‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 165 sur 296 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

aussi la dureté et le froid du marbre, ne brille plus aucun rayon de pitié. L'un de ses caractères est l'absence de sympathie pour les petits, pour les faibles, pour ceux qui ont besoin de secours. Si dans ses poètes, dans ses philosophes, se rencontrent des paroles humaines et tendres, il y a longtemps qu'on ne les comprend pas. La corruption invétérée des mœurs, le pouvoir absolu des maîtres sur les esclaves, l'habitude des spectacles sanglants, ont étouffé la miséricorde. Gomme le remarquait déjà saint Paul, les païens, pris en masse, sont « sans affection 1 . » C'est contre cette insensibilité du cœur que Julien sent le besoin de réagir. Il voudrait faire du pauvre, aux yeux de ses coreligionnaires, un être respectable, et attacher à la misère une sorte de caractère religieux. « Nous faisons injure aux dieux, ditil, quand nous négligeons les pauvres qui mendient. Il en est de mœurs irréprochables, qui n'ont pas reçu d'héritage paternel, et qui supportent avec grandeur d'âme la privation des richesses. Quand la plupart d'entre nous 2 méprisent les pauvres, ce sont les dieux que nous outrageons 3 . » On s'attend presque à entendre Julien proclamer « l'éminente dignité des pauvres dans l'Église » païenne. Hais il est le seul à la voir, prédisposé comme il Ta été par une éducation chrétienne à des pensées et à des habitudes de bienfaisance 4 . Autour de lui nulle détresse n'excite la compassion. « Nous invoquons Jupiter hospitalier, s'écrie-t-il, et nous som-

1. « Sine affectione,... sine misericordia. » Saint Paul, Rom., i, 31.

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