‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 129 sur 296 · IbicL · texte numérisé non relu

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même de nouveaux, Julien se préoccupa naturellement aussi de rendre la vie aux oracles*

Ceux-ci avaient, au cours des siècles, subi des fortunes diverses. Les oracles du monde latin n'eurent jamais l'éclat des grands oracles helléniques. On y pratiquait surtout une divination mécanique, par les sorts, par les dés, par l'eau, par les animaux, par les statues. Il est difficile de dire ce qui demeurait des oracles italiques, illy riens ou gaulois à l'avènement de Julien. Probablement les statues mouvantes d'Antium existaient encore, car elles sont citées par Macrobe au cinquième siècle comme étant toujours visibles, et rendant les réponses accoutumées l . Mais on a, sur l'ensemble, peu de renseignements. Dans le monde grec ou oriental, nous savons que beaucoup d'oracles avaient depuis longtemps cessé de parler 2 . Les uns étaient tombés en désuétude, délaissés par leurs prêtres ou abandonnés par les fidèles : « on voit, dit Julien, des oracles vaincus par les ans 3 . » 11 y en avait eu, chose plus étrange, d'abolis

1. Macrobe, Saturn., I, 22. — Beugnot se trompe (Destruction du paganisme en Occident* t. II, p. 145) en citant la fontaine d'Apon comme ayant été encore « consultée » à la même époque par les habitants de la Vénétie, et en renvoyant sur ce sujet à Claudien, Eydillia VI. Claudien célèbre, dans cette pièce, les vertus merveilleuses d'une source thermale, et non d'une source fatidique.

2. Eusèbe, alléguant le témoignage de Porphyre, dit que tous les oracles cessèrent de parler à la naissance de Jésus-Christ (Prœp. evang., III, 1). Comme Ta très bien remarqué Beugnot (Destr. du paganisme en Occident, t. I, p. 208), « Terreur d'Eusèbe est évidente; mais on doit conclure de cette assertion que peu d'oracles jouissaient encore du don de la parole dans le quatrième siècle, puisque les chrétiens ne craignaient pas de dire qu'ils avaient complètement cessé de parler depuis trois cents ans. •

3. Julien, Contra christianos, cité par saint Cyrille, Contra Julianum y VI; Neumann, Juliani imperatoris librorum contra christianos qux super sunt, p. 197.

par les empereurs païens eux-mêmes, comme la source prophétique du bois de Daphné, qu'Hadrien avait fait combler de grosses pierres, de peur qu'elle ne promit l'empire à quelque prétendant, et que rouvrira Julien 1 . D'autres avaient été supprimés par Constantin, comme ceux d'Aphaque et d'Egée 2 , ou pillés par lui, comme Delphes et Dodone 3 . C'est du jour où le trépied de Delphes fut porté à Constantinople que la Pythie perdit la voix. « Où est aujourd'hui le temple de Delphes, si renommé chez les Grecs? où le dieu Pythien? où le dieu de Claros? où le dieu de Dodone? » s'écrie un contemporain de Constantin, l'historien Eusèbe 4 . Cependant, protégés par leur éloignement ou par le fanatisme des populations, d'autres oracles persistèrent sous le règne des empereurs chrétiens. On en voit en activité au temps de Constance. Ammien Marcellin nous montre un « temple fatidique 5 » consulté en 353 par un des officiers de Gallus. L'oracle du dieu Besa, à Abydos en Thébaïde, répond encore en 359 6 . Celui du dieu Marnas, à Gaza, en Phénicie, durera jusqu'à la fin du quatrième siècle 7 .

Nous ne savons comment s'y prit Julien pour rendre la parole aux oracles qui avaient entièrement cessé. Nous ignorons ceux qu'il tenta de ranimer, ceux qu'il désespéra de faire revivre. Probablement ses efforts

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