‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 146 sur 296 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Julien était trop intelligent pour se contenter de la restauration matérielle du culte. Relever les autels d'une multitude de dieux d'origine et de nature très diverse, parfois rivaux, répandre les mêmes faveurs sur les adorateurs des divinités latines, grecques, égyptiennes, africaines, asiatiques, accorder les mêmes privilèges aux cultes formalistes présidés à Rome par le majestueux collège des pontifes, aux cultes esthétiques de la Grèce, aux cultes orgiastiques de la Syrie, de la Phrygie et de la Commagène, n'était point suffisant pour donner à ce paganisme disparate, fût-il même soutenu par la puissance impériale, les moyens de reprendre l'avantage contre l'Église chrétienne qui lavait une première fois vaincu. Élevé par des prêtres de cette Église, Julien avait connu de trop près celle-ci pour n'être pas frappé du contraste. Même en un temps de luttes intestines comme celles qui divisèrent si malheureusement les enfants d'une même foi, subsistait dans la hiérarchie ecclésiastique un principe d'unité qui devait tôt ou tard y ramener les âmes. Julien crut pouvoir superposer au paganisme anarchique qu'il venait de relever une hiérarchie imitée de celle qu'il voyait chez les chrétiens. Moins dégagé qu'il ne croyait l'être de ses souvenirs d'enfance, il fit le rêve de fonder une Église païenne.

A vrai dire, le rêve n'était pas nouveau. Un homme beaucoup moins intelligent que Julien avait essayé de le réaliser un demi-siècle plus tôt. Ce que l'helléniste raffiné qui venait de supplanter Constance allait entre-

prendre l'avait été déjà, quelques mois avant la victoire de Constantin, par le demi-barbare Maxim in Daia. Le successeur de Galère dans la souveraineté de l'Orient s'était flatté de créer en Asie un clergé païen, uni et discipliné sur le modèle du clergé chrétien. A la tête de chaque province il avait mis un grand prêtre, sorte de métropolitain de qui dépendrait le flamine de chaque cité, lui-même copie de Tévêque, et chargé de régir les prêtres et les ministres inférieurs de sa circonscription. Le chef suprême du culte ainsi organisé était l'empereur, souverain pontife : on a conservé un long message adressé en cette qualité par Maximin Daia au peuple païen *. La défaite de son auteur par Licinius mit fin, après quelques mois, à cette tentative. Elle avait eu à peine un commencement d'exécution.

Julien en reprit le plan presque trait pour trait. Il est probable qu'il trouva facilement les documents nécessaires dans les archives de l'Orient romain, en particulier dans celles d'Antioche, qui avait été la capitale de Maximin Daia. Quand même la révolution politique ou la réaction chrétienne auraient fait disparaître toute trace des instructions envoyées ou des correspondances échangées à cette époque, il eût suffi à Julien d'ouvrir les livres de deux écrivains du iv° siècle, l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe 2 et le traité de Lactance sur les Morts des persécuteurs 3 , pour y retrouver dans ses grandes lignes le plan d'organisation du culte païen élaboré par les conseillers de Maximin. Je suis porté à

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