‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 128 sur 296 · Cf. Sozomène, Hist. eccl. y II · texte numérisé non relu

Cf. Sozomène, Hist. eccl. y II

quatrième région, et consacrée, comme tous les édifices de ce genre, à la promenade et aux affaires, avait été ornée par Constantin d'une statue de la Fortune, que recommandait probablement sa valeur d'art. Julien vint lui-même, en grande pompe, immoler des victimes au pied de cette statue *.

Pendant ce sacrifice eut lieu, si Ton en croit Sozomène 2 , une scène émouvante. Un vieillard aveugle, qu'un enfant menait par la main, s'avança vers l'empereur, et le traita d'impie, d'apostat, d'homme sans religion. « Tu es aveugle, lui répondit Julien ; ce n'est pas ton dieu galiléen qui te rendra la vue. — Je rends grâces à Dieu, dit le vieillard, de me l'avoir enlevée, pour que je ne puisse voir ton impiété. » Julien garda le silence, et, sans sévir contre l'audacieux interrupteur, continua le sacrifice. Le vieillard était un évêque, Maris de Chalcédoine. Arien passionné, Maris s'était montré, au concile de Nicée, l'un des adversaires de la définition

1. Socrate, Hist. eecl. y 111, H. — Tillemont, Mémoires, L VII, p. 326, entend du palais impérial l'expression èv x% flaaiXix^ employée ici par Socrate. Henri Valois, dans sa note sur ce passage (reproduite dans Migne, Pair. Grxc, t. LXV1I, col. 410, note 57), reconnaît an contraire dans ce mot la principale basilique de Conslanlinople. 11 résulte, en effet, de Libanîus que Julien sacrifiait d'une manière privée dans le palais, tandis que Socrate le montre, ici, sacrifiant publiquement, ftii&offCf , ce qui n'eût pas été possible au palais, et ce qui était facile dans une basilique ouverte au peuple. — On pourrait encore admettre que le sacrifice eut lieu ailleurs, dans nn petit édicule que Constantin, au dire de Zosime (II, 10), éleva sur un côté du Forum de Constant inople, pour abriter une statue de la Fortune de Rome, et qui faisait pendant a un autre édicule abritant de même la Rnéa du mont Dindyme, mutilée de manière a lui donner l'attitude d'une suppliante. Voir mon livre sur l'Art païen sous les empereurs chrétiens, p. 185-186.

2. Sozomène (V, 4) place cette scène iv KcpvaravrivovictfXccD; teixty. Évidemment il faut lire tuxetcp. Cf. Socrate, 111, 11.

orthodoxe, et ne l'avait signée que par peur de Constantin : on le trouve ensuite mêlé à toutes les entreprises de l'arianisme, et L'un des plus ardents adversaires de saint Athanase 1 . Mais les erreurs de doctrine ou de conduite n'avaient pas étouffé en lui le sentiment chrétien, puisque, dès que la nouvelle de la restauration officielle du paganisme eut passé le détroit, il accourut à Constantinople, malgré son âge et son infirmité, pour protester publiquement contre l'apostasie de Julien.

Il eût été contraire à la dignité impériale d'exposer souvent celui-ci à de pareilles scènes, ou même de le donner fréquemment en spectacle. L'étiquette voulait que le prince sacrifiât dans son propre palais. La dévotion de Julien, qui le conduisait à être, dit Libanius, en conversation fréquente avec les dieux, le porta à faire de la résidence des empereurs de Constantinople un véritable panthéon. Chaque dieu, ajoute le panégyriste, y eut son autel 2 . H en est même un qui y eut son temple. Soit par la démolition, soit par l'adaptation de quelque construction antérieure, on ménagea, au centre du palais impérial, l'emplacement d'un sanctuaire dédié « au dieu qui amène le jour, » c'est-à-dire au Soleil, sous la figure du dieu persique Mithra, et probablement au-dessous construisit-on le spelœum nécessaire aux initiations 3 .

Rouvrant ou relevant partout les temples, en édifiant

1. Saint Athanase, De synod. f il 9 25; Apol. contra Arian., 13, 72; saint Hilaire, Fragm. II, 2; Philostorge, IV, 12; Théodoret, I, 28; II, 6; Socrate, I, 35; II, 18, 41; Sozomène, I, 21; III, 10; IV, 24.

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