Code Théodosien, IX, xvii
délayée et plus mystique *, — de faire les funérailles en plein jour. Elles auront lieu désormais la nuit, afin de ne pas souiller les regards des vivants et des dieux. C'est l'heure des sacrifices offerts aux divinités infernales et aux mânes : il convient que ce soit aussi l'heure où les morts seront conduits à leur dernière demeure. Ainsi le jour ne sera pas troublé par des signes funestes, et les gens pieux qui se rendent aux temples ne seront pas exposés à contracter des souillures avant d'y entrer. Un châtiment sévère menace quiconque oserait, avant la dixième heure, transporter un cadavre à travers la ville : les obsèques ne sont permis désormais qu'après le coucher du soleil, « afin que la pureté du jour soit réservée aux œuvres pures et aux dieux olympiens. »
On voit, par le dispositif comme par les considérants de cet édit, la différence radicale qui séparait la conception chrétienne et la conception païenne de la vie et de la mort. C'est comme une fissure, qui révélerait tout à coup la fragilité de l'œuvre entreprise par Julien. Mais celui-ci, assurément, a raison quand il déclare que les succès extérieurs du culte païen, la réouverture des temples, la construction de nouveaux sanctuaires, le recrutement du clergé, la pompe des cérémonies, la musique et les discours, seront de peu d'effet sur le peuple, tant qu'on ne parviendra pas à arracher des mains de l'Église le sceptre de la charité. « L'hellénisme, écrit-il, ne fait pas les progrès que nous attendions, par la faute de ceux qui le professent. Les dieux nous accordent des dons brillants et magnifiques, dépassant
1. Ep. 77; Hertlein, p. 600. —Publiée d'abord par Herllein dans Y Hermès, t. VIII, p. 167, et commentée par Mommsen, ibid., p. 172.
tous nos vœux et toutes nos espérances... Qui eût osé se promettre en si peu de temps un changement si prompt et si merveilleux? Mais croyons-nous que cela suffise? et ne voyons-nous pas que ce qui a propagé surtout l'athéisme, c'est l'humanité envers les étrangers, les soins donnés à la sépulture des morts, l'apparente sainteté de la vie *? » L' « athéisme, » dans le langage de Julien comme dans celui des païens de tous les temps 2 , c'est la religion chrétienne, ennemie des dieux; et la vertu qui l'a surtout rendue populaire, c'est cellelà même qui manque le plus au culte des dieux. Nous avons dit quel désir Julien avait de la lui donner. Ce que nous n'avons pas encore assez indiqué, c'est la timidité qui se mêle parfois, dans son langage, à l'expression de ce désir. Dès que Julien dépasse un peu Je cercle des sentiments habituels aux païens et s'avance sur ce qui semble le terrain réservé aux vertus chrétiennes, on s'aperçoit que son pied hésite. « Ce serait un acte saint d'accorder même à des ennemis le vêtement et la nourriture, » dit-il 3 , répétant l'enseignement du Christ lui-même 4 ; mais Julien s'empresse d'ajouter : « Je dis cela, au risque d'énoncer un paradoxe 5 . » De même, quand il conseille à ses prêtres d'assister les