‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 282 sur 296 · Libanius, De vita; Reiske, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Libanius, De vita; Reiske, 1. 1, p

on le remplaça par un rhéteur de grand renom. Libanius le défia à une sorte de joute oratoire, et s'y montra tellement supérieur à ce nouveau rival que la foule siffla l'élu des pouvoirs publics et porta en triomphe le représentant de l'enseignement libre. Plus d'une fois, sans doute, les privat-docent durent ainsi battre les maîtres de renseignement officiel ; du moins, aucune loi ne s'opposait à ce qu'ils les battissent. Point ne leur était besoin d'autorisation pour dresser une chaire en face de celle qu'entretenait l'État ou la municipalité, et la faveur publique restait seule juge, en dernier ressort, du mérite des concurrents.

Même les divisions religieuses n'apportèrent aucun obstacle à la liberté de l'enseignement. On se tromperait fort si Ton croyait que, pendant les trois siècles qui précédèrent le triomphe du christianisme dans l'Empire, les fidèles furent privés du droit ou des moyens d'enseigner. Quand un édit de persécution était promulgué f les professeurs chrétiens étaient sans doute exposés aux poursuites, comme la masse des adorateurs du Christ; mais jamais une des lois dirigées contre la foi chrétienne ne contint, à l'adresse de ses adhérents, l'interdiction de tenir école. Pendant les années (fort nombreuses) où les chrétiens jouirent d'une paix au moins relative, la carrière de l'enseignement, soit public, soit libre, leur resta ouverte. On connaît parmi eux des instituteurs primaires, comme ce magister primus dont H. de Rossi a découvert l'épitaphe dans la catacombe de saint Calliste, ou ce maître d'école qui fut martyrisé à Imola par ses élèves à la suite d'un édit de persécution, mais qui jusque-là avait professé en toute liberté, et même avec une sévérité dont ses jeunes auditeurs tirèrent une cruelle

vengeance 1 . Des fidèles furent aussi parmi les maîtres de l'enseignement secondaire et de renseignement supérieur. « On trouve chez nous, écrit au troisième siècle le rhéteur converti Arnobe, beaucoup d'hommes de talent, des orateurs, des grammairiens, des professeurs d'éloquence, des jurisconsultes, des philosophes 2 . *> Les chrétiens possédèrent même, deux siècles avant Constantin, des établissements libres d'enseignement supérieur : telle fut l'école d'Alexandrie, fondée par Pantène et illustrée par Clément. Sur ses bancs s'asseyaient non seulement des adeptesde la nouvelle foi, mais encore des philosophes païens, et même de grandes dames : c'était, à proprement parler, une école des hautes études religieuses. Le plus célèbre de ses maîtres, Origène, eut de nobles personnages pour disciples, fut en correspondance avec des gouverneurs de province, des impératrices, et aux yeux de tous, aussi bien hors de l'Église que dans l'Église, compta parmi les plus grandes forces intellectuelles de sontemps. Si le paganisme militant ne chercha pas à éteindre, aux mains des chrétiens, le flambeau de la science, le christianisme triomphant n'essaya pas davantage de restreindre, au préjudice des païens, la liberté de l'enseignement. Les représentants les plus autorisés de l'Église firent toujours preuve, à cet égard, d'une grande largeur d'esprit. On voit en Osrhoène, à la fin du troisième siècle, un évèque prendre comme juges, dans une conférence publique avec un hérésiarque , quatre professeurs païens 3 .

1. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 310. — Prudence, Péri Stephanôn, IX.

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