Sozomène, V
« Julien, dit-il, défendit aux chrétiens par une loi de fréquenter les écoles, de peur, selon son expression, que, s'ils aiguisaient leurs langues, ils ne répondissent plus facilement à la dialectique des païens *. » On est tenté de voir, avec MM. Bidez et Cumont, dans ces paroles un lambeau d'un second édit sur renseignement *. Un autre lambeau de ce document perdu se retrouve peutêtre dans une phrase citée par saint Grégoire de Nazianze critiquant les réformes scolaires de Julien. « Notre langue est à nous, écrit l'empereur, et c'est à nous qu'il appartient de parler grec, 9 comme il nous appartient de vénérer les dieux; mais il vous convient de demeurer dans votre état stupide et rustique, vous dont toute la sagesse se résume en ce seul mot : Crois 3 . » Cette phrase ne se rencontre pas plus que celle de Sozomène dans l'édit venu jusqu'à nous : elle semble impliquer, pour ceux qui s'obstinent à demeurer chrétiens, une défense de sortir de leur état « stupide
1. Né[Mf> IxiXive xpiortovoùç KatSefoew; jitj (astIx*", ha (tir), çTfjriv, àxova>- (uvoi tt)v yXûttocv, ixoîjjwi); «pè; toOç SiaXexTtxoùç tûv "EMVjvwv àiravrwffiv. Socrate, m, 22.
2. Bidez et Comont, Recherches sur la tradition manuscrite des lettres de l'empereur Julien, p. 14, note 4.
3. 'Hp&epot, çî)<t1v, ol Xdyoi, xai xb iXXijvCÇeiv, &v xai to ?£6eiv Oeou;' fcuâv 61 i\ àXoyîa xai ^ àypoixCa- xai oùfièv faèp tô, nforevaov, nfc 0|UTépa; ioii aoçCa*. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 102. La phrase rapportée par saint Grégoire est certainement une citation, car il prend la peine de la réfuter, en rapprochant le M agis ter dixit des pythagoriciens du Credo des chrétiens. — Voir dans le même ordre d'idées, comme exemple encore de l'arrogance du restaurateur de l'hellénisme, et de son mépris aussi blessant que peu philosophique pour ses adversaires, un passage du livre de Julien Contre les Chrétiens : « Pourquoi goûtez-vous aux sciences des Grecs, si la lecture de vos Écritures vous suffit ?» se terminant par déclarer que des hommes qui n'ont étudié que l'Écriture Sainte ne valent pas mieux que des esclaves. Saint Cyrille, VII; Neumann, p. 204-206.
et rustique, » c'est-à-dire une défense d'étudier les lettres : elle autorise à penser qu'il existe un second édit, formulant cette défense, qui n'était pas contenue dans le premier.
C'est bien l'opinion de Tillemont. « Il n'y a rien, ditil, de plus célèbre dans toute la persécution de Julien que la défense qu'il fit aux chrétiens, par une loi expresse, dès le commencement de son règne, d'apprendre les lettres humaines et d'étudier les auteurs païens, ne voulant qu'on reçût dans les collèges que ceux qui adoreraient les idoles. Cette loi suivit apparemment celle qu'il publia pour défendre aux chrétiens d'enseigner 1 . » Cependant, toute probable que soit cette opinion, elle n'est pas absolument évidente. D'édits de Julien sur la situation des chrétiens vis-à-vis de l'enseignement public, on en connaît un seul, celui qui, dans le recueil de ses lettres, porte le numéro 42 : il est vraisemblable que le? deux fragments rapportés par saint Grégoire et par Sozomène proviennent d'un second édit sur la même matière : mais on pourrait, à la rigueur, admettre aussi qu'ils viennent de quelque autre pièce. Du reste, la non-conservation, dans le recueil des actes et des lettres de Julien, du second édit ne prouve pas non plus contre son existence, car ce recueil nous est venu avec un tel désordre et de telles lacunes, qu'on ne peut rien conclure de sa teneur présente. Ce qui semblera plus grave, c'est qu'Ammien Marcellin parait connaître seulement le premier édit. Au moins ne fait-il mention que de la défense d'enseigner. Bien que cet argument négatif n'ait pas une très grande valeur,