LA BATAILLE DB
le vieux Sévère, général à la fois expérimciité et a»deste. qui tout de suite loi inspira confimnce. Le ièm partit de Sens à la tète de ses troapes^ et marrha t«« Reims (1) : une année de vin^-cinq nulle hommes 21 remontant d'Italie soos le commandemoil dn maître de la milice Barbation, devait en même temps se diiigv vers Bàle. On espérait qne les Germains* qui d^ répandaient dans Test de la Ganle leurs bandes avides de pillage, seraient pris entre les denx années se rappnvchant Tune de Tantre comme les branches d^nn eoinpas ^3). Le plan fat d'abord déjoaé. Un parti de LMei indépendants se conla inaperga josqn'à Lyon. U grande ville manqua d'être surprise, et n*eot que le temps de fermer ses portes. Les envahisseors, empèdbcs d*y pénétrer, se dédommagèrent en dévastant les campagnes. Mais Julien, toujours en éveU, détacha de sa petite armée trois escadrons de cavalerie, qn*il charfet d*ol>ser\'er les routes par lesquelles les Lètes pouvaient opérer leur retraite. Tous ceux qui prirent la direction
ftoifil en Oripnt. cesse d'être on témoin ocoUire poar les ^«p^^i* de Jalipn en Gaaie.
fl/ Arornien Marcellin (XVÎ. 13) : « secandis ominilms notas « BesMS propersTit. » Celt sigoifie-l-il qoe Julien, arant le départ , aTait secrètenient ronhulté \f.% présages, d'après les rites païens, on y a-t-U U nne simple métaphore?
i) Tel eat le chiffre donné par Ammien Marcellin ; Libanias, EpitapkUs 'Reihke, t. 1, p. 539), dit trente mille hommes, rptaiiupios*; dKXira;, et ajooU qu'on leur donna pour général un homme sachant faire oiaMBafrer de grandes troupes.
(3; n Cogitatum est enim, soIUciteqne prsstmctam , ni sBTÎeates ultra solitum Alpmanni, ragantesque fusins, maltitndine gemlnata nostrorum, forcipis specia trnsi in angustias csderentur. » Ammien Marcellla, XVI, 12. — - Dans la langue technique de la stratégie, on appelait /brce^s ou fnrfex la disposition en V que prenait on corps da troopes lortqnH «onl.iit laisser a?ancer, pour l'enrelopper ensuite, an corps esnerai qii rnarrhait sur lui en formant un coin (cvneui). » Diet, des aniiqviiés, art Forceps, t. II, p. 1241.
des Vosges tombèrent aux mains de la cavalerie romaine, avec leur butin encore intact. Mais ceux qui s*échappèrent le long de Jura, vers BAle, où se trouvait Barbation, passèrent sans être inquiétés : Cella, tribun des Scutaires, qui faisait partie du corps de ce général, interdit même le passage aux cavaliers commandés par deux des officiers de Julien, le tribun Bainobaudes (1) et le futur empereur Yalentinien, dont la consigne était de garder cette route. La jeune gloire de Julien offusquait Barbation : non content d'empêcher le César de détruire complètement les ennemis, le général félon tenta de le noircir auprès de Constance, en envoyant à celui-ci une relation mensongère, dans laquelle il accusait Bainobaudes et Yalentinien d'être venus sous un faux prétexte, avec la mission secrète de débaucher ses soldats.
Cependant la marche en avant des deux armées, qui se poursuivit pendant Tété, au milieu des moissons mûrissantes (2), intimidait les Alemans. Ceux d*entre eux qui campaient sur la rive gauche du Rhin, dans les forêts escarpées des Vosges, furent pris de terreur. Ils obstruèrent par des abattis d'arbres énormes les chemins déjà montueux et difficiles que devaient suivre les troupes. Beaucoup d'entre eux se réfugièrent dans les lies dont est semé le cours du Rhin. Lorsque Julien et ses soldats arrivèrent au fleuve, ils entendirent résonner à
(1) Ammien Marcellin le qualifie plus loin de « tribunns Cornatornni. » Les Comuli, ainsi appelés de la TlIle de Cornutum, en Pannonie, où il y avait une fabrique de boucliers, étaient parmi les « auxiliaires palatins. » Xotilia IHgniL, Occid., 22.
(2) *Ax|idiCovTocToû9CTov. Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes (Hcrllein, p. S59).
é» LA BATAlIXI DK STRASBOUBG.
lisum oreilles les hnriements lugubres et les injures des Htirhhren. Afin de les déloger, Julien, qui n'était oatillé ni fKiur naviguer sur le Rhin, ni pour y jeter des ponts, envoya demander à Barbation, dont l'armée était monif) ile tous les services, sept bateaux plats faisant partie do son équipafçe de pontonniers (1). Toujours traître, le ni/iUrn de la milice, au lieu d*envoyer ces embarcations, 1ns (it briller comme inutiles. Heureusement des espions goriniiinN, que les soldats de Julien avaient saisis, indiqueront dos gués. Pendant les grandes chaleurs de Tété, il y avait des endroits par où Ton pouvait passer, sinon A piod 800, au moins avec une assez grande facilité. Jolion lit vonir des soldats d'infanterie légère, qu'il mit muis les ortlres du tribun Bainobaudes, le même qui, en roni|uiicnio do Valentinien^ avait eu récemment à se pUiudrt> do la duplicité de Barbation. 11 leur proposa do toulor lo passage du fleuve : « Ce sera« leur dit-il, uuo aoUou mômorable. si vous y réussisses ». Les braves \olilo« saulK^ront dans Teau^ et« tantôt grimpant sar I0 riH'hor^ quo lo fiouro à domi desséché laissait à dêcoavi^rt. lanUNt $1^ $<T%ant de leurs bixaclîeits em gnse de Kar^^io$^ ab<u^)<^f>^nt à 111e la ptos proebe : là ils mim <^rvronl a cvhuiiio du beUil. > su» lirtli^rtiii face ai
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lA AÀTAILLE DE STRASBOURG. 423
étaient tellement alourdis par le butin qu'ils avaient dû, pendant la traversée, en jeter une partie à Teau. Les Barbares demeurés dans les îles que les soldats romains n'avaient pas eu le temps de fouiller reconnurent que ces retraites n'étaient point inaccessibles, même pour une armée dépourvue de flottille, et se hâtèrent de passer sur la rive droite du Rhin, avec leurs femmes, leurs troupeaux et leurs bagages (1).
Julien ne poursuivit pas tout de suite la victoire : il s'occupa d'abord de la consolider, et se retira en arrière pour relever les fortifications de Saverne (2) , qui avait été le clef des Vosges jusqu'au jour où les Germains l'asraient démantelée. Dans la forteresse ainsi rétablie, il installa une garnison. Mais il importait d'en assurer le ravitaillement, que les continuelles incursions des Aiemans pouvaient à tout instant rendre impossible. Ceuxci, en fuyant, avaient laissé leurs moissons mûres : précisément, l'époque était venue de les couper. Julien y employa ses soldats : ces moissonneurs armés firent la récolfe sans cesser d'avoir l'œil au guet, car on redoutait toujours quelque retour offensif de l'ennemi. Mais il n'osa revenir, et laissa les Romains recueillir en paix le froment semé par des mains barbares. Le fort fut ainsi muni de blé pour un an. Julien s*occupa ensuite de l'approvisionnement de son armée. Précisément un convoi de vivres qu'il attendait lui avait manqué, par une nouvelle félonie de Barbation. Celui-ci l'avait arrêté au passage, s'en était approprié une partie, et avait brûlé le reste. Les soldats de Julien, indignés, se demandaient
(1) Ammien Marcellin, XVI, 1 ; Ubanins, Bpitaphios (Reiske, 1. 1, p. 538).
(2) « Très Tabernae. »
si Barbation était fou, ou s'il avait reçu Tordre secret de contrarier tous les mouvements du César, et de causersa perte. Ce que l'on connaît des intentions de Constance, si Ton examine de près ses actes, permet de rejeter ca bruits comme imaginaires et calomnieux. Mais les soldats étaient excusables d'y croire et de les répandre. Julien, cependant, ne perdait pas le sang froid. Il y avait, heureusement, moyen de réparer le dommage. L'approvisionnement de Saveme n^avait pas épuisé les champs cultivés par les Barbares. Sous la garde de postes placés çà et là, les soldats continuèrent à faucher les blés. On pat ainsi mettre dans les charriots de Tarmée une provision de blé suffisante pour assurer sa nourriture pendant vingt jours (1).
Cependant la fortune se chargea bientôt de venger Julien. Au moment où la jonction des deux ajrmées allait se faire, Barbation changea brusquement de route, et tenta le passage du Rhin. Libanius assure qu^il avait reou des ordres de Constance, qui voulait ménager aa maître de la milice Toccasion d*une victoire où Julien n'aurait point de part (i . Ce fut le contraire qui arriva. Les Alemans, avertis de Topération hasardeuse projetée jKir Barbation, le laissèrent approcher da fleave; mais dès que le pont de bateaux destiné au passage des troupes eut été construit, les barques qui le portaient furent assaillies par d*innombrabIes troncs d^arhres, lancés dans le fleuve en temps opportun, et que le courant
impétueux du Rhin charriait au milieu d'elles, les heurtant, les dispersant, les submergeant (1). Démoralisée par Teffet inattendu de ce stratagème, Tannée de Barbation recula, et, sous l'impression d'une terreur panique, s'enfuit avec lui jusqu'à Bàle, poursuivie par les Barbares. Une grande partie des bagages, voitures, chevaux, conducteurs, tomba aux mains de l'ennemi (2). Dès que la poursuite eut cessé, Barbation disloqua son armée, et renvoya dans leurs quartiers d'hiver (3) les diverses troupes dont elle était formée, bien qu'on fût encore en plein été. Puis, comme si la campagne eût été finie, il se rendit à la cour, non pour se justifier, mais pour accuser Julien (4).
La dispersion des vingt-cinq mille hommes que Barbation avait eu l'ordre de conduire à son secours laissait le César isolé en Alsace, avec treize mille hommes seulement^ Devant Strasbourg campaient sept rois Alemans, dont les contingents formaient une grande multitude. Les confédérés espéraient vaincre sans coup férir. Ils savaient par un transfuge le petit nombre des soldats demeurés avec Julien, et pensaient que la nouvelle du désastre de Barbation et de l'évanouissement de son armée le déciderait à une prompte retraite. Le chef de tous ces rois, l'Agamemnon barbare, était Chnodomaire, qui jadis avait vaincu le frère de Hagnence, le César
(1) FefupoOvTi U a\nC^ itXoioi; tèv icoTa|i6v, TC|i6vtK; tij; <{Xy)C &9tSoiv dlvu o( pdp6apot xâxà ^oOv icd^v) ^X(i»v, & irpoaicinxovTa xaU vovol, tô; (lèv tUonaae, xàc Ôè $tÉppr,U, toc Sk xal xoriivat. Libanias, SpUaphios; Aeiake, 1. 1, p. 539. Libanins est seal à donner ces détails.
(2) Ammien llarcellio, XVI, 11 .
(3) « Per stationes hibernas, t Ibid.
(4] Ibid.
426 LA BATAILLE DI STEASBOUBa
DeceDiius, se vantait d'avoir miné d'innombrables cités gauloises et parcoora longtemps ]a Gaule sans rencontrer d^adversaire. Son orgueil s'était accru par la récente défaite de Barbation, due surtout à lui et à ses bandes. 11 parcourait le camp allemand, la tète baate, le regard étincelant, plein de projets et de paroles téméraires. Julien, lui, mettait le temps à profit en fortifiant, selon les règles de la castramétation romaine, le campement de ses soldats. Quand les envoyés germains furent venus le trouver, le sommant, de la part des sept rois, « de quitter les terres que ceux-ci avaient acquises par leur courage et par leur épée, » il fit attendre quelques jours la réponse à cet orgueilleux message (1). Ce fut seulement après que le camp fut achevé, point d'appui pendant la bataille, protection ou refuge en cas de retraite, qu'il se déclara prêt à combattre.
Le soleil était haut sur l'horizon, quand l'armée romaine sortit de ses retranchements. Au son des trompettes, l'infanterie défila lentement, flanquée de la cavalerie, où brillaient les solides et rapides escadrons des caiaphractaires et des sagittaires. Du camp romain à la plaine de Strasbourg, où étaient massés les Barbares, il y avait environ quatre lieues. Déjà l'avant-garde était en route, quand Julien la fit rappeler. « Midi est vena, dit-il; nous arriverons tard sur le champ de bataille, fatigués par la marche, accablés par la chaleur. Nous combattrons à jeun contre des adversaires frais,
vH LitMnius {Epitaphios ; Reiske, t. I, p. 540) prétend ^m» les Ment* gfrs montrèrent à JulifB des lettres de Constance, eoiicéd«Bl nax Germains la possession des contrées sur la rire gauche da Rhin, el reprechèrent au César de contrarier la rolonté de l'Auguste. Ce détaU, oaûs ptf Ammien, n'est pas croyable.
reposés, qui auront eu le temps de prendre de la nourriture. Le soir tombé, nous aurons un ciel sans lune, et, par un temps couvert, nous ne serons même pas aidés de la lueur des étoiles. La prudence nous commande de i*entrer dans notre camp, à Tabri des retranchements et des fossés : nous y passerons une nuit tranquille : demain, dès le point du jour, fortifiés par le sommeil et un bon repas, nous marcherons à Tennemi. » Mais les soldats ne Tentendirent pas ainsi. Au discours de Julien ils répondirent en frappant bruyamment leurs boucliers avec leurs lances, pour montrer leur ardeur de combattre. Les chefs partageaient le sentiment des soldais. Florentins, préfet du prétoire, fit remarquer à Julien qu'il valait mieux profiter des circonstances, et frapper un grand coup sur les Barbares assemblés; que si on les laissait se disperser pour se reformer ailleurs, ennemis partout présents et redevenus insaisissables, on lasserait le soldat romain, dont Tcsprit était assez porté à la sédition, et ne pardonnerait pas Toccasion manquée d'une facile victoire. Florentins ajoutait que les Germains sont^ en rase compagne, moins braves qu'on ne suppose, et rappelait l'expédition de Constance, Tannée précédente , en Rhétie, où au lieu d'ennemis il ne trouva que des abattis d'arbres. Tout à coup, au milieu de l'armée impatiente, une porte-étendard éleva la voix. « Va, cria-t* il, va, heureux César, où t'appelle la Fortune. Par toi, nous retrouvons la bravoure et l'esprit militaire. Va devant, lève bien haut notre drapeau. Tu vas voir de quoi le soldat romain est capable sous les yeux d'un chef vaillant, pourvu qu'il ait Dieu propice. » Et l'armée s*ébranla d'un seul mouvement, sans que personne ne songeât plus à la retenir.
Parvenus sur une colline, d*où l'on apercevait le Rhin, les Romains rencontrèrent des éclaireurs ennemis, qoi s'enfuirent à toute bride; un seul d'entre eux, qui n'était pas monté, put être pris : il raconta que depuis quatre jours des masses germaines traversaient sans interruption le fleuve (1). La plaine, en effet, était toute noire de soldats en marche : les Romains, à leur vue, s'arrêtèrent, « immobiles et solides comme un mur. » Les Barbares s'arrêtèrent aussi, et les deux armées se regardèrent un instant, dans un silence solennel. Puis le combat commença. La gauche des Alemans était conduite par Chnodomaire, reconnaissable à sa haute stature, à son casque rouge, à l'énorme javeline qu'il portait, à l'adresse avec laquelle il conduisait et domptait un cheval écumant. Leur droite avait pour chef Sérapion, fils de Médéric et neveu de Chnodomaire : il avait fait son éducation en Gaule, où il avait jadis échangé son nom barbare d'Agénaric contre le nom grec de Sérapion. Les cinq autres rois, de nombreux princes (2), les grands (3), marchaient à leur suite, avec trente-cinq mille hommes. Quand Vaile gauche, commandée par Sévère, eut fait quelque pas, elle se trouva au bord d'un marais, que traversait un aqueduc; sous les arches de celui-ci, à demi-obstruées par les roseaux, une mul-
(1) Libtnius prétend que Julien eût pu empêcher ces renforts de passer le Rhin, mais laissa Tolonlairement le passage s'effectuer, afin de délniirb ensuite un plus grand nombre d*ennemis. Mais il ajoute que Julien lirra bataille À temps pour empêcher de nou féaux contingents d'augmenter l'armée bart>are au delà de trente mille hommes. Cela ne concorde pas tout À fait avec le récit d'Ammien.
(2) « Regales. »
(3) A Optimates. i» Ce mot d'Ammien Marcellin est celui même qu'emploient les lois Barbares pour désigner les grands; voir les textes cités par Fustel de Coulanges, Monarchie franque, p. 76, 82, 83.
titudo de Germains étaient embusqués (1). Les Romains hésitèrent, craignant un piège, et demeurèrent en suspens, sans vouloir ni reculer ni avancer. Quand Julien, qui se tenait au centre, vit cette hésitation, capable de compromettre le succès de la journée, il courut vers la gauche, suivi de deux cents cavaliers. Sans se soucier des traits qui volaient de toutes parts, il allait de rang en rang, relevant les courages, excitant par des paroles brèves et ardentes les Romains à reprendre Toffensive. La marche en avant recommença. Les Barbares, à leur tour, eurent un moment de trouble. Le menu peuple, qui combattait & pied, craignit d'être abandonné, en cas d'échec, par la cavalerie, composée des princes, des grands, de tous ceux qui étaient assez riches pour avoir un cheval. Avec cette indiscipline , qui faisait sa faiblesse vis-à-vis de la discipline rigoureuse gardée sur le champ de bataille par le soldat romain , la populace barbare exigea que tous les cavaliers missent pied à terre et se confondissent dans ses rangs. Chnodomaire sauta de cheval : tous les autres l'imitèrent. Ils ne croyaient pas faire un grand sacrifice, car ils se tenaient sûrs de la victoire.
Le combat se poursuivit avec des fortunes diverses. Pendant que Taile gauche des Romains poussait devant elle les ennemis, la cavalerie de Vaile droite fléchit : les Cataphractaires, voyant leur chef blessé, reculèrent en désordre. Julien, reconnaissable au drapeau de pourpre qu*un soldat portait derrière lui, courut pour les rallier;
(I) Ammien Marcellin parle des fossés remplis de Barbares, c : armatorum refertas; » le détail de l'aqueduc et des roseaax Mil par Libanius, Epitaphios; Keiske, 1. 1, p. 541.
mais bientôt les Alemans, passant à travers les escadrons rompus, se heurtèrent à la masse inébranlable de l'infanterie romaine. De ses rangs s'éleva aussitôt le barrit, cri de guerre qui conmience par un sourd mmmure, et, s'enflant par degrés, finit par imiter le firacas des flots jetés par la tempête contre les rochers (1). Bientôt la mêlée fut générale. Au milieu d'un nuage de poussière, qui s'élevait du sol desséché par la chaleur et dérobait les combattants aux regards, les Barbares, leurs longs cheveux dénoués, les yeux étincelants de fureur, se jetaient sur les Romains, qui pour s'abriter formaient « la tortue » avec leurs boucliers. L'attaque était si violente, qu'on put croire que ce iriur d'acier allait se briser sous les coups. Alors arrivèrent au pas accéléré les Bataves (2) et les Royaux (3), puissante réserve de l'armée romaine. La lutte continua, plus ardente que jamais, les Romains opposant leur expérience et leur calme aux assauts répétés des ennemis. Tout à coup, un groupe d'Alemans, dirigé par les rois, et composé des nobles attachés à leur personne, que suivaient une multitude d'hommes du peuple, se jeta avec une telle violence sur les rangs des Romains, qu'il s'ouvrit un
(1) « Barrilum civere Tel maximum : qui clamor ipso fervore certaminum a tenuL susurro exorieus, paullalimque adnlescens, rita extollitnr nucluum cautibus illisorum. » Ammien Marcellin, XVI, 12; cf. XXVI, 7; XXXI, 7. Végèce(III, 18) dit que le barrit ne doit pas être poussé quand l'ennemi est loin, mais au moment où s'engage la mêlée. Les soldats de Julien se conforment à cette règle. Le barrit parait avoir être emprunté par les Romains aux Germains : la description du barrit germanique donnée par Tacite, De mor, Germ., 3, ressemble tout à fait à celle du barrit romain, donnée par Ammien.
(2) Corps de cavalerie auxiliaire, recruté parmi les Germains ; OreUi, 1755, 3400, 5263, 5456; Nolit, Dignit, y Or. et Occid.
(3) a Regii. » Notit. Dignit., Occid.
passage : mais il rencontra en face de lui la légion des Primani (1), qui formait le noyau de l'armée, et n'avait pas encore pris part au combat. Solide comme une tour, elle opposa un front impénétrable aux efforts de l'ennemi. Ammien Marcellin compare la lutte suprême des légionnaires et des Alemans à celle du mirmillon opposant son casque et son bouclier au trident et au filet du rétiaire, et profitant des mouvements désordonnés de celui-ci pour le cribler de blessures. Au pied de ce rempart vivant s'entassaient les cadavres. Sans cesse arrivaient de nouveaux Germains; mais à leur tour ils mordaient la poussière. Les épées, à force de frapper, se faussaient dans la main des soldats : ils ramassaient alors les javelots lancés par les Germains, et s'en servaient contre eux. La victoire se dessinait maintenant pour les Romains, ou, comme le dit Ammien Marcellin, un Dieu propice se déclarait pour eux. Les Barbares perdirent pied, et, avec leur mobilité habituelle, passant d*un acharnement sans exemple à un découragement complet, prirent la fuite dans la direction du Rhin. Tous ceux qui savaient nager se jetèrent dans le fleuve. Les Romains les poursuivirent, et beaucoup seraient entrés dans l'eau avec eux, si Julien et ses officiers ne les avaient retenus sur la rive. De là, les sagittaires criblaient de flèches les fugitifs, que l'on voyait s'enfoncer et disparaître dans les flots. Se souvenant des naumachies qui ensanglantaient trop souvent les amphithéâtres, Ammien dit que Ton assistait à cette scène tragique comme si Ion avait été au spectacle. Seuls parvinrent à la rive opposée ceux qui purent se servir de leurs bon-
(1) « Primanorum legionem. » WUmanns, 2867; NotiL Dignit, Or.
432 LA BATAILLE DE STRASBOURa
cliere d'osier en guise de barques. Les Romains avaient, en tout, perdu deux cent quarante trois soldats et quatre officiers (1), parmi lesquels le brave tribun Bainobaudes, et le chef des catapbractaircs dont la blessure avait causé le désarroi de la cavalerie : on trouva sur le champ de bataille six mille cadavres d*Alemans, sans compter ceux que le Rhin avait engloutis (2).
I^c c< roi des rois » Chnodomaire essayait aussi de gagner le fleuve, avec l'espoir de le traverser. Comme il approchait de la rive, il eut à passer par un endroit marécageux ; son cheval glissa : précipité à terre , il se réfugia sur une colUne boisée, où des Romains Faperçnrent. Aussitôt une cohorte, conduite par un tribun, courut pour le prendre; craignant qu'il ne s'échappât pas quelque coin du bois, elle cerna la colline. Mais Chnodomaire ne songeait plus à la fuite : aussi abattu par le mtdheur qu'il avait été jadis exalté par le succès, d^s ({u'il vit les soldats il se rendit. Deux cents Barbares qui ravaient suivi, parmi lesquels trois de ses plus fidèles amis, se rendirent après lui.
La victoire était complète (3) : aussi, quand, au son des
^0 i> chîffrf f <t »i peu élevé, qu'on a peine à l'admettre. Ammien est »eu) à le donner.
v:)^ K(^irae« arec une tncroTible exagération, prétead que c dans la bi> taille »ii lurrUdes d'homues furent tués, et d'autres en parefl nonatre vlté;^^ &è T%^vtM>>, périrent dan$ les SotSs * ce qui porterut à œat T\nf\ vwiUe le nx%mhr>^ total de^ morts Gennains y^Bist.. 111, 3\ On toH quels I^TxvMùitsiiements un fait historique, simbs rinllne«oe de Tesprit de parti peut suhir en m%Mn« d un :s»éeJe. Ubanins. p!n5 modère, compte tail mîDf MKvrt!< i%t*\,.ni..,M; ^CK^tt; yFpiUi^hi^s: Rebke, 1. 1. f. ^5\ ceqm ne ^e^â'^ïe c^^?e de 1 eslîuMtk^ d Ammies. ^ Toi ajonte aax six aaîUe cadât^vv a^t cHam^ de bataïue le nMulire apfrNtîmalif ées> ttPrvs^
j^' lvn;x\Vf> A. T' la rac\\n:e aim>i dans hm strV lapidaire : «. Ab hoc v^U'.taa*" m^AKis «Mtfus ap^ni Arprcloratmm. GaUme cit^nn» î^enA» Ala-
clairons, rarmée romaine se rassembla pour le repas du soir et le sommeil de la nuit, salua t-elle Julien du nom d'Auguste. Mais celui-ci protesta très haut qu'il n'avait aucune prétention à ce titre. Ghnodomaire lui fut amené. Le Barbare se prosterna aux pieds du vainqueur, implorant sa grâce. Plus généreux que Constantin, qui, en 306, avait fait exposer aux bêtes deux rois francs dans l'amphithéâtre de Trêves (1), Julien rassura le suppliant, et, pour donner une preuve de sa modestie, « au lieu de traîner son prisonnier & sa suite et de l'offrir en spectacle aux villes de la Gaule (2), » il commanda de conduire Ghnodomaire à Constance, qui le reçut au retour de son voyage chez les Quades et les Sarmates. Constance, respectant la parole de Julien, accorda la vie sauve au roi Barbare : il le relégua à Rome, et lui assigna pour prison la caserne des Pérégrins, sur le mont Celius. Transplanté loin de son pays et de ses habitudes, dévoré d'humiliation et de regret, Ghnodomaire y mourut bientôt d*une maladie de langueur (3).
Toujours envieux de Julien, et croyant plaire à Constance en rabaissant le César, les courtisans affectèrent de railler son succès. Ils le nommaient entre eux Yictorinus, soit pour indiquer qu'il n'était, après tout, qu'un « petit vainqueur, » soit par allusion à Tempereur gallo-ro-
roannonim copiae exstinctae sant : rex nobilissirous captas : Galliae restitutae. 0
(l)Eutrope, X, 3; Paneg., VI, 4; VII, 10, U; X, 16. Les panégyristes expliquent cet acte cruel de Constantin par la nécessité d'intimider les Barbares.
(2) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes; HerUein, p. 361. L'emphase avec laquelle Julien se ?ante de sa clémence en gAte beaucoup le mérite.
(3) Ammien Marcellin, XVI, 12.
JULIEN l'apostat. — I« IS
main Victorinus, qui à l'époque des trente tyrans avait guerroyé contre les Germains (1 ) . Leur flatterie attribuait à Constance tout le mérite de la campag^ne. Celui-ci avait fini par prendre ces louanges au sérieux, et, soit dans ses discours, soit même dans le préambule de ses édits, il parlait couramment de sa victoire de Strasbourg, des bonnes dispositions qu'il avait fait prendre à son armée, de son prisonnier Chnodomaire. « Ce n*est pas moi, c est lui qui triomphait, » écrit Julien avec amertume (2\ Ammien répète les mêmes plaintes (3) . Pour être tout à fait juste, il faut se souvenir, ici, que Constance avait l'habitude de parler de la sorte de toutes les victoires gagnées par ses lieutenants : si Tun d'eux avait un succès en Perse, il Tannonçait aux proN-inces par des bulletins (4), comme un triomphe personnel (5). Maisil convient d*ajouterque tel fut dans tous les temps l'habitude des souverains de Rome. Dans Tinscription d'AncjTe, Auguste, qui, derenu empereur, ne fit plus la guerre, s'attribue toutes les victoires remportées sous son règne : le sénat lui décerna plusieurs fois le triomphe, et vingt-deux fois il fut salué imperaior (6 . Antonin le Pieux prit pour la seconde fois le même titre à la suite du succès remporté par Urbicus en Bretagne (7), et souffrait que Fronton lui en donnât le mérite, « comme le succès de la bonne manœuvre d*an
.1^ Voir dans les Dernières persémtimu dm troisième tiècle, T éd., p. 387 et SUIT., r Appendice H, Soie sur l'Emj^re falio^rmmtmiM.
(3) Jalieii. Ép. ttu sénat et au peupte tT Athènes ; Beriiein, p. 38t.
(3> Ammîen Marcellio. XVI, 11.
{4) c Litterae Uureat». •
(S; AMiimien MareelUii. /. c.
(S) Voir ààms Daniy. Hist. des Itmmmims^ L IV. p. tSï-l&i. U friiT lioa par M. Perrol de U célèbre ÎKcriplîoa déoMTerte par lai à Aacne.
(T. Lacoor-Cajet, AntomiM le Fitmjr^ p. 139, 140l
navire revient au pilote immobile à son gouvernail (1). » Sans nier que Julien eût quelque raison de se plaindre , on doit reconnaître que Constance ne parla point autrement que n'avaient fait, dans des circonstances semblables, les meilleurs et les plus célèbres de ses prédécesseurs (2). Julien, demeuré maître du champ de bataille, s'occupa d'abord de faire enterrer les morts (3) ; il montra encore son humanité, en accordant leur grâce aux messagers qui, avant le combat, avaient apporté l'insolente sommation des Barbares ; puis il revint à Saveme. De là, il envoya à Metz {h) les prisonniers et le butin. Ensuite , il fit ses préparatifs pour passer le Rhin dans la direction de May ence (5) , et porter la guerre en territoire ennemi. L'armée romaine eût préféré demeurer dans ses campements, et jouir d'un repos bien gagné. Julien dut employer toute son éloquence pour entraîner ses soldats. On jeta des ponts, et l'armée traversa le fleuve (6). Les Alemans, effrayés d'àbord, envoyèrent demander la paix ; puis, changeant tout à coup d'avis, ils dépêchèrent d'autres messagers, pour menacer les Romains d'une guerre sans merci, s'ils ne
(1) Cité par Euinène, Paneg, Constantin., 14.
(2) Les amis de Julien semblent l'afoir compris ainsi, et probablement lui-môme l'entendit d'abord de la sorte. La lettre 372 de Libanius à Julien , que Sieyers {Dos Leben des Libanius, p. 299) place en 361, mais que Koch {Kaiser Julian der AbtrUnnige, p. 441) met avec plus de vraisemblance en 357-358, dans l'hiver qui suivit la victoire de Strasbourg, montre Julien entretenant de bonnes et déférentes relations avec Constance, et ne se blessant pas de ce que celui-ci <t se glorifiât des actes j> de son César.
(3) Ammien Marcellin, XVIl, 1; Libanius, Epitaphios; Reiske, t. I, p. 543.
(4) A Mediomalricos. •
(5) « Mogontiacum. •
(6) « Flumine pontibus oonstratis transmisso. » Ammien Marcellin, XVII, 1. Trajan avait construit en face de Mayence un pont permanent; mais probablement ou il avait été ruiné par les Barbares, ou il était insuffisant pour le passage de l'armée romaine.
repassaient le fleuve. Julien répondit par un coup d*aQdace. Il mit à Teau pendant la nuit de légers navires, et y fit embarquer huit cents soldats, avec ordre de parcourir le fleuve, et de dévaster la rive ennemie. Puis, apercevant au point du jour les collines couvertes d^ennemis, il mit en mouvement son armée. Les soldats escaladèrent allègrement les hauteurs : mais, arrivés au sommet, ils ne trouvèrent personne : les Alemans s'étaient retirés au delà du Mein. Bientôt des tourbillons de fumée, sur toutes les collines, annoncèrent rœuvre de destruction commencée. Des escouades de cavaliers romains, lancées de toutes parts, ravageaient Tin teneur des terres, tandis que les barques armées en course portaient la terreur sur le rivage. On fit de nombreux prisonniers; on détruisit des récoltes, on captura des troupeaux, on Livra aux flammes des habitations construites à la manière romaine par des Germains qui commençaient à échanger les mœurs primitives des peuples nomades contre les habitudes des civilisés (1).
On avança ainsi pendant dix milles ; mais quand l'armée eut atteint, vers les pentes du mont Taunus, ces vastes contrées forestières dont les Romains, depuis César, ont toujours parlé avec horreur, une timidité nouvelle remplaça le premier entrain. Les soldats n'avaient plus devant eux des plaines ouvertes à ravager : ils entraient danslarégion des ténèbres : ils prononçaienten tremblant cenom vague de forêt Hercynienne, qui s'appliquait indifféremment à toutes les régions boisées de l'est de la Gaule et de l'ouest de la Germanie (2). Ajoutant foi aux pa-
(1) Ammien Marcellin, XVIl, 1.
(2) Julien a décrit, avec plus de rhétorique que de Trai senUment de la
Foles d'un transfuge, ils se persuadaient que les noires futaies qui s'étendaient maintenant à perte de vue devant eux étaient pleines d'embûches, et que de souterrains ignorés surgiraient sur leurs pas des multitudes de Barbares. On hésita longtemps avant de s'engager ainsi dans l'inconnu : puis, le courage militaire reprenant le dessus, on se remit bravement en marche ; mais vite les convois d'hommes, de chevaux, de bagages furent arrêtés par des monceaux d'arbres abattus : les routes étaient barrées avec des chênes, des frênes, d'énormes troncs de sapins. La marche devint difGcile : les soldats furent souvent obligés de reculer, afin de chercher en arrière d'autres chemins. Ce fut un dur voyage : l'automne finissait : dans ces âpres régions, le vent devenait glacial, les collines et les vallées étaient couvertes de neige : l'armée se traînait péniblement, souffrait beaucoup. Elle parvint, heureusement, sans rencontrer d'autres ennemis que la forêt et la saison, à un fort bâti par Trajan au confluent de la Nidda et du Mein (1), et à demi-ruiné par les fréquentes attaques qu'il avait subies depuis trois siècles; Julien le répara à la hâte, y mit une garnison, et s'occupa de ravitailler son armée. Les Alemans, le voyant ainsi établi sur leur territoire, furent pris de peur : ils envoyèrent des ambassadeurs implorer la paix. Julien leur accorda une trêve de dix mois, espace de temps jugé par lui nécessaire pour achever de réparer les murailles du fort, et pour le mettre complè-
natare, l'impression produite sar lui par l'aspect de la forèl Hercynienne. Fragm.; Herllein, p. 608. Cf. Misopogon;\h\à., p. 463.
(1) A dix milles de Mayence. Sur ce munimenUm Trajani, et Tensemble des travaux exécutés par Trajan dans cette partie de la Germaniei Toir Duruy, Eût, des Romains, t. IV, p. 738-739.
tement en état de défense. Bientôt vinrent à lui trois rois Alemans, qui n'avaient point pris part à la bataille de Strasbourg-, mais y avaient envoyé leurs contingents : ils prêtèrent un serment solennel, selon la mode de lear pays (1), jurant de ne plus attaquer les Romains, de respecter leur forteresse jusqu'à la fin de la trêve, et de leur apporter eux-mêmes des vivres, s'ils en avaient besoin (2). De nombreux prisonniers romains furent rendus (3). La campagne de Germanie était terminée, ayec profit et avec gloire.
L'heure du repos, cependant, n'avait pas encore sonné. Les Alemans — c'est-à-dire les peuples barbares qui habitaient sur la rive droite du Rhin — étaient pour un temps réduits à Timpuissance ; mais les Francs — dont les tribus vivaient dans ce qui devint les Flandres et le Brabant — n'avaient rien perdu de leur audace. Même quand ils ne poussaient pas plus avant, le bassin gaulois de la Meuse était parcouru par eux, comme un champ régulier de pillage. L'hiver, qui arrêtait d'autres Barbares, ne mettait pas un terme à leurs incursions : comme Ta dit un contemporain, « ils foulaient avec le même plaisir la neige et les fleurs (4). » Aussi est-ce probablement sans surprise qu'au retour Tavant garde de Julien, commandée par Sévère, et se dirigeant par Cologne et Juliers vers Reims, se heurta contre une bande de Francs, au nombre d'environ un millier (5). Ceux-ci, croyant Julien pour longtemps encore retenu en Ger-
(1) Sur le serment germanique, voir Ozanam, les Germains avant U christianisme, éd, 1855, p. 13S.
(2) Aminien Marcellin, XVII, 1.
(3) Libanius, Epitaphios; Heiske, t. I, p. 647-54S. 1 i) Libanius, Epitaphios; Reiske, t. I, p. 54G.
[h) Six cenls, dit Aminien Marcellin; mille selon Libanius.
manie, profitaient de l'abandon où il semblait laisser la Gaule pour y ramasser du butin. La rencontre imprévue des premières troupes romaines, la nouvelle de Tarrivée du reste de l'armée, les arrêta. Us se jetèrent dans deux forts depuis longtemps abandonnés, et dont les murailles croulantes dominaient la Meuse. Pendant cinquante jours, en décembre et en janvier, cette poignée d'hommes, dans deux forteresses à demi ruinées, soutint avec une admirable obstination TefTort de toute Tannée de Julien. Craignant que les Francs ne profitassent d'uue nuit sans lune pour s'échapper en suivant le lit gelé de la Meuse, Julien faisait, depuis le lever du soleil jusqu'au soir, parcourir tous les jours la rivière par des bateaux, afin de briser la glace ou de Tempècher de se rejoindre. Il est probable que les Romains se contentèrent ainsi d'un blocus rigoureux, et n'essayèrent pas de donner l'assaut. La fatigue et la famine déterminèrent seuls les Barbares & se rendre (1). La capitulation vint à temps pour les Romains, car au moment où elle eut lieu une armée de secours allait être envoyée par les tribus franques. Julien fit conduire enchaînés ses prisonniers à Constance. Celui-ci reçut avec joie les fiers captifs, leur fit des présents, et les enrôla dans ses troupes (2), « se flattant d'y avoir introduit des espèces de tours, tant il est vrai que chacun d'eux valait plusieurs hommes (3). »
A la suite de ce nouveau succès, l'armée romaine reprit sa marche, et se dispersa dans ses diverses garni-
(1) « Ce qui ne s'était jamais tu, dit Libanius, car les Francs avaient pour loi ou de yaincre, ou de mourir, » irpàyiMc xatvdTOTov, «al yàp Ixeivoi; vô(jLo;, fj vtxq^v, ii irtirrciv. Epitaphios; Reiske, t. 1, p. 545.
12) Amroien Marcellin, XVII, 2.
^3) Libanius, Epitaphios ; Keiske, t. I, p. 546.
sons. Julien se rendit à Lutèce, pour y passer le reste de l'hiver.