LES DEBUTS DU REGNE
Julien reçut, au mois de septembre 355, l'ordre de quitter Athènes et de rentrer à Milan.
L'année précédente avait été marquée par la mort de son frère Gallus. Celle-ci ne parait guère moins fertile en événements tragiques. Peut-être même donne-t-elle encore mieux l'idée de ce que fut^ dans son ensemble, le règne de Constance. Intrigues de cour, usurpations de généraux, invasions de Barbares, soulèvements populaires, persécution arienne, tout ce qui imprime à cette époque agitée son caractère se rencontre dans les mois qui précédèrent ou suivirent immédiatement le rappel de Julien. Il en faut tracer le tableau rapide, pour montrer ce qu'était l'Empire romain au moment où l'élève de Mardonius et de Maxime fut jeté brusquement dans la vie publique.
La facilité avec laquelle Constance s'était défait de
340 L'ÉLECTION DE JUUEX.
Gallos, un an après avoir abattu Hagnence, avait exalté son orgueil. Sans crainte du ridicule, il se donnait à luimême les titres dont le nommaient ses courtisans; on l'entendait parler sérieusement de « son éternité ; » de sa propre main, il écrivait à la suite de son nom des appellations comme celle-ci : « le maître de toute la terre, » dominus totius orbis (1). Hais à un dieu nouveau il faut des victimes : les délateurs qui, après avoir déshonoré les règnes de Tibère, de Néron et de Donatien, puis avoir été réprimés sous les Antonins, reprenaient sous Constance un emploi presque officiel, se tenaient tocgoors prêts à lui en offrir. Ammien Marcellin, qui est ici un témoin, parle à plusieurs reprises d'un secrétaire de l'empereur, dont le rôle à la cour de Milan rappelle celui que jouèrent jadis au Palatin un Regulus, un Bebius Massa, un Metius Carus. Ce secrétaire, Paul, était surnommé la Chaîne, à cause de Fhabileté perverse avec laquelle il enveloppait dans la trame de subtiles menées les gens qu*il voulait perdre (2). Après la mort de Gallus, des représailles, justes parfois, mais souvent aussi d'une criante iniquité, furent exercées contre ses principaux serviteurs, accusés d'avoir été les agents ou les complices de sa tyrannie. Même les hommes les plus étrangers à Gallus se virent sacrifiés pour des causes futiles. On revenait à ces temps mauvais où il était dangereux de confier à l'oreille d*un ami un présage , un songe , et où Ton pouvait, en dormant, se rendre coupable de lèse-majesté (3). Pour des propos imprudents tenus à la fin d'un
(1) Ammien Marcellin, XV, i ; cf. Zosime, II. (S) Ammien Marcellin, XIV. 10; XV, 3, 6. (S) Ammien Marcellin, XV, 3.
LËLECTION DE JUUEN. 341
repas par des convives un peu échauffés, Africanus, gouverneur de la Seconde Pannonie, et les amis qui s'étaient assis à sa table furent amenés à la cour chargés de fers : Tun d'eux, officier supérieur, trompa la surveillance de ses gardiens et se tua en route (1).
Pendant que Forgueil, la haine, l'intérêt, menaient ainsi leur train à Milan, le peuple de Rome s'agitait. Les membres de l'aristocratie qui se succédaient dans la haute et lourde charge de la préfecture urbaine se trouvaient souvent en face de situations difficiles, exigeant d'eux tout à la fois de Tadresse et de l'énergie. Il était ordinaire qu'ils s'en tirassent, grâce à la forte éducation reçue au sein de familles où l'exercice des fonctions publiques était devenu héréditaire, et où, dès l'enfance, on s'y sentait destiné. Deux passions, à cette époque, dominaient la populace romaine , l'une aussi vile que lautre était noble : elle aimait jusqu'à la folie les jeux du cirque; chrétienne en majorité , elle portait un vif attachement au successeur de saint Pierre et à l'orthodoxie dont il était le représentant. Leontius , préfet de Rome dans la seconde moitié de 355 , eut l'occasion de heurter tour à tour ces deux sentiments. C'était un païen; mais on re^ connaissait en lui un excellent magistrat, renommé pour la promptitude et l'équité de ses jugements, et qui, d'une bienveillance naturelle, savait se imontrer sévère quand les droits de l'autorité étaient en cause. Il fit, un jour^ arrêter pour quelque délit un cocher du cirque, appelé Philorome, qui était le favori du peuple. La foule ameutée se rua contre la demeure du préfet, exigeant avec menaces la liberté du captif. Leontius, sans hésiter, fit
U ^:€txr;. j» ifi-Ta \fKÎsrus îrac» iar*=». aicvesk *iXDM>î : nBOf im. :'^9QàJea£ !a :
-aï**K>T i»r ir^- UiUP'?^ i e xi
X-^»: -*. ti : < '^ujL-, .^1?'- *a» 'm^ ■*- 'i*"^^ir- ^« sat-
L'ËLECTION DE JULIEN. 343
par Constance punis de rexil(l). Le dédain avec lequel il venait de refuser audience à Teunuque Eusèbe, porteur de présents de l'empereur, et le blâme dont il avait frappé le gardien de la basilique de Saint-Pierre, qui avait eu la faiblesse de les accepter, accroissaient encore sa popularité (2). Vainement Constance, faisant appel à la juridiction universelle de Tévèque de Rome, lui demandait-il de déposer Athanase (3) ; vainement faisait-il répandre contre ce grand défenseur de la divinité du Christ d'absurdes rumeurs, dont Ammien Harcellin s'est fait l'écho , Vaccusant tantôt de rébellion , tantôt de sortilège (i) : à toutes les prières comme à tous les ordres. Libère répondait : « Il ne me convient pas de commettre une injustice et de condamner un homme sans l'entendre (5). » Constance résolut de s'emparer de sa personne. Il donna dans ce sens des ordres au préfet. On commença par bloquer le pape dans sa demeure du Latran, en interdisant l'entrée de Rome aux députations de catholiques qui, de divers côtés, venaient lui apporter le tribut de leurs encouragements ou de leur admiration (6). Puis Leontius le fit arrêter et conduire à Milan ; mais il dut commettre cette mauvaise action de nuit, et avec toutes sortes de précautions , « car on craignait
(1) Saint llilaîrede Poitiers, Fragm. \l.
(2) Saint Athana.se, Hitt, arian. ad monacA., 33.
(3) « Auctoritate quoque, qua potiores aeternae Urbis episcopi, firmari desiderio nitebatur ardenti... » Ammien Harcellin, XV, 7.
(4) Ibid.
(5) « liane per suscriptionem abjicere sede sacerdotal!, paria aentiens ceteris, jubente principe, Liberius monitiis, ppraererantor renilebatur, nec Tisum hominem, nec auditam damnare, nefas ullimum saepe exclamans, aperte acilicet recalcilrans imperatoris arbilrio. v Ibid.
(G) Saint Athanase, loc, eit.
le peuple, qui avait un amour ardent pour Libère (1). » La passion théologique n*empèchait pas, cependant, Constance de veiller aux intérêts de FEmpire. Il savait, au besoin, payer de sa personne. On le voit, au milieu de 355, combattre en Germanie, sur les bords du lac qui, de cet exploit, prit son nom, une incursion d'Alemans. Après un premier échec, qui mit les troupes romaines en péril, la victoire fut rétablie par Tinitiative de trois tribuns : beaucoup d*ennemis furent tués, et Constance revint à Milan triompher d^un succès où la résolution de ses lieutenants semble avoir eu plus de part que ses talents militaires (2). Hais, arrêtée sur un point, rinvasion recommençait sur d'autres. La Gaule surtout était en proie. Les ennemis de TEmpire y pénétraient sans rencontrer de résistance. Prospère au temps de la tétrarchie, sous l'équitable et ferme gouvernement de Constance Chlore, la Gaule avait connu ensuite les débuts glorieux du règne de Constantin. Son fils Constant avait su aussi la faire respecter des Barbares (3). Mais le meurtrier de Constant, l'usurpateur Magnence, s'était plus occupé de la tyranniser que de la défendre (h). Après la défaite de celui-ci, on voit Constance à Lyon et à Autun en 353 et dans les premiers
( 1)« Liberius aegre populi metu, qui ejas amore flagrabat, cum magna difficaltate noctu medio poiuit absportari. » Ammien MarcelliD, XV, 7. -^ Sur TentreYue de Libère à Milan arec Constance, son bannissement, son refus de tout subside, voir Sozomène, UUt. eccL, IV, IJ ; Tbéodoret, nist eecL, II, 13.
(2) Ammien Marcellin, XV, 4.
(3) Ammien Marcellin, XXX, 7, dit que les Alemans craignirent seulement Constant et Julien.
(4) Les contemporains sont unanimes sur ce point, à l'exception de Libanius, qui, | ar haine de Constance, loue le gou?erncment de Magnence, âpx<>^f t 8* aùTw jitTà 9v).axï5; tcûv v6|ici)v, Epitaphios Juliani; Reiske, 1. 1, p. 533.
mois de 354; cependant, il parait avoir pris, pour cette contrée si vulnérable du côté de Test, peu de mesures défensives, car Ammien Harcellin, à propos des événements de 355, parle de la longue incurie dont elle était victime (1). Peut-être le souvenir de la révolte de Hagnence faisait-il craindre au cauteleux souverain d'y placer un chef influent et de bonnes troupes, et, dans son égolsme, aimait-il mieux la laisser pilier aux Alemans ou aux Francs que de donner à un général l'occasion de s'y rendre trop puissant par des victoires. Cependant, l'état de la malheureuse province devint si critique, et peut-être son cri de détresse si pressant, que Constance se sentit obligé d'y porter remède. Il mit à la tête des légions de Gaule un bon militaire, d'origine franque, dont le père avait bien servi sous Constantin, et qui portait le nom très romanisé de Silvain. C'était, nous dit-on, un homme instruit, doux, timide même dans la vie civile, mais brave sur les champs de bataille, sachant se servir du soldat et lui inspirer confiance (2). Dans ce foyer d'intrigues, de cupidité et de jalousie qu'était la cour de Constance, l'élévation de ce nouveau général déplut à quelques-uns. On fit jouer contre lui les plus dangereuses machines, jusqu'à inventer de fausses lettres et créer de toutes pièces un faux complot. A la nouvelle qu'un commissaire enquêteur, choisi parmi ses ennemis, était envoyé dans les Gaules, et déjà confisquait ses biens, maltraitait ses serviteurs, Silvain^ ignorant qu'à ce moment même des amis courageux plaidaient avec succès sa cause devant le prince, et dé-
(1) « Diuturnt ne^ligcnlia. n Ammien M«rcclUn, XV, 4.
(2) Ammien Marcellin, XV, 5.
3i6 L'ÉLECTION D£ JULIEN.
sespérant de convaincre de sa loyauté Tesprit soupçonneux de Constance, ne vît qu'un moyen d'échapper au péril : c'était de commettre le crime même dont il était accusé. A Cologne, où il résidait alors, il se fit proclamer Auguste par ses soldats, qui arrachèrent, pour l'en revêtir, les voiles de pourpre pendus aux enseignes des légions (1).
Avant que cet acte de rébellion fût connu. Constance avait député vers Silvain un militaire de valeur, Ursicin, qui avait commandé en Orient au temps de Gallus, avait passé ensuite par des alternatives de disgrâce et de faveur, et de qui, à la fois, on attendait beaucoup et l'on se défiait. Il était chargé de prendre le commandement des troupes de Gaule, et de persuader à Silvain de venir à la cour, où justice lui serait rendue. Les plus intimes conseillers de Constance avaient été heureux de faire donner à cet officier une mission aussi délicate, qui, en cas de succès, supprimerait Silvain, en cas d'échec perdrait Ursicin. Celui-ci apprit en route la révolte qui venait d'éclater; mais, au lieu de s^arrêter, il vint à Cologne, feignit de prendre le parti du nouvel Auguste, de s'associer à ses griefs, et s'insinua dans sa confiance. En même temps, il gagnait sous main quelques soldats, qui se soulevèrent, forcèrent l'entrée du palais, et tuèrent Silvain alors que celui-ci s'enfuyait pour aller
(1) (I Cultu parpurco a draconam et rexillorum inftignibiis ad tempos abstraclo, ad culmen impériale surrexit. » Ammien Marceiliii, XV, ^. — Julien {Orat. I, II, premier et second panégyrique de Constance, éd. Herllein, p. 60 et 126) prétend qu'on reyélit Silvain d'une robe de femme, d*Dne étoffe de pourpre enlerée dans un gynécée, Tnvpjvaixeiov &).ovpY(Sa ictpt6ai- X6|isvov..., ix TÎ[c Y^jvaixeaviTiSo; aveXopiévo; à).oupyc; l{iâTiov. Nous dirons plus loin pour quels motifs le récit d'Ammien doit être préféré.
chercher un refuge dans la basilique chrétienne de Cologne. Au moment où il avait intérêt à flatter Constance, Julien raconta que Silvain avait péri à la suite d'un soulèvement général de toute son armée, dont l'afiection envers Tempereur légitime n'avait pu être ébranlée (1); mais le récit plus véridique d'Ammien Marcellin, qui accompagnait Ursicin à Cologne et parle en témoin oculaire, montre qu'il y eut seulement un guetapens, organisé par Tenvoyé de Constance, et auquel l'armée^ qui vingt-huit jours auparavant avait acclamé Silvain, demeura étrangère (2).
La rébellion fut ainsi étouffée presque à son origine. Constance, qui par nature, dit Ammien, « haïssait les vaillants (3), » s*applaudit d'être délivré à si bon compte d'un dangereux rival. Son orgueil s*accrut encore, et de* vint tout à fait insupportable. Il se considérait comme un être presque céleste, ayant dompté la fortune , et gouvernant à son gré les choses humaines (4). On doit reconnaître qu'il n'abusa pas cette fois de sa victoire. Il y eut des représailles, mais elles atteignirent peu de personnes. Les principaux amis de Silvain furent épar* gnés. On traita avec égards son jeune fils, qu'il avait
(1) Julien, loc, ciL
(2) Sur tout cet épisode, Julien mérite peu de confiance. On accordera malaisénient arec le beau portrait qu'Ammien Marcellin trace de SilTain la conduite que lui attribue Julien, racontant qu'au lieu de combattre les Barbares, il pillait les rilles des Gaules pour en tirer Targent qu'il donnait ensuite comme rançon aux envabisseurs (ApicdCaiv tc ht, twv icoXcwv Ta xp^t^ora xal fiiavcjuov toTc iicioOot Bap6apoccxal woictp XiStpa xarateX- X6(Uvo;, i^v tc^ ax^-h^tf icapountsudU^tv xal où TOt; xp^i&affi irotc?tf6ai ttjv
(3) « Semper oderat fortiter fadenles » Ammien Marcellin, XV, 5.
(4) Ibid.
3a L'ÉLECTION DE JULIEN.
laissé en otage à Hilan avant de partir pour la Gaale (1). Cependant la joie de Constance n'allait pas sans quelque mélange. Avec Silvain, il semblait que le dernier boulevard de la puissance romaine dans la Gaule et la Germanie fût tombé. Ursicin avait, il est vrai, pris le commandement des troupes : mais, soit que, mis en défiance par les récents événements, Constance lui mesurât Fautorité et les moyens, soit que les soldats n'eussent pas confiance dans un homme qui ne s'était révélé à eux que par une trahison, aucune résistance utile n'était plus faite aux Barbares. Les courriers qui parvenaient l'un après Vautre à Constance lui peignaient l'état déplorable des Gaules (2). Ils lui montraient ces belles et riches contrées ouvertes aux envahisseurs. Ils nommaient quarante villes ruinées le long du Rhin par les Francs, les Alemans et les Saxons (3). Ils racontaient le siège et la prise de Cologne (i), tout à l'heure la capitale de l'éphémère empire de Silvain, hier encore le siège d'un autel provincial de Rome et d'Auguste et d'une colonie de vétérans (5). Constance, on l'a vu, n'était pas ménager de sa personne. S'il n'avait pas les qualités d'un grand général, il avait l'habitude de tous les exercices du corps, était sobre, endurant, bon cavalier, habile au maniement de Tare et du javelot, très expert surtout aux
(1) Jalien, loc. cit., dit que Silyain araiit laissé l'enfant comme otage à Tempereur, « qui ne le demandait pas, » o06èv 8co(uviyi. Ce qu'on connaît du caractère de Constance autorise plutôt à croire qu'il l'aTait exigé.
(3) « Adsidui nuntii, deploratas Jam Gallus indicanles. > Ammien Marceilin. XV, 8.
(3) Zosiine, III, 1.
(4) Ammien Marcellin, XVI, 3.
(5) Cl Desjardin^ Géographie historique et administraiii/e de la Gaule romaine, t. 111, p 406 et 451.
manœuvres de rinfanterie (1). Sa cavalerie lui devait une armure nouvelle, imitée des Perses (2). Il s'occupait lu;mème du choix des chefs militaires, et savait s*entourcr de vieux capitaines (3). Il ne redoutait ni les responsabilités du commandement ni le contact de rennemi. Hais, à défaut d'une pusillanimité personnelle, dont on ne pourrait l'accuser sans injustice, une prudence politique exagérée lui faisait craindre de quitter Tltalie (4). Il lui semblait qu'en s'éloignant du centre de son Empire, il perdrait les moyens de communiquer à la fois avec le sénat romain et avec les provinces orientales, et cesserait de pouvoir surveiller d'une part le paganisme , dont il méditait toujours la ruine, d'autre part les adhérents d'Athanase et du concile de Nicée, qui ne lui étaient guère moins odieux. Probablement aussi craignait-il, s'il se portait de sa personne sur la ligne du Rhin, de se trouver trop loin de celle du Danube, sans cesse menacée par d'autres envahisseurs. Telles sont apparemment les raisons qui lui firent prendre une résolution soudaine, imprévue, « le bon parti, » dit Ammien Marcellin (5), à coup sûr celui auquel Topinion publique était le moins préparée.
Ce parti n'était autre que le rappel immédiat de Julien et son élévation prochaine au rang de César, avec mission de pacifier les Gaules. Nous avons dit l'émotion mêlée de frayeur que ressentit celui-ci, quand l'ordre lui
(1) Ammien Marcellin. XXI. 16; J«H«n. Oratio I; Hertlcin, p. 18.
(2) Julien. Oratio I (premier panégyrique de Constance), p. 46; cf. Ammien Marcellin. XVI, 10.
(3) Ammien MarceUin, XXI. 16.
(5) Ammien Marcellin. XV, 8.
(6) € Reperit tandem consiliura rectum ■ Ibid.
350 L'ÉLECTION DE JULIKH.
fut donné de quitter Athènes pour revenir à Milan. On loi enjoignait de voyager vite, avec une suite peu nombreuse : quatre serviteurs seulement furent autorisés à raccompagner (1). Pour un prince de sang royal, accoutumé dès l'enfance à un grand train de maison (2), c'était presque voyager incognito. Mais cela même, en le débarrassant des nombreux impedimenta que traînaient en route les riches Romains, lui rendait le voyage plus facile et lui permettait même d'y mêler quelque imprévu et quelque agrément. C'est ainsi que le fervent disciple d*Homère put, avant de quitter les pays classiques, traverser la mer Egée pour faire une excursion en Troade. Cela montre que, si forcé que fût son voyage, Julien y jouissait encore d'une assez grande liberté et demeurait maître d'en régler l'itinéraire.
Il a raconté, dans une lettre, un épisode fort inattendu de ce pèlerinage « aux champs où fut Troie. » S'étant arrêté dans la ville « moderne » qui s'élevait, au iv* siècle, sur l'emplacement de l'ancienne llion, il demanda à visiter les monuments antiques. « C'était, dit-il, le détour que j'employais pour visiter les temples. » L'évêque de la ville, Pégase, s'offrit à lui servir de guide. Il le conduisit au tombeau d'Achille, entretenu avec le plus grand soin , et s'inclina lui-même devant la sépulture du héros. Puis il mena le voyageur au tombeau d'Hector. « Là , raconte Julien , comme je m'aperçus que le feu brûlait presque sur les autels et qu'on venait à peine de l'éteindre, que la statue d'Hector était encore toute brillante des parfums qu'on y avait versés, je dis, les yeux fixés
(1) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes; Hertlein, p. 357.
(2) IHd,, p. 349; cf. Sozoïnènc, Hist eccL, V. 2.
L'ÉLECTION DE JULIEN. 85t
sur Pégase : « Eh quoi ! les habitants d'IIion font donc des sacrifices ! » Je voulais connaître, sans en avoir lair, quelles étaient ses opinions. Il me répondit : « Qu'y a-t-il d'étonnant qu'ils adorent le souvenir d'un grand homme, qui était leur concitoyen , comme nous faisons pour nos martyrs ? » Sa comparaison n'était pas bonne , mais, eu égard au temps , sa réponse ne manquait pas de finesse. Il me dit ensuite : « Allons visiter l'enceinte sacrée de Minerve troyenne, » et, heureux de me conduire, il ouvrit la porte du temple. Il me fit voir alors les statues et me prit à témoin qu'elles étaient tout à fait intactes. Je remarquai qu'en me les montrant, il ne fit rien de ce que font d'ordinaire les impies dans des circonstances pareilles; il ne traça pas sur son front le signe de la croix et ne siffla pas dans ses dents; car c'est le fond de leur théologie de siffler quand ils sont en présence de nos dieux et de faire le signe de la croix (1). »
On peut, sans un trop grand effort d'imagination, se figurer l'état d'esprit des deux pei*sonnages que le hasard avait ainsi mis en présence. Julien, aux allures de l'évèque, a surpris ses pensées secrètes : il attache sur lui un regard pénétrant et lui pose des questions captieuses. Pégase connaissait sans doute par la renommée les vrais sentiments de Julien : Troie était trop rapprochée d'Éphèse et de Pergame pour que les espérances fondées sur le jeune prince par les néoplatoniciens de ces deux villes (2), leurs efi'orts pour l'attirer à eux, les gages qu'il leur avait déjà donnés, fussent ignorés de lui. Aussi
(1) CeUe curicuM* lettre, décoa?erle dans un manuscrit du British Muséum, a été publiée par Henning dans l'Hermès, 1875; elle porte le n*» 78 dans l'édition d'ilcrtlein, p. 603.
(2) Voir plus haut,p.3!C.
1,1 Lsxuurmis os scum3.
^ .rii2!Ki— "-li T.-iiontieEi 'feviiier à JuSen p«r sm ■•»txoL par .' maitentUm 'igcertaing prBfepae!», aiMgggtiitir •'.epesuiam par vaeaws parai» caiiipr>xiKttiBfte. Cet •s^^qne i^Uua -ak im. type mnsrdier^ siu «iixifte rue it rv* ^KCirï. nais 30Q «ma «sxempfe. On a Tépcfeiphe d'aae RiiOuLiifi jui « moutn « panai us idêles. fidèle, et parmi li» paièiB. pafpimp 1 . * CeOe^ le pcMdl aax cir:'>ixstuxi!f5 chançeanfeea (fane époqae de traostioD. mskhi Of jcu laiaK «iaDS le doute sar a Téritable cioyaaee. STnimeat eIIe<iLeutazie. Péfaaenoos est mieux coooo. Jolieti racoote ipxe. averti par wa attjlade, 3 se leoaâ^na for pLice et apprit de çei» bim mforméa qœ cet étranm ministre de rEvanciie priait en cachette les dieu et adorait le Soleil i . C'étût. sek» tonte apparmce. on païen (|m était entré dans tTg^ise. avait monté les degrés de la hiérarchie déricale. moins encore peut-être poor flatter les pniwawts dn Joor que poor acquérir le pouToir de protéeer et d'entretenir secrètement les sanctuaires idoUtriqoes. Déguî» en évéque chrétien, il se faisait ainsi le ^rdien de la Troie homérique, le sacristain mrstérieuz de ses temples. Nous retrouTerons ce Pégtae dans un antre endroit de Thistoire de Julien ; mais alors, les temps auxquels il agirait étant Tenus, il aura jeté le masque et échangé publiquement les insignes de Téréque contre les bandelettes du pontife païen.
Les circonstances suspectes de cette excursion en
(t) îwrtn rifkfxcA noiuii ftit, ims (paga) nos f\GVfh mr. BuUetiino iii archeologia crittlana, 1877, p. 118-12^ et pi. IX; 1879, p. 24: àiU délia n. Àecad. dei Lincei, 1878-1879, Traiisaiii/î, p. 122.
(2) 'On %m\ icpo«c^/otTo )d9p^ x«l «pOTxwotii t^ 'IDtov. JulieB, Ep. 78 (Hfrtldn, p. OOlj.
L'ÉLECTION DE JUUEN. 353
Troadc étaient sans doute ignorées de Constance , quand il attendait, non sans impatience, Tarrivée de Julien en Italie. Il ne dévoila pas tout de suite à ses conseillers le dessein qu'il s'était proposé en rappelant celui-ci. Une seule personne parait en avoir été la confidente , et probablement rinspiratrice(l) : c'était rimpératrice Eusébie, qui avait naguère tiré Julien du péril et n'avait cessé de croire en lui. Quand Julien arriva à Milan, incertain du sort qui l'attendait. Constance était absent : les affaires de Silvain, raconte Julien, l'avaient appelé au dehors (2). Il est difficile de déterminer à quel incident de cette tragique aventure le narrateur fait ici allusion, puisque nous savons qu'il n'y eut point de guerre contre Silvain , et que Constance reçut à Hilan la nouvelle de sa mort. Peut-être Constance fut-il obligé à quelque voyage militaire, à quelque inspection de troupes, moins à cause du favorable dénouement de l'affaire de Silvain qu'en raison des désastres qui suivirent. Julien se montre ici le narrateur peu précis, l'écrivain obscur et embrouillé qu'il est souvent. Quoi qu'il en soit, la réception qui lui fut faite à Hilan fut de nature à le rassurer. Eusébie envoya audevant de lui ses eunuques, chargés de le complimenter. Constance, revenu bientôt après, l'accueillit en ami et en parent : il lui donna ses libres entrées à la cour, et lui offrit de loger au palais , ce que Julien refusa. Hais il lui fallut se soumettre à une cérémonie pénible : les eunuques du palais lui rasèrent sa barbe philosophique, le revêtirent de la chlamyde militaire, et ne le laissèrent
(1) Cf. Zosime, III, 1.
(2) Mtxpôv 8à Oorepov iucXOovto< To\iTov ' xal yâç toi xal ta fccpi liXouavèv iicéicpaxTo. JuUeo, Ép, au sénat et au peuple d'Athènes (Herllein, p. 335).
iL'UEN l'apostat. — I. 28
sortir de leurs mains que transformé en soldat et en homme de cour(l).
Julien s'accuse — ou se vante — d'en avoir porté gauchement l'habit. Au milieu des courtisans, la tête haute, les regards toujours en éveil, il errait dans les antichambres et les salles du palais, tenant ses yeux baissés, comme le lui avait appris son précepteur (2). Les eunuques , ignorant encore la fortune à laquelle il était réservé, riaient sur son passage : à leurs railleries , Julien répondait par une haine (3) dont ils sentiront un jour les effets. « Je ne tairai point ici , dit-il, jusqu'à quel point je poussai les concessions, et comment je consentis à vivre sous le même toit que des hommes que je savais être les bourreaux de ma famille, et que je soupçonnais de vouloir bientôt me traiter comme ils avaient traité les miens (fc) . » Cette fois, cependant, il se trompait dans ses soupçons. Pendant qu'il vivait à la cour, dans cet état de réserve et d'anxiété. Constance se préparait à l'élever jusqu'au trône.
Quand l'empereur, ayant rassemblé son conseil, s'ouvrit de' ce dessein, tous demeurèrent frappés de stupeur. Le langage de Constance avait été empreint d'une sincérité inaccoutumée. Il déclarait que le fardeau dépassait ses forces, et — ce qu'il n'avait jamais avoué, dit Ammien, — qu'il ne pouvait plus le porter seul. Accoutumés à tout approuver, les courtisans essayèrent, cette fois, de cacher leur désapprobation sous la flatterie. « Il n'y a point, dirent-ils, de situation si ardue que la force toute-puissante de Constance, sa fortune
(1) JuIieD, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes; Hertlein, p. 355.
(3) Itnd.
(4) Ibid,
si voisine des astres, ne puisse, comme toujours, la surmonter. » Plusieurs ajoutaient qu'un César était bien dangereux, et rappelèrent Gallus. Une seule personne appuya les paroles de Constance : ce fut Eusébie. Dans son amour conjugal, qui parait avoir été sincère, elle craignait peut-être pour Constance les périls et les hasards d'un séjour en pays éloigné. Peut-être aussi son regard perspicace, aidé de sa sympathie pour Julien, avait-il discerné le véritable intérêt public. Pour une raison ou pour une autre, elle réfuta les objections, et, puisqu'il fallait un César, déclara que mieux valait prendre le plus proche par la parenté. La délibération dura longtemps, mais Tavis de l'empereur et de l'impératrice finit par être accepté de tous : Taccession de Julien à l'empire fut décidée (1).
Julien parut consterné à cette nouvelle. Si elle flattait son ambition, en revanche, elle dérangeait tous ses plans de vie studieuse. Son esprit, toujours porté aux alarmes, ne pouvait d'ailleurs oublier ce qu'une faveur semblable avait coûté à Gallus. La bonté maternelle d'Eusébie semble avoir deviné les sentiments qui se pressaient dans Tàme du jeune prince. Tout d'abord, l'impératrice avait joui sans mélange du changement de fortune de son protégé : la déclaration officielle de l'empereur fut pour elle, dit Julien, comme une douce musique (2) . Mais bientôt elle comprit les hésitations de Julien, et combien il avait besoin d'appui. Il vit un jour venir, dans le faubourg de Milan où il avait sa demeure, des serviteurs de confiance d'Eusébie, qui le
(1) Aramien Marcellin, XV, 8.
^2) Julien, OraL 111 (panégyrique d'Eusébie) ; HerUein, p. 156.
prièrent d'écrire à celle-ci et de lui demander sans crainte tout ce qu'il voudrait. Le premier mouvement de Julien fut de répondre à la bonté de Timpératrice par un refus motivé du titre de César. II rédigea dans ce but une lettre suppliante, qui se terminait par ces mots, bien propres à toucher le cœur d'Eusébie, désolée de sa stérilité : « Puissiez-vous avoir des enfants, héritiers de vos biens ! puisse Dieu vous combler de ses faveurs! Je vous en supplie, renvoyez-moi chez moi le plus tôt possible. » Puis il retomba dans ses incertitudes et n'osa envoyer la lettre, craignant, dit-il, qu'il y eût danger à correspondre ainsi avec la femme de l'empereur (1).
Ces détails sont dans l'épitre adressée, six ans plus tard, par Julien au sénat et au peuple d'Athènes. Il n'y a pas de raison pour les révoquer en doute, car ils semblent tout à fait en situation; mais probablement trouvera-t-on quelque arrangement artificiel et quelque mise en scène dans le reste du récit. Nous le rapporterons tel que le fait Julien, qui tient à se montrer comme étant, dès cette époque, le favori des dieux, à qui il pose des questions et de qui il reçoit des réponses.
Hésitant, comme on vient de le voir, à envoyer une lettre à Eusébie, il leur demanda de lui révéler, pendant son sommeil, s'il devait le faire. La réponse fut que l'envoi de sa lettre serait suivi d'une mort ignominieuse. Julien n'avait plus qu'à se soumettre; mais, à l'en croire, il eut besoin de longues réflexions pour s'y décider.
« Eh quoi ! se dit-il, je pourrais m'opposer aux dieux! je croirais pouvoir me diriger mieux que ceux qui savent
(l) Julien, Ùp. au sénat et au peui'lc d'Athènes; Herdein, p. 355.
L'ÉLECTION DE JUUEN. 857
tout! La prudence humaine embrasse à peine le présent et n'est infaillible que pour les objets de peu de valeur. Personne ne délibère ni sur les choses qui doivent arriver dans trente ans ni sur celles qui sont déjà passées, mais seulement sur les choses dont nous tenons, en quelque sorte, les commencements et les germes. Seul le regard des dieux perce plus loin ; ils voient tout, conseillent et font ce qui est le meiUeur. Auteurs de tout ce qui est et sera, ils ne peuvent se tromper sur ce qui nous convient. »
Ce raisonnement convainquit Julien que le plus sage était d'accepter ce qu'on lui ofirait et de le croire ménagé par une providence divine. Hais d'autres réflexions lui persuadèrent que là était aussi le devoir. « Tu te fâcherais, se dit-il à lui-même, si quelqu'un de tes esclaves, si ton cheval, ta brebis, ton bœuf te refusait le service et ne venait pas à ton appel. Hais toi, qui te prétends au-dessus du vulgaire et te ranges parmi les justes et les sages, tu te refuserais aux dieux ! tu ne te prêterais pas à ce qu'ils veulent de toi! Prends garde d'agir en insensé et de mépriser leurs droits. Que faistu de ton courage? Tes hésitations sont ridicules. Tu semblés prêt à ramper et à flatter par crainte de la mort. Abandonne-toi plutôt à la volonté des dieux, leur déléguant la conduite de ta vie, selon la maxime de Socrate, prêt à faire tout ce qui leur plaira, sans te rien réserver, et acceptant tout de leurs mains avec confiance (1). »
Il est impossible de savoir si Julien fit réellement ces réflexions , et se laissa guider par ces motifs mystiques,
(1) Julien, Ép. au sénat et au peuple d:Àthines; Hertiein, p. 355.
S&8 LÉLECTION DE JUUEN.
qui ne seraient pas sans grandeur. Ce que Ton voit clairement, c'est qu'après avoir écrit une lettre de refus, il renonça à Tenvoyer, et trouva sage de n'opposer aucune résistance au choix de Tempereur. Ammien MarcelliD, ordinairement bien informé de ce qui regarde Julien, n'a pas entendu parler des hésitations dont celui-ci noos fait la confidence. Son parti étant pris, Julien se rendit docilement à la cérémonie de l'investiture.
Elle eut lieu le 6 novembre (1), en présence de Farmée, devant les aigles et les drapeaux des légions. L'empereur monta sur une tribune très élevée. Julien était auprès de lui. Se levant, et tenant par la main le jeune prince, comme pour le présenter aux assistants, Constance prit la parole. Il aimait à parler en public, et s'en tirait ordinairement très bien. « Faire l'énumération des harangues qu'il a prononcées dans toute espèce de réunion, devant Tarmée, le peuple ou le sénat, exigerait un trop long discours, » a dit Julien, qui ajoute : « Il est bon artisan de paroles, non qu'il taille ou qu'il polisse des mots ou qu'il arrondisse ses périodes à la façon des rhéteurs; mais sa diction est grave et pure, il siit user à propos d'expressions qui pénètrent dans Tàme non seulement des gens instruits et éclairés, mais même des ignorants, pourvu qu'ils soient capables d'entendre et de comprendre ce qu'on leur dit (2). » Bien que ce jugement soit extrait d'un panégyrique, et par conséquent suspect, cependant il n'étonnera pas ceux qui se souviennent d'un épisode de l'histoire de Constance, où son talent d'orateur lui fit remporter une vic-
(1) « Die oclavo iduum novembr. » Ammien Marcellin, XV, 8.
(2) Julien, Oraiio II (second panégyrique de Constance); Hertlein, p. 98.
L'ELECTION DE JUUEiN. 359
toire peu commune : en 350, il prononça, en présence de ses troupes et de celles de son rival Vétranion^ un discours si persuasif, que les soldats de celui-ci Tabandonnèrent pour passer du côté de l'empereur (1). La harangue qu'il fit pour Tintronisation de Julien n'est point indigne de sa réputation oratoire. £lle a cette simplicité élégante et grave que loue le panégyriste. Je ne crois pas qu^Ammien Marcellin , qui la donne tout entière (2), Tait inventée, à la manière des historiens antiques : elle porte, autant qu'on en peut juger, la marque de Constance.
« Nous sommes devant vous, dit-il, excellents défenseurs de la République, pour traiter ensemble de Tintérèt de tous : je vous exposerai brièvement, comme à des juges équitables, ce que je veux faire. Après la mort de tyrans et de rebelles, qu'une rage furieuse poussa à la révolte, les Barbares, comme pour ofirir de leurs mains impies un sacrifice expiatoire arrosé de sang romain, parcourent en tous sens les Gaules, ayant rompu la limite que leur imposaient les traités. Ils s'encouragent à la pensée des devoirs très étroits qui nous retiennent loin d'eux. A ce mal, qui croit chaque jour, si d'un commun accord nous portons remède pendant qu'il en est temps, ces orgueilleuses nations seront domptées, et les frontières de l'Empire demeureront intactes. Il vous appartient de m'aider à réaliser cet espoir. Voici Julien, mon cousin germain. Vous connaissez sa modestie, qui nous le rend non moins cher que la parenté. Il a bonne ré-
(0 Julien, OraU I (premier panégyrique de Con8Uncc);HerlleiD, p. 4o; mislius, Orat. III, IV; Zosime, II.
(2) Ammien Marcellin, XV, 8.
s» LELSCIK» DC JCUEX.
puUtion. Jeune, il passôde déjà les Ulents les plus bril- Usts. Je désire lèleTer aa nnc: de César, et je tous demande de confiriDer par T(>tre coosenlement ce dessein, si vous le jufe-i utile. »
Une rameur favorable interrompit Torateur. «c Ce $ont le> pensées d'un dieu« non d*on houune, » disail-on, dans c«r lanÀrapf de la flatterie que savaient parler même 1:^ :oiiles. Mais Constance, sans faire un mouvement, selon sai coutume, continua. Siir désonoais des sentiments de tous :
Puisque ce joyeux murmure me témoigne votre approbalioa. que or jeune homme* doué d'une force tranquille, et dont les moNirs sont plus encore à imiter qa*à lo^uer. mcinte au faite des honneurs. De sa nature, de son eiceilente ^ jcaticm. je ne dirai qu'un mot : elles Tont fait di^e de mcvn chodi. En pA>èseiioe, d<Hic. et avec le Cv>n<^'iiteiDeii: du Dieu tojt-puîasanC je le revêtirai du mantejiu imprimai. .
II mit a:«>rs sur les épaules de Julien <• la pourpre des alfux, • et, I il Tant prvvlamè César, aux ap[^u<fiasemei:t> de Tarxee. il pK^crsaiviu avec une solennité jdos
' Ta viens ie recevoir, jeune, rédat qui appartient à ta naissiince, : frtre îr» ai=:iel Ma ^kiîre s'en est accnie : en d- ferin: à :a licàu-essap, si proche de la mienne, une partie de ma pniàsanœ. je me sens moinmème plus elevê. Deviens d.^nr ^associe de mes travaux et de mes périls : pr>fi:is la charpf de ia âaule. reléw par tes bienfaiis <cn aflîvùjz. S'il faut OtWLbatt:^ rcsmemi,
f' c d'un pis ferme au loiliea des porte-^èteiMiards, ' l'audace en :ezips opportun, eniUmme les comte, en :e n^enan; à leur téie. saxs aériigcr les
L'ÉLECTlOiN D£ JUUEN. 361
précautions nécessaires; réconforte ceux qui seraient troublés; montre que tu seras un témoin véridique des courageux et des lâches. Donc, poussé par la grandeur de Tentreprise, en avant, homme brave, que les braves suivront. Nous serons avec vous, de toute la force d^un fidèle amour, nous combattrons ensemble, et, plaise à Dieu d'exaucer nos prières ! nous gouvernerons avec une égale modération et une piété égale le monde pacifié. Tu me seras toujours présent, et je ne ferai défaut à aucune de tes actions. Monte, monte vers les sommets, hàte-toi, les vœux de tous te suivent I C'est la République ellemême qui te confie le poste que tu vas défendre. »
Aces paroles enflammées, vibrantes, Témotion de la foule ne put se contenir. Les soldats heurtaient avec un bruit de tonnerre leurs boucliers contre leurs genoux, ce qui était chez les Romains un présage de félicité (1). A l'exception de quelques-uns, plus perspicaces ou plus défiants, tous les assistants approuvèrent le choix du prince et en ressentirent une joie profonde. On contemplait le nouveau César, charmant sous la pourpre, avec ses yeux « d'une beauté terrible (2), » son visage auquel une émotion inaccoutumée donnait de la grâce (3). Tous les regards s'attachèrent sur lui, quand il s'assit près de Constance dans le char impérial ; mais personne ne l'entendit se murmurer à lui-même ce vers d'Homère :
a La Mort empourprée et le toat-puissant Dettio l'ont Misi (4). »
(1) Au contraire, heurter le bouclier avec la lance était signe de deuil.
(2) « Oculos cum venustate terribiles. » Ammien MarcelUn, XV, 8.
(3) « Vultumque excitatius gratuin. » Ibid.
(4) 'EXÀaés nopçvpto; OdvoiTo; xal (&otpa xpaTatT). Iliade, V, 83. C'est Ammien qui rap[)orle ce déUil : il le tenait peut-être de Julien, ou plus probablementdu chambellan Eulhère. Sur les rapporU d' Ammien avec celuici, Toir t. III, appendice A, première partie, { lU*