Libanius, Epitaphios Juliani; Toir notre 1. 1, p
ressortir ce qu'elle a d'inique et d' « amer 1 . » Il ne lui échappe point que ces mesures étaient particulièrement dirigées contre les chrétiens, car c'est après avoir raconté, dans un sentiment de blâme, une autre décision de l'empereur à leur égard, que l'équitable historien ajoute : « Cela aussi était difficile à supporter, de le voir adjoindre contre toute justice à la liste des curiales soit des étrangers, soit des hommes que leurs privilèges ou leurs origines en eussent dû tenir éloignés 2 . » D'autres mesures de l'empereur achevèrent de rendre difficile la situation de certains évèques, retrouvant leurs sièges après un bannissement plus ou moins long. On rapporte que Julien, à ce moment, rappela expressément à Antioche, pour y reprendre les fonctions épiscopales, et par conséquent y tenir tète à saint Mélèce, nouvellement rentré, un personnage décrié, nommé Etienne, que les ariens eux-mêmes avaient été contraints de déposer treize ans auparavant 3 . Surtout il manifesta toute sa mauvaise humeur quand saint Athanase remonta dans la chaire d'Alexandrie.
Le 4 février 362 , l'édit ordonnant la réouverture des temples avait été publié dans la métropole égyptienne, à la grande joie des païens 4 : quatre jours plus tard,
1. • lllud amaruin et notabile fait. » Ammien Marcellin, XXII, 9.
2. a lllud quoque ilidera partira ferendum, quod municipalium ordinam cœtibus patiebantar injuste quosdam adnecti, vel peregrinos, vel ab iis con sort iis privilégie* aut origine longe discrètes. » Ammien Marcellin, XXV, 4.
3. Saint Jean Chrysoslome, In S. Babylam contra Julianum et Gentiles,
4. « Proximo autem die methyr X die mensis post cons. Tau ri et Florenti, Juliani imper, prœceplum propositum est quod jubebatur reddi idolis et neochoris et public» raiioni quae praeteritis temporibus illis ablata sunt. » Hisloria acephala, 9. — A cette même date le consulat
l'allégresse était parmi les catholiques, apprenant que Tordre de rappeler les évêques qui vivaient en exil venait d'arriver au préfet Gerontius et au vicaire Modestus '. Nombreux étaient en Egypte les bannis que cet ordre concernait. En 356, lors de la prise de possession du siège d'Alexandrie par l'intrus Georges de Cappadoce, seize évêques partisans d'Athanase avaient été condamnés à l'exil, et trente autres avaient pris la fuite 2 . Quant au grand champion de l'orthodoxie, contre qui toute cette persécution était dirigée, il vivait depuis six ans dans les solitudes inaccessibles de la Haute Egypte, passant de monastère en monastère, sous la protection des milliers de moines qui campaient au désert comme l'armée de la prière et de la pénitence. Mais, demeuré en communication constante avec ses fidèles d'Alexandrie, il était informé à temps de tous les événements qui intéressaient l'Église. Sans peut-être que le secret de sa retraite eût été dévoilé, il fut averti comme les autres de l'ordre de rappel 3 . Douze jours après avoir reçu cet avertissement, le 21 février, il arrivait à Alexandrie 4 .
de M a mer tin et Neritla n'était probablement pas connu à Alexandrie, puisque le document auquel se réfère ici l'Bistoria acephala nomme le postconsulat de Taurus et Florentius.
1. a Post dies autem III methyr X1I1I datum est prteceptum Gerontio prf. ejusdem Juliani imp. nec non etiam ricarii Hodesti procipiens episcopos omnes functionibus antebac circumyentos et exiliatos rererli ad suas civitates et prorincias. Eœ autem litterœ sequenli die methyr XV propositœ snnt. » lbid., 10.
2. Saint Athanase, Apol. ad Const., Zî,Hist. arian. admonach., 70-72.
3. « Postmodum autem et prf. Gerontii edictum propositum est per quod vocabatur episcopus Athanasius ad suam reverti ecclesiam. » ffist. aceph., 10.
4. • Et post dies XII hujus edicti propositions Athanasius risos est apud Aleiandriam ingressusque est ecclesiam eodem m. metbyr die XXVII. » lbid.
Sa rentrée fut un triomphe. Les habitants, rangés par sexe, par âges, ou enrôlés sous les bannières des corporations, Tinrent à sa rencontre. On était accouru pour le voir de tous les points de l'Egypte : la vénération du peuple était si grande, que, sur son passage, on essayait d'être touché de son ombre, dans la persuasion qu'elle guérissait comme celle de saint Pierre 1 . Lui, cependant, s'avançait, monté. sur un àne, à l'exemple du Sauveur entrant dans Jérusalem. Dès qu'il passait dans une rue, les applaudissements éclataient, on versait ou l'on faisait brûler des parfums. Le soir, toute la ville fut illuminée : il y eut des festins dans les maisons, des repas de corps sur les places 2 .
Avec la modération d'une âme supérieure à toutes les fortunes, et que les succès n'exaltaient pas plus que les revers ou les périls ne l'avaient abattue, Athanase reprit tranquillement l'administration de son Église, sans aucun acte qui pût soit irriter les païens, soit inquiéter un gouvernement ombrageux. Mais il ne pouvait empêcher celui-ci d'être jaloux de l'immense popularité dont les manifestations avaient accueilli dans Alexandrie le retour de l'évêque légitime. Julien crut pouvoir, après coup, exclure Athanase de l'amnistie. Il s'appuya, pour le faire, sur deux prétextes. L'un était que le cas d 'Athanase, successivement banni par plusieurs sentences, et qui s'était soustrait par la fuite aux peines prononcées contre lui, se distinguait de celui des autres évèques : il eût fallu, pour effacer les condamnations qui pesaient sur lui, un édit spécial. L'autre, d'une portée plus générale,