‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 250 sur 296 · Julien, Ep. 51; Hertlein, p · texte numérisé non relu

Julien, Ep. 51; Hertlein, p

où le souverain pontife et l'empereur parlent ensemble, ce qui forme une bizarre cacophonie.

Julien déclare d'abord aux Alexandrins que, quand même le fondateur de la ville eût été un homme couvert de crimes, ils seraient néanmoins sans excuse de réclamer Athanase. Mais comment former une pareille demande, quand on a « pour fondateur Alexandre, pour dieu tutélaire le roi Sérapis, avec Isis, sa jeune compagne, reine de toute l'Egypte? »

« Par tous les dieux! je rougis de honte, Alexandrins, si un seul habitant d'Alexandrie s'avoue Galiléen. Les pères des Hébreux furent autrefois esclaves des Égyptiens : vous maintenant, Alexandrins, vous dominez sur les Égyptiens, puisque votre fondateur a conquis l'Egypte : et voilà qu'aujourd'hui vous vous soumettez volontairement au joug de vos captifs d'autrefois, des adversaires de vos anciennes croyances ! »

Suit une leçon d'histoire, si incohérente dans les termes, qu'il faut la traduire intégralement, afin de montrer une fois de plus le vague de pensée et l'obscurité de langage fréquents chez Julien.

« Vous avez perdu la mémoire de l'ancienne prospérité, au temps où l'Egypte, en communion avec les dieux, jouissait de tous les biens. Mais ceux qui vous ont apporté aujourd'hui cette croyance nouvelle, quel bien ont-ils fait à votre ville, dites-le-moi? Votre fondateur fut un homme plein de vénération pour les dieux, Alexandre le Macédonien, qui ne ressemblait guère, par Jupiter! ni à quelqu'un de ces hommes, ni à aucun des Hébreux, quoique ceux-ci leur soient très supérieurs. Ptolémée, fils de Lagus, valait aussi beaucoup mieux, et quanJt aux Romains, si Alexandre avait eu à les combattre,

il leur aurait bien tenu tète 1 .Après votre fondateur, que vous ont fait les Ptolémées? ils ont soigné votre ville comme une fille chérie. Ce n'est point par les paroles de Jésus qu'ils Font rendue florissante, et ce n'est pas par la doctrine des odieux Galiléens qu'ils ont organisé le gouvernement qui la rend heureuse aujourd'hui. En troisième lieu, lorsque nous, Romains, nous en sommes devenus les maîtres, l'enlevant aux Ptolémées qui la traitaient mal, Auguste, visitant votre ville et s'adressantà vos concitoyens : « Alexandrins, dit-il, je pardonne à cette ville toutes ses fautes, par respect pour le grand Sérapis, et à cause du peuple et de la grande cité : un troisième motif de ma bienveillance pour vous est mon ami Areus. » Cet Areus. était votre concitoyen, intime ami de César Auguste, et philosophe. Telles sont, en quelques mots, les faveurs spéciales que votre ville a reçues des dieux olympiens, et j'en omets beaucoup, pour ne pas m'étendre. »

La partie théologique de la lettre ne paraîtra pas beaucoup plus forte que la partie historique. « Quant aux bienfaits répandus chaque jour avec tant d'évidence par les dieux non plus seulement sur une race ou sur une ville, mais sur tout l'univers, comment les méconnaîtriez-vous? Seuls ètes-vous insensibles à la splendeur émanée du Soleil? Seuls ignorez-vous qu'il produit Tété et l'hiver? Seuls ignorez-vous que de lui proviennent tous les animaux et toutes les plantes? Et la Lune, qui est aussi de lui, ne reconnaissez-vous pas que par "son aide

1. ^XéÇavSpoç 8è xocv *Pa>|iaioiç et; âpiXXav lebv àyâva rcapstxe. Hertlein, p. 657. Cette phrase, que l'ordre logique de la pensée n'aurait pas dû amener ici, est étrange de la part d'un empereur romain.

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elle est cause de toute sorte de biens pour votre cité? Et vous n'avez le courage d'adorer aucun de ces dieux! Et vous croyez que ce Jésus, que ne virent ni vous, ni vos pères, est le Dieu Verbe! Celui, au contraire, que de toute éternité la race humaine contemple et adore, heureuse par son culte, je veux dire le grand Soleil, l'image vivante, animée, bienfaisante du Père intelligible, vous ne l'adorez pas 4 ! »

Julien continue, par un de ces souvenirs autobiographiques comme il y en a dans beaucoup de ses écrits. « Vous ne vous écarterez pas de la voie droite en vous laissant conduire par celui qui a suivi la même route que vous jusqu'à vingt ans, et qui depuis douze ans suit avec l'aide des dieux la route opposée 2 . » Gela reporte, comme nous l'avons dit ailleurs, à l'année 350 l'apostasie de Julien et son adhésion encore secrète au paganisme 3 .

Après ces longs détours, il arrive enfin à l'objet précis de sa lettre, la réponse aux pétitions des Alexandrins. « S'il vous est agréable de m'obéir, dit-il, vous me causerez une grande joie. Que si vous aimez mieux persévérer dans la superstition et la doctrine des hommes fourbes, mettez en commun vos pensées, mais ne demandez pas Athanase. Beaucoup de ses disciples vous restent, capables de chatouiller vos oreilles par leurs discours impies. Plût au ciel qu'au seul Athanase se bornât l'influence de sa pernicieuse école! Vous n'avez nul embarras à trouver parmi vous une multitude de gens

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