, où le Liber Pontificalis place sa sépulture.

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