I. Suétoue, Vespas
Césarée de Palestine ou Césarée de Cappadoce, sur Gonstantinople, sur Rome même, Bordeaux, Autun, Trêves, Carthage ou Sagaste, nous en savons assez, cependant, pour reconnaître qu'elles se rapprochaient beaucoup de ce tableau. Quelques-unes avaient leur spécialité propre : dans Athènes, c'étaient les philosophes et les sophistes qui dominaient, bien que toutes les sciences y fussent enseignées, et que même un étudiant voué avant tout aux lettres, comme saint Basile, y pût, nous dit-on, prendre aussi quelque connaissance de la médecine : cependant celle-ci et, avec elle, les sciences mathématiques et naturelles étaient mieux représentées à Alexandrie, et quand Césaire, le frère de saint Grégoire de Nazianze, voulut les étudier, il quitta Césarée de Palestine, où Ton enseignait surtout la littérature, pour aller s'établir dans la métropole égyptienne, qui était le principal foyer des connaissances scientifiques. Mais si Ton voulait, en Orient, approfondir le droit, c'était dans la ville toute juridique de Beyrouth qu'il fallait aller de préférence *. En Gaule, les rhéteurs de Bordeaux étaient célèbres, et par leur influence, par les générations d'étudiants qu'ils avaient formées, la pureté de la langue et jusqu'à l'élégance des manières et des costumes se conservèrent longtemps dans toute l'Aquitaine 2 . Avec eux rivalisaient les professeurs d' Autun : les panégyriques prononcés par ceux-ci, à diverses époques du quatrième siècle, gardent la tradition du bon latin, et diffèrent très sensiblement
1. 11 fut question, au milieu du quatrième siècle, d'établir une École ' de Droit à Antioche : Libanius, Ep. 209, engage un de ses amis à y demander une place de professeur. Mais on ne sait si ce projet de fondation eut des suites.
2. Ammien Marcellin, XV, 12 ; Sulpice Sévère, Dialog., I, 27.
de la langue décadente que l'on écrivait ou que Ton parlait alors : ajoutons que le palais universitaire d'Àutun, entouré de portiques sous lesquels était peinte la carte en couleurs de l'Empire romain, devait avoir grand air : et si Ton doit juger de l'importance des fonctions par celle du traitement, le recteur, qui touchait 600.000 sesterces (120.000 francs) par an, devait être un très gros personnage *.
Il y eut donc, à partir du second siècle, ou même des dernières années du premier, un haut enseignement officiel. Mais il ne gêna en rien les mouvements de renseignement libre. En face des écoles fondées par l'État ou par les villes, ouvrait qui voulait une école de rhétorique, de philosophie ou de grammaire. La concurrence -était parfois très vive, et ne tournait pas toujours à l'avantage des professeurs officiels. Vers l'Âge de vingtcinq ou vingt-six ans, Libanius, qui devait devenir un des plus célèbres rhéteurs du quatrième siècle, avait ambitionné une des chaires que l'État entretenait à Constantinople, et dont le titulaire était nommé par l'empereur. Un autre candidat lui fut préféré. Résolument, Libanius ouvrit un cours libre de rhétorique. Les auditeurs affluèrent. On désertait pour l'entendre les spectacles et les courses. Au bout d'un mois, il eut quatrevingts élèves, tandis que l'école de son rival demeurait vide. « Lui, c'est l'empereur qui le nourrit, disait-il; moi, ce sont les pères de mes élèves qui me font vivre 2 . » Les autorités de Constantinople ne voulurent pas en avoir le démenti. On destitua le professeur maladroit, et