‹ Julien l'Apostat (volume 3)Chapitre 292 sur 296 · Socrate, III · texte numérisé non relu

Socrate, III

lettrés chrétiens acceptèrent trop facilement cette situation. Par une phrase de son édit, Julien, parlant des professeurs qui persisteraient à demeurer fidèles au Christ, les avait dédaigneusement renvoyés « dans les églises des Galiléens interpréter Matthieu et Luc. » Il y en eut qui se figurèrent qu'on pourrait demander aux Écritures Saintes la matière d'un enseignement non d'Église, mais d'école, en tirer une littérature à l'usage des chrétiens, mettre les Psaumes en odes pindariques, les livres de Moïse en hexamètres, l'Évangile en dialogues à la manière de Platon, composer même, dans le style d'Euripide et de Ménandrc, des tragédies et des comédies sacrées, improviser, en un mot, toute une bibliothèque de classiques chrétiens pour remplacer ceux dont Julien voulait ôter l'usage aux fidèles. Cette tentative fut faite, dit- on, en collaboration par les deux Apollinaires, l'un, le père, ancien sophiste de Beyrouth, devenu prêtre à Laodicée, l'autre, le fils, lecteur de r Église de cette ville, dont il fut ensuite évêque.

Rien n'est resté des ouvrages qu'on leur attribue 1 . Mais le témoignage de Socrate et de Sozomène, quand même il ne serait pas de première main, rend difficile d'en contester l'existence. Le jugement des deux historiens sur le mérite littéraire de ces écrits est assez contradictoire. Sozomène dit que, par eux, les Apollinaires se sont rendus égaux aux plus renommés d'entre les Grecs 2 . Socrate dit, au contraire, que le souvenir de leurs œuvres s'effaça, aussitôt que les chrétiens, après

1. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes : la littérature grecque, p. 280, note 2.

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