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ment était-il chrétien, et est-il le même que le « Jovinus, deux fois maître de la milice, » qui, sous l'un des règnes suivants, fit construire à Reims l'église de Saint-Agricola *.
Le tribunal était complété par les officiers de deux légions palatines, celle des Joviens et celle des Herculiens.
C'est à Chalcédoine que se tinrent les audiences. On ne nous dit pas pourquoi les juges durent ainsi franchir le détroit et s'établir sur la rive asiatique. Peut-être Julien craignait-il la turbulence du peuple de Constantinople. Il redoutait que la foule impressionnable d'une grande ville ne fût émue par tant de procès retentissants qui allaient se succéder sans interruption. Il appréhendait surtout qu'elle ne prit trop clairement parti pour quelques-uns des accusés. Cependant, à l'en croire, c'est l'opinion publique qui l'avait contraint à les poursuivre. « Laisse-moi, écrit-il à l'un de ses amis, m'écrier avec les poètes : « Ah ! que j'espérais peu me voir sauvé ! » Et j'ajoute : « Que j'espérais peu te voir échapper, toi aussi, à l'hydre aux mille tètes! » Par Jupiter, ce n'est pas mon frère Constance que je désigne ainsi. 11 était ce qu'il était : mais autour de lui se tenaient des bêtes féroces, dont le regard menaçait tout le monde, et qui le rendaient plus cruel, bien que par nature il fût moins doux qu'il ne paraissait à quelques-uns. Pour lui, puisqu'il est maintenant au rang des bienheureux, que la terre lui soit légère, comme on dit! Quant à eux, Jupiter sait que je ne veux pas qu'on les fasse souffrir injuste-
1. Frodoard, Hist. Rem. eccl., I, 6; Edmond Le filant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n°335, 1. 1, p. 4i3.
ment. Cependant, comme beaucoup d'accusateurs s'élèvent contre eux, un tribunal a été réuni ' . »
Le premier qui comparut devant ce tribunal était un ancien fonctionnaire de Gallus, Palladius, qui avait occupé près du frère de Julien le poste de maître des offices. Il était « soupçonné » d'avoir envoyé à Constance des rapports défavorables au jeune César. Cela suffit à entraîner sa condamnation. Il fut exilé en Bretagne 2 .
Le second accusé, Taurus, avait été presque sans interruption préfet du prétoire d'Italie de 353 à 361. 11 s'était trouvé jadis assez mêlé aux affaires de l'arianisme, ayant fait partie, en 358, d'une commission nommée pour entendre les explications de l'hérésiarque Photin, puis ayant rempli, en 359, le rôle de commissaire impérial au concile de Rimini, où il exerça sur la liberté des évèques une coupable pression 3 . On l'inculpa d'avoir quitté l'Italie quand les troupes de Julien y entrèrent, et de s'être alors réfugié à la cour de Constance, son souverain légitime. Il était, avec Florentius, consul de l'année 361 ; et comme on se trouvait encore aux derniers jours de celle-ci, le procès-verbal de l'audience commença par ces mots, dont l'ironie mécontenta beaucoup de monde : « Sous le consulat de Taurus et de Florentius, les huissiers appelèrent la cause de l'accusé Taurus.. . 4 . » Il fut exilé à Verceil. « Les vrais juges du juste
1. Julien, Ep. 21 (à Hermogène, ancien préfet d'Egypte) ; Hertlein, p. 503.