Acta 55.. mai, t. III, p
.i> Acta SS., mai. t. III. p. 58. — Cf. rillemoni. Mémoires, t. Vil, p. 205 el 687.
de Rufin , qui ne parait pas avoir visite tous les monastères (1). Palladius, qui parcourut vers le même temps la Haute Thébaïde, donne le chiffre de sept mille (2). Comme à Nitrie, rhospitalité s'exerçait largement dans les monastères thébains. Chacun d'eux contenait une hôtellerie, où les voyageurs étaient reçus : on y admettait même les femmes, dans un logis séparé (3). Des monastères de femmes s'établirent aussi en Thébaïde. On en connaît au moins deux, fondés entre le quart et la moitié du IV* siècle (4). Mais ils ne semblent pas s'être beaucoup multipliés, et peut-être n'étaient pas appelés à réussir : des anecdotes rapportées par Palladius semblent indiquer que la discipline conventuelle ne parvint pas à assouplir le caractère des rudes Égyptiennes qui étaient venues se mettre sous la règle de Tabenne (5). L'influence de celle-ci fut plus efficace sur les paysans. Les campagnes de la Thébaïde étaient encore en grande partie païennes : elles le demeurèrent longtemps, puisque le temple d'Isis à Philé, protégé par le fanatisme de populations idolâtres, ne put être converti au culte du vrai Dieu avant le vi* siècle (6). On raconte que, sur le conseil de Tévêque de Denderah, Pacôme construisit à Tabenne, outre l'église monastique, une seconde église de>stinée aux bergers des environs. La curiosité les poussant, ceux-ci s'y assemblaient le samedi et le di-
(1) Rufin, Vitae Patrum, II, 3.
(2) Palladius, HisL Laus., 38. — C'est aussi le chiffre de Sozomène, Sht. EccL, III, 14.
(3) Voir Tillemont, Mémoires, t. VII, p. 188.
(4) Palladius, Hist. Laus., 39; Vitae Patruniy III, 34.
(5) Palladius, Hist. Laus., 40-42.
(6) Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. X (1833), p. 168 et 8uiY. ; Revue archéologique, t. XXIV (1872), p. 343.
JULIEN l'apostat. — I. 11
1G2 LES PREMIERS ÉTABUSSEMENtS MONASTIQUES.
manche pour entendre la parole de Dieu. Ck)mme il n'y avait pas encore de lecteur, Pacôme leur faisait lui-même la lecture des saints Livres. Il convertit plusieurs de ces idolâtres et les décida à demander le baptême (1).
De rÉgypte, la \ie monastique se répandit dans tout rOrient romain. Près d'Arsinoé (Suez), Sérapion commanda à plusieurs milliers de moines, qui louaient leurs bras pour la moisson, et transformaient leur salaire en aumônes (2). Saint Hilarion fonda, vers 328, les premiers monastères de Palestine, et ce pays compta bientôt trois mille religieux (3). La Syrie, la Mésopotamie, se couvrirent de couvents avant le milieu du iv* siècle. C'est à ce moment (339) que saint Atbanase, chassé par la persécution arienne, vint à Rome. Deux cénobites de Mtrie raccompagnaient. Leur apparition, qui donnait corps à de vagues et lointains récits, frappa vivement le grand monde chrétien de l'Occident. La biographie d* Antoine , apportée par saint Atbanase , y fut lue avec avidité (&). De pieuses femmes de l'aristocratie se réunirent dans le palais d*une descendante de Harcellus, et, comme on Ta dit, w le premier couvent de Rome naquit sous des lambris dorés (5). » Le second couvent de l'Italie fut peut-être celui qu'un évêque, confesseur comme Atbanase de la foi de Nicée, Eusèbe de Verceil, établit .à l'ombre de sa cathédrale (6). Il semble que la vie monastique en Occident se soit toujours ressentie de cette
(1) Acta SS„ mai, t. III, p. 30; Vitae Patrum, I, 2G.— Consulter sur saint Pacôme Tillemont, Mémoires, t. VII, p. 1G7-235, 674-692, et Ladeuze, Élude sur le cénohiiisme rahhômien pendant le it« siècle et la première moitié du v*, Louvain, 1898. — (2) Vitae Patntm, II, 18; Sozomène, VI, 28. — (3) Saint Jérôme, Vita S, Hilarionis. — (4) Socrate, Bist, Eccl.yW, 23; saint Jérôme, Ep. 96. — (5) Amédée Thierry, Saint Jéfdme, t. 1, p. 30. — (6) Saint Ambroise, Ep, 25.
LBS PREMIERS ÉTABLISSEMENTS MONASTIQUES. i6S
double origine. Elle a quelque chose de calme et de tempéré : ses cadres, même les plus grandioses, sont, comme les paysages occidentaux, faits à la mesure de rhomme : ils n'ont rien de l'immensité du désert et des colossales fondations monastiques assises au milieu de ses sables comme des sphinx de granit. Corrigé et atténué par le climat moral — sans doute aussi par le climat physique (1) — de TOccident, le germe monastique déposé à Rome par Athanase se développa avec une sage lenteur. Le progrès se fit par Télite plutôt que par la masse. Les monastères de TÉgypte et de l'Asie avaient été tout de suite envahis par la foule : en Occident, elle semble avoir attendu que « les savants, les riches et les nobles (2) » lui aient montré le chemin^^ Aussi, même après avoir jeté de fortes racines, la vie monastique n'y absorba jamais qu'un nombre limité d'hommes, et l'État n'en prit pas d'ombrage. En Orient, au contraire, il ne tarda pas à s'effrayer pour le recrutement de ses légions et surtout pour le service de ses curies. De là, en Egypte, des mesures violentes (3), qui échoueront devant la fermeté de moines fidèles à leur vocation jusqu'au martyre, et contre le courant irrésistible qui longtemps encore portera grands et petits vers le désert.
(1) Même en Asie, dans les contrées moins chtades, comme la Gtittie et la Ctppadoce, les monastères s'établirent seulement dans les rilies. Kaxà ouvoixia; 8è cv «oUffiv ^ xtofiat; ol «Xeiou; wxow. OÛTe Y«p ««poS^att Tfiv Kpoyryevr.tiévcov clôioOvidav' ovTe uitô x«^«ôtTiTo; xsi(<>(<>>vo;, 9Ûffei toO T^ X^po^ éxburroTe ovpigaivovTo;, îvvatôv IffciK xatefaivexo èv épv)|iiouc 8iaTp{6tiv. Sozomène, Hist. EccL, VI, 34.
(2) Saint Jérôme, Ep. 66 [alias 26).
(8) Palladius. Hist, Laus., 7. — Loi de 373, au Code Thëodasien, XII, 1,63.