‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 257 sur 296 · Julien, Ep. 19 ; Hertlein, p · texte numérisé non relu

Julien, Ep. 19 ; Hertlein, p

Julien mettait on grand prix à la conversion des gens de lettres ou des savants de profession. Parmi ceux qu'il essaya de gagner était un médecin attaché à la cour et déjà célèbre, Césaire, le frère de Grégoire de Nazianze. Selon l'usage alors trop répandu, Césaire n'était pas encore baptisé 1 : mais il professait ouvertement les croyances chrétiennes. Julien lui conserva néanmoins ses fonctions. Ce fut pour sa famille, pour ses amis de Nazianze, la cause d'un grand trouble. On se doutait que Julien livrerait 4 la fidélité religieuse de Césaire de fréquents et d'insidieux assauts. Son père, le vieil évoque de Nazianze, avait cessé de prononcer son nom : on n'osait parler de lui à sa mère, l'austère chrétienne Nonna. Grégoire, son frère, lui écrivait des lettres éloquentes, pour le presser de quitter la cour, tremblant de le voir tomber dans « la catégorie méprisée des chrétiens qui tolèrent et se laissent tolérer, ou dans les rangs plus méprisés encore de ceux qui, par ambition, font des choses indignes de leurs croyances 3 . » Mais Césaire parait avoir été de ces hommes qui, tout en demeurant fidèles 4 la foi de leurs familles et de leur enfance, ne s'arrachent qu'avec peine à la servitude dorée de la cour. Selon une spirituelle expression de son frère, s'il évitait de se brûler au feu, il se laissait sans trop de répugnance noircir par la fumée 3 . On doit croire aussi que, médecin renommé pour sa science, et toujours avide de savoir, Césaire trouvait à Constantinople plus qu'ailleurs les ressources nécessaires à l'observation et à l'étude.

Page 1