‹ Julien l'Apostat (volume 2)Chapitre 29 sur 40 · JULIEN A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

JULIEN A CONSTANTINOPLE

qu^il Mtdu rang et de la naissaDce(l), à ne paraître que comme un simple particulier (2). En même temps, il veillait aménager les susceptibilités religieuses de Tempereur, en choisissant des maîtres dont les sentiments ne donneraient pas d'ombrage à celui-ci. J ai déjà nommé ces maîtres : pour la grammaire, Nicoclès; pour la rhétorique, Écébole. Le premier était probablement païen, à en juger du moins par Téloge que fait de lui Libanius, qui rappelle « le prêtre de la justice, le maître de Téducation, le révélateur des secrets d'Homère (3). » Bien que renseignement de ce qu'on nommait alors la grammaire, c'est-à-dire, en réalité, de toute la littérature antique, fût un des plus sûrs moyens par lesquels Tancienne religion gardait prise sur les intelligences (i), cependant Constance parait avoir vu sans inquiétude son jeune parent fréquenter l'école de Nicoclès. Mais il n'eût pas souflert que Julien reçût d'un païen l'éducation supérieure que dispensait alors le professeur de rhétorique, et qui était considérée comme la formation définitive de l'homme destiné à la vie publique. Aussi Julien dut-il s'inscrire parmi les auditeurs d'Écébole, homme versatile et faux, destiné à changer plusieurs fois de religion (5), mais qui alors montrait pour le christianisme un zèle intempérant (6). D'une valeur littéraire médiocre, s'il faut en croire Libanius (7), ce rhéteur rachetait les dé-

(1) Julien, Oralio IV, conlre le cynique Héracliu^i; Herllein, p. 305.

(2) Libaniu», Epitaphios Juliani ; Socrate, Hist. eccLj 111, 1.

(3) Libanius, ibid.

(4) VoirE.Jullien, les Professeurs deliUérature dans l'ancienne Rome, p. 256.

(5) Socrate, Jlist. eccl., IH, 13.

(6) Libanius, Epitaphios Juliani; Relske, l. I,p. 525; Socrale, III, 1.

(7) Libanius, /. c. / cf. Socrate, III, 23.

298 jrUE5 A COXSTÂSmOPLE.

£auts de son enseignement en déclamant à tout propos contre les dieux. Julien suivit ses leçons, non peut-être sans une secrète impatience. Plus tard, cependant, on le verra entretenir avec Écébole des relations amicales, que traduit une lettre écrite par Julien dans on style d*ane complication et d'une afféterie insupportables (1) : mais alors Tondoyant sophiste aura suivi le vent« et sera devenu aussi dévot aux dieux, pour plaire à son ancien élève. qu*il s'était montré leur adversaire pour faire sa cour à Constance.

Cependant, bien qu'il s'efforçât de se perdre dans la foule des étudiants, un écolier tel que Julien ne pouvait, dans une ville oisive et curieuse comme était Constantinople, passer longtemps inaperçu. 11 avait beau se rendre à la basilique où étaient les écoles, en habits modestes, sans autre escorte que son pédagogue Mardonius. ou causant familièrement avec des camarades (2), l'attention publique s'attachait à lui. On le savait intelligent, on se tenait au courant des progrès rapides que, aidé par la forte éducation reçue dans son enfance, il faisait maintenant dans l'art de la rhétorique et de la déclamation : bientôt on en vint à le considérer comme une sorte d'héritier présomptif de l'empereur, ou au moins comme une des réserves que la fortune avait préparées pour le jour où disparaîtrait celui-ci. Ces sentiments de la foule ne pouvaient manquer de parvenir aux oreilles soupçonneuses de Constance. Il n'était pas homme à s'entendre volontiers désigner un successeur.

i (1^ JulNu Jt^. tt, ^ LAKtlieaikilê ée c^lîeWu» e*l mite p»r Sth«*^

Aussi, brusquement, envoya-t-il à Julien Tordre de quitter Constantinople pour aller achever ses études à Nicomédie (1).

C'est à Nicomédie que Julien fit le premier pas vers le paganisme. Deux influences païennes s'emparèrent promptement de son esprit, déjà peut-être préparé à se livrer à elles.

L une est celle du célèbre rhéteur Libanius Celui-ci était, à cette époque, le représentant par excellence de l'hellénisme. Nulle intelligence ne parut mieux faite pour attirer celle de Julien. Tout Grec, Libanius ne savait même pas le latin (2). Bien plus, il ne prenait pas la peine de cacher son dédain pour la langue parlée par les maîtres du monde. Hors de l'horizon hellénique, rien n'existait pour lui. La pensée que d'autres dieux, une autre éloquence, d'autres mœurs, pussent avoir quelque vérité ou être de quelque prix, Teût frappé comme un blasphème. Il détestait l'Église chrétienne, qui était venue déranger l'harmonie du monde grec; il détestait à peine moins l'Empire romain, en qui il voyait un demibarbare, posé en conquérant sur une civilisation plus ancienne et plus parfaite. En même temps, son attachement au paganisme avait une naïveté rare à celte époque, et telle qu'on n'en rencontrait plus que chez les gens trop ignorants ou trop lettrés. Au lieu de chercher à dépouiller l'ancienne religion de ces détails pitloret*

(1) Libanius, Prosphonelicus, Reiske, t. I, p. 408; Epitaphkn, ] p. 526; Socraie, Sozomène, /. c.

(2) Libaniuf, Ép. 923, 956, 1241.

ques qui la rendaient si charmante et si absurde, il en gardait tout, ne comprenant les dieux que tels que rimagioation des poètes les avait proposés a la croyance du vulgaire. Un tel homme avait ce qu'il fallait pour séduire Julien. Tous deux étaient surtout des littérateurs, et si Julien demandera bientôt autre chose au paganisme, cependant, par les traditions de sa jeunesse et par la forme acquise de son intelligence, il demeure avant tout, comme ne cessera jamais d*ètre Libanius, l'élève et le dévot d'Homère.

Quand Julien vint en Bithynie, Libanius, qui avait été, vers 3&-7, chassé de Constaotinoplc, à la suite d^événements demeurés obscurs (1), professait à Nicomédie avec un éclatant succès. Il était jeune, adoré des habitants, unanimement applaudi. Les cinq années qu'il passa dans cette ville furent parmi les meilleures de sa vie. « Je me sentais, dit-il, comme un homme assis au bord d'une fontaine cachée, d'où coulaitune eau limpide, et qu'ombrageaient de grands arbres. Il me semblait avoir des fleurs sur la tête, et être en fête continuelle. Ce qui causait ma joie, ce n'étaient ni les boissons ni les festins : c'était la pensée qu'Athènes enviait la Bithynie. » I^ modestie ne fut jamais la vertu dominante du sophiste, non plus, d'ailleurs, que de la plupart de ses confrères : mais il faut avouer qu'il avait le cœur droit, l'esprit tolérant, et l'histoire de ses relations avec Julien le montrera fidèle dans ses amitiés. Ces relations ne commencèrent pas lors du séjour du jeune prince à Nicomédie. La jalousie des professeurs de Constantinople, qui avait

(1) Libanius, Devita sua (Reiske, 1. 1, p. 34-36); Eunape, Vitae sophist., Libanius (éd. Didot, p. 496).

sans doute été pour quelque chose dans le départ forcé de Libaoius (1), veillait pour empêcher Julien de se mettre sous la tutelle de ce maître trop éloquent. A ce sentiment se joignit sans doute une prévoyance plus haute. On connaissait le caractère de l'étudiant. On avait pu deviner les affinités existant entre son intelligence et celle du sophiste qui occupait maintenant la chaire de Nicomédie. Aussi Constance dcfendit-il à Julien d'assister aux cours et aux déclamations de Libanius (2). Celui-ci semble désigner Écébole (3) comme Tinstigateur de la défense : ce maître fit même, dit-il, jurer à Julien de ne devenir jamais Félcve de Libanius (4). Julien parait avoir observé la lettre de ce serment, et probablement eût-il été dangereux à lui de s'y montrer infidèle. Hais il ne se crut pas obligé d'en garder Tesprit. S'il n'entendit pas alors Libanius (qui, du reste, fut bientôt appelé à Constantinople) (5), il lut avec soin tous ses ouvrages, fréquenta ses auditeurs, s'appropria son style et sa manière, et parvint à l'imiter si facilement, qu'on le considéra plus tard comme ayant été à son école (6). 11 y

(1) Socratc, HisL Eccl.y III, 1.

(2) IbicL

(3) Sans le nommer; Sievers pense que l'auteur de cette interdidlM fut plutôt Nicoclès {Das Leben des Libanius, p. 54, note 5), ce qiÉ^i peu vraisemblable.

(4) Libanius, Epitaphios Juliani; Reiske, 1. 1, p. 527.

(5) Vers la Hn de 351, selon Tillemont, Histoire des empere p. 672; au commencement de 350, d'après Clinton, Fasti romani^i Kaiser Julian der AbtrUnnige, p. 356; à la Hn de 350, ' Das Leben des Libanius, p. 53, 55, 56. Je suis de préféri logie de Tillemont.

(6) Libanius, Epitaphios, Reiske, t. I, p. 627; Eunap^ 1 Libanius, éd. Didot, p. 496; Socrate, Uist. eccl., III, 1.— 1" à Julien, Ép. 372 : « Tu dois à mes préceptes (ou à i talent d'écrivain, où ira(i' é|io*j >aôwv ta; et; tè yP*?*** <

avait été, en effet, mais par le désir, par la volonté, par Fétude solitaire, et se trouva plus véritablement son disciple que beaucoup de ceux qui s'étaient assis devant sa chaire.

Cependant une influence païenne, différente de celle de libanius, et appartenant à un autre ordre d'idées, fit bientôt sur l'esprit de Julien une impression très nouvelle et très vive.

Autant qu'on peut l'apercevoir, l'état religieux du jeune prince, à cette époque, était digne de pitié. Le christianisme, étudié dans une demi-captivité, sous la direction de catéchistes ariens ou semi-ariens, avait pu produire en lui une conviction sèche, mais n'était pas entré réellement dans sa vie. Les pratiques de piété plus ou moins forcées auxquelles il avait dû se livrer ne lui avaient laissé probablement que fatigue et dégoût. Cependant la mythologie, malgré les couleurs brillantes dont la parait l'imagination des poètes antiques ou l'éloquence des modernes sophistes, ne s'était pas encore emparée tout à fait de lui. Mardonius, inconsciemment peut-être, Libanius par sa renommée et par ses livres, lui avaient fait comme un fond d'esprit tout hellénique. C'est ainsi qu'Ammien Marcellin a pu dire qpie « depuis sa première enfance Julien avait un penchant pour le culte des dieux (1). » Mais ce penchant était encore plus instinctif que raisonné. Quelque chose dans son éducation chrétienne, si incomplète ou si mutilée qu'elle eût été, empêchait Julien de se livrer complètement à lui. Libanius nous dit qu'il avait encore, en arrivant à Nicomédie, une grande aversion pour les idoles (2). La mul-

(1) Ainrnien Marcellin, XXII, 5.

(2) Libanius, Prosphoiteticus ; Reiske, 1. 1, p. 408.

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tiplicité des dieax, le matmaiisnit d*: i**i:f rrïjfiou. iui répugnaient. De là un étal àhÀis^viÀ:. c an'i-o. îurt douloureux. Privé des intiiue^ f.oin»:»Jaîi :»ns du c nristiaiiÎKiXâ»? . attiré vers les relieic'nt pajenijtt par de* iïi>diiçts^ litvrf-fcires qui étaient deTenu^-eii Isi cozime une se*: onde nature, retenu encore sur h pente par une défiar.ce instinctive provenant de «on éducation chrétienne, trop sérieux eu même temps pour demander aux distractions vulgaires ou aux plaisirs de son Age une diversion & ce tourment intérieur, Julien, manquant en quelque sorte d'équilibre moral, se trouvait à ce point d'incertitude où soit une impulsion soudaine, soit une intrigue habilement ourdie, pouvaient donner à sa pensée lo brnnle dêlinif et changer tout l'équilibre de sa vio.

Pour une Àme ainsi disposée, eu cpiétu il'uno foi, plus en quête peut-être d'émotions qui lixeraient cette foi, le grand péril était Tattrait du merveilleux ou, comme on dit maintenant, de FocculliMme. Précisément, à cette époque, et sur le coin de la tcîrro d'Asie où les circonstances avaient porté Julien, Toccultismo émit très puî»sant. Vers lui avait en partie dévié le courant de la philosophie néo-platonicienne, si pure avec Plotin, imhp^ encore avec Porphyre, grossie d'affluents hizanm * malsains sous l'inspiration de Jamblique et de ciples. Beaucoup de philosophes se doublent, ( d'un médium ou d'un spirite, et se plaisent à leurs élèves par les manifestations les plus ( ne sont pas seulement les âmes des morts, e*« sonne même des dieux qui vient à leur en quelque sorte, de se mettre en comr eux. La théurgie est l'art de contraindre J montrer aux hommes, et ses formules (

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JULIEN l£^ AbIL 307

pularî té dangereuse, et qu'il deiu»:u 11... jiaxiiue s'iM-ria ; le choix de ses relations, CuubUUit^ ki.i vase proiinin*, le droit de se mouvoir à sa guih*. . •- . i^cb iiouimus. )> Nf>us tir son crédit. On le voit, peuUtti: ttn ^ruiu d\;iic(riiK f*t Mineure, « voyager pour rendre ^i ^nu ^e cliuiitait à luisolliciter pour Cantcrins u son odU4'>i.iuLjia sourire, puis prendre « contre un homme a «j . i^ns émus, Maxime sang et plus encore parramiti<;, '^-ac iruulilc; dans un contre Gallus lui-même, la défeub«;<:- uout dans ses mains naissait à peine, aller deux fois eh **»i de parler qu'un feu dans l'intértrt d'une dame, la «• vi-» uous retiiÀmes stupéles propriétés avaient besoin de fi* viuiis vraiment vu ces s*étonnera-t-on pas que Julien ait i,\. «1 avance d'aur un" médie à Pers'ame où l'attirait !;< unna uioi, en suivant Mais Édésius était vieux et inliru*»- i« .|ue cela n'est pas de un roval disciple ne le flattait piu«.r pas capable d'; rviisèment ^' l'enfant aimable de la «-^'uu trarisport ^ubit. aux conseils de ses disciples isU^ livres, si vous vou.*:z: Mvndes. lui promettant que « f'îf quejech<>:rchais 1 .• boiibeur d'être initié à leum in n'était pas ;.;ibil':m^nt fi*avoir é'-î an homme, et n^ tvail pas •:t/=: o-^rii e:/rr T/-:rti^r 1^ nom V- ** xir.'i'-. [rj^: »^rripi:'=:r

Mili*^ 1 emphase de ces \tu>f. r ^ . :. i* à J ii

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806 JUUEN EN ASIE.

<^une distinction entre Eusèbe et Chrysanthe, paraissent montrer en l'un et Tautre des adeptes d'une science plus ou moins occulte et troublante, on ne se trompera pas, croyons-nous, en voyant dans ces deux hommes la per-

» sonnification des tendances opposées qui divisaient Té* cole. Eusèbe rappelait la modération relative d'Édésius. Comme son maître, il croyait à la théurgie, mais il ne la pratiquait guère. Selon lui, mieux valait s'attacher aux essences, c'est-à-dire aux idées perceptibles par la raison, que de parler aux sens par le moyen de la magie. Aussi terminait-il volontiers ses leçons en mettant ses auditeurs en garde contre les illusions et les prestiges. Particulièrement, il les avertissait de se dé&er des pratiques suivies par un autre disciple d'Édésius, le philosophe Maxime, maintenant retiré à Éphèse. Celui-ci renouvelait tous les prodiges attribués à Jamblique et à Eustathe. De tels avertissements étaient moins propres à refréner qu^à piquer au contraire la curiosité de Julien. Le jeune prince demanda des explications à Chrysanthe. Au rapport d'Eunape, son gendre et son disciple, Chrysanthe s'était surtout attaché « à cette partie de la philosophie que cultivèrent Pythagore et son école, Archytas, Apollonius de Tyane et ses sectateurs, » c'est-àdire à la théurgie et aux sciences occultes. Mais, très prudent, comme le montrera la suite de ses rapports

. avec Julien, il évitait avec soin les occasions de se compromettre. Aussi renvoya-t-il Julien à Eusèbe. Contraint de s'expliquer et de donner les raisons de ses avertissements, Eusèbe raconta les derniers prodiges opérés en sa présence par Maxime.

« Il y a quelque temps, dit-il, je fus avec plusieurs amis convoqué par Maxime dans un temple d'Hécate»

JUUEN EN ASIE. 807

Quand nous eûmes salué la déesse, tiaxime s'écria ; Ci Asseyez-vous, amis, considérez ce qui va se produire, et voyez si je suis supérieur aux autres hommes. » Nous nous assîmes : alors Maxime brûla un grain d'encens et fit entendre un chant doux, comme s'il se chantait à luimême; soudain l'image d'Hécate sembla sourire, puis rit tout haut. Comme nous paraissions émus, Maxime nous dit : « Qu'aucun de vous ne se trouble; dans un instant les torches que la déesse tient dans ses mains vont s'allumer, d II n'avait pas fini de parler qu'un feu brillait au bout des torches. Nous nous retirâmes stupéfaits et nous demandant si nous avions vraiment vu ces merveilles. Mais ne vous étonnez d'avance d'aucune chose de cette sorte; croyez, comme moi, en suivant l'influence purifiante de la raison, que cela n'est pas de grande importance. » Julien n'était pas capable de raisonner ainsi. Il se leva, pris d'un transport subit. « Adieu, s'écria-t-il, gardez vos livres, si vous voulez ; vous venez de me révéler l'homme que je cherchais (1). » On s'est demandé si cette scène n'était pas habilement préparée, et si un complot n'avait pas été ourdi entre Édésius, Chrysanthe, Eusèbe, Maxime, pour s'emparer de Tesprit de Julien sans exciter sa méfiance (2). J'ai peine à le croire. Il semble bien qu'Édésius et Eusèbe, d'une part, Chrysanthe et Maxime, de l'autre, représentent des tendances divergentes dans Técole alexandrine. Rien ne montre qu'en mettant ses élèves ou Julien luimême en garde contre une foi trop crédule au mer- Ci) Eunape, Vitae soph,^ Alaximus; éd. Didot, p. 475. (2) Tillemont, Hisi, des Empereurs, t. IV, p. 491 ; Milman, HisL of Christianily, t. II, p. 125; WordsworUi, Julianxis, dans Dici, of christ, biogr,, t. III, p. 493; Mozley, MaximuSy ibid., p. 385; Toir aussi une note de Jules Simon, HisU de V école d'Alexandrie^ t. II, p. 311.

veilleux, Eusèbe ait manqué de sincérité. Eunape, qui rapporte avec tant de soin tous les traits extraordinaires des sophistes dont il écrit l'histoire, ne donne pas un grand rôle à Eusèbe. Il loue son érudition, son éloquence, sa dialectique, mais le sacrifie volontiers à de plus exaltés et à de moins raisonnables. Julien, devenu empereur, comblera d'honneurs Maxime et essaiera à plusieurs reprises d'attirer près de lui Chrysanthe : on ne le verra faire aucune tentative pour s'attacher Eusèbe. Les paroles de celui-ci à Julien doivent donc être prises au sérieux : Tavertissement qui les termine est comme le dernier effort de la raison pour retenir une Ame dévoyée, prête à s'élancer dans le mystérieux et l'inconnu, de même que la réponse de Julien est l'élan définitif qui emporte sa vie vers Fablme.

Cependant on se tromperait en voyant dans le néoplatonicien Maxime un simple médium, uniquement occupé de divination et de théurgie. Malgré le penchant que Julien montrera désormais pour l'occultisme, il ne se serait probablement pas donné tout entier à un guide qui n aurait pas joint à ces dons malsains des mérites plus solides. Maxime était un lettré et un philosophe. Deux de ses frères professèrent avec éclat, l'un à Smyrne, l'autre à Alexandrie; lui-même, à l'exemple de Plotin et de Porphyre, composa un commentaire des Catégories d'Aristote (1). Si c'est lui que Julien, dans le discours contre Héraclius, appelle « le plus éminent philosophe de ce temps, » Maxime se préoccupait du perfectionnement moral de ses disciples : Julien le re-

(1) Simplicius, au sixième siècle, le cite parmi les commentatenn. in categ. Arist,, p. 1. Cf. Jules Simon, /. c, p. 270.

mercie d^avoir corrigé les aspérités de son caraciei'. de ravoir rendu moins brusque, moins emporté, de âu. avoir appris la modération (1). On sait «ju'il fut kiLcèrement aimé : à ses derniers moments, sa I^me il donnera un témoignage héroïque de Xeudi-^sk^: . i^ science, de réelles qualités d'esprit et même Ufc uibAi' furent donc, probablement, parmi les motifs nui ^\, gagnèrent la confiance de Julien. Tel qu on liouh i<.présente Maxime (2), à la -ois majestueux et M)ùui*«jj avec un regard perçant qui semblait i>éuétrej- jumjl « Tâme, il dut lui être facile d'acquérir une gi^UAi^: au fluencc sur un jeune homme qui avait eu, juMju a m. jour, des clartés de tout sans rien approfondir, bout» t:

direction, — soit à Nicomédie, s*il est vrai que IbuiUi*

vint Ty trouver (3), soit plus probablement à ÉpiuMî ■ ^

— Julien compléta les notions de philottoplùc j*r.

platonicienne reçues d'abord, à Pergame, d'jiitfk*.

d'Eusèbe et de Chrysanthe. Les historiens SoonyUe; .

zomène disent formellement que Maxime fut ttmu^

de philosophie (5).

Chose étrange! c'est la doctrine de Plakiitj^

vrirales yeux de saint Augustin et le prépajRiQ^r

chrétien; c'est elle que nous allons voir.

lien au paganisme. Rien ne montre ]

des deux esprits, et ne fait mesurer pi

qui sépare le génie droit du docteur i

(1) Juliea. Oralio VII; Hertlein, |>. 30i.

(2) Bunape, Vitae soph,, Alaximus; éd. ]

(3) Socrate, III, l ; Sozomëne, V, 2.

(4) Libanius, Prosphoneticui; Reiske, I. i^ Julien, dont il sera question plus loin, UHi Julien en lonie.

(5) Socrate, Sozoroène, /. c. jk C',

gence tortueuse et compliquée de Julien. Jlais il ù reconnaître que saint Augustin, quand • — soit direct

ment, soit par Tintermédiaire de Plotîn (1^ il pr

contact avec le platonisme, était dans la pleine matariU de Tàge, professeur depuis de longes années, aceontumé à discerner les doctrines et à faire un choix entre les idées; Julien, au contraire, n'avait pas beaucoup plus de vingt ans lorsqu'il tomba sous la domioatioD intellectuelle de Maxime, et avait été disciple toute sa vie. Aussi, en admirant la sûreté avec laquelle Tunsot choisir dans la doctrine platonicienne ce qu'elle offre d'élevé, d'instinctivement chrétien, et repousser les rêveries périlleuses, devra-t-on avoir quelque indulgence ou quelque pitié pour Tesprit de beaucoup moindre portée qui des mains des disciples dégénères de Platon recul tout sans discernement, et qui se livra à eux tout entier. L'évolution de Julien se fit, nous dit-on, « quand il eut rencontré des hommes imbus des doctrines de Platon, qu'il eut entendu parler des dieux et des démons, des êtres qui en réalité ont fait cet univers et qui le conservent, qu'il eut appris ce que c'est que l'âme, d'où elle vient, où elle va, par quoi elle est abaissée et déprimée, par quoi elle est élevée et exaltée, ce que c'est pour elle que la capti^îté et la liberté, conunent elle peut éviter lime et atteiudi^ Tautre (2). » Ces mots de Libaniusfont nllusio!\ i\ plusieurs des principaux dogmes du néo-platonisme, Lo monde à la fois étemel et créé; la multitude (loM at^miurses, des dieux, des génies, des démons interluédlaireu entre le Dieu unique et cemonde; Vétenuté

*t ^Àn^nlùîùnisme^ Pari*» IBM; \Vll llmnaïioovj;. . > . ™J 4M§HS(ui tl te nco F^^^^ ^^

JUUfi» EN ASIE. 811

de Ta me, sa chute dans la matière, ses réminiscences d'une vie supérieure, le sort quiTattend, soit que, tout à fait purifiée, elle remonte à Dieu, soit qu'elle prenne place parmi les dieux et les héros, soit qu'entraînée par le poids de la matière, elle tombe au lieu d'expiation et de supplices, soit que, moins coupable ou ayant déjà expié, elle soit renvoyée dans quelque autre corps; Tidentité de toutes les âmes entre elles et avec FÀme du monde : ces rêveries, ou brillantes, ou profondes, ou absurdes, qui de Pythagore à Platon, à Plotin, à Porphyre, à Jamblique, se sont transmises en s augmentant et en se modifiant, séduisirent, commentées avec art, Tcsprit de Julien.

Hais il ne pouvait accepter tout entière cette explication philosophique de Dieu, de Tàme et du monde sans rompre avec le christianisme. Les doctrines néo-platoniciennes contredisent le christianisme moins encore par la lettre que par l'esprit. Ni sur Dieu, ni sur Tàme, ni sur le monde, aucune conciliation n'est possible. Nul rapport entre les hypostases alexandrines et la Trinité chrétienne. Le monde coétemel à Dieu est séparé par un abîme du monde tiré du néant en vertu d'un libre décret de la volonté divine. L'âme créée individuellement par Dieu pour le corps auquel elle est unie sans déchéance, et qui est destiné à ressusciter un jour participer à l'immortalité dont elle est investie, ne i semble pas à Tàme préexistante des platonicienf , 4 celle divine dont l'union avec le corps est une i qui, si elle parvient à se dégager suflisa matière, remontera vers Dieu pour s'al par l'anéantissement de la personnalité hv

C'est sur ce point que saint Augustin, < doctrines platoniciennes par Aristote et

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