Juliec, Ep. 58 ; Hertieto, p. 5B
2. Ce discours {Oratio V) fut composé,^8oit lors du passage de Julien à
tivité prodigieuse d'un esprit que les soucis d'un nouvel établissement politique, la prise de possession du pouvoir absolu, les représailles exercées sur ses ennemis, les réformes administratives, la réorganisation de la cour, les députations de Tintérieur et de Tétranger à recevoir, les pétitions ou les doléances à entendre, les traités à conclure, le commencement de grands travaux publics, ne purent distraire de ce besoin d'écrire, qui était devenu pour lui une seconde nature. Mais en même temps on se rend compte de la cause des imperfections nombreuses que renferment les ouvrages de Julien. On s^explique leur manque de plan, leur caractère impro* visé, hàtif, fiévreux. Non que Fart y fasse défaut ; il est, au contraire, souvent trop visible ; mais il se remarque dans la forme, dans la recherche curieuse de l'expression, dans le pédantisme du détail : ce qui demande de la réflexion et des loisirs, la composition, Tordonnance, fait presque toujours défaut. Dans les écrits de Julien brillent les réminiscences de l'écolier studieux, les connaissances acquises par le lecteur infatigable S les trouvailles heureuses de rimprovisateur : mais on sent qu'il pense en écrivant, plutôt qu'il n'a pensé avant d'écrire : rien dans ses ouvrages ne rappelle ces hautes constructions lo-
Pessinonte en mai on Jain 362, soit plus probablement à l'équinoxe da printemps, 27 mars, de la même année. Voir une note de Wordswortb, art. Julian, dans Dict. of Christian biography, t. III, p. 500-501. L'hypothèse de Mûcke {FI, Claudius JuHanus, t. II, p. 171), qui place VOratio V au 27 mars 363, alors qne Julien célébra à Callinicum la fête de la Hère des dieux (cf. Ammien Marcellin, XXIII, 3}, ne concorde pas arec Libanins, Ad JtUianum consulem (Reiske, t. I, p. 398), qui désigne clairement
1. « J*ai lu, si Je ne me trompe, autant de libres qne n^importe quel homme de mon âge. » Misopogan; Hertlein, p. 447.
giques, harmonieuses, bien proportionnées, qui ont ' immortalisé les maîtres de la pensée et du style .
Des écrits dont on vient de rappeler les noms, deux sont perdus, les Saturnales ^ et les Mémoires sur la guerre de Germanie ^. D'autres, relatifs à des sujets philosophiques ou religieux, seront analysés ailleurs. Hais il en est trois que nous devons étudier ici, car ils reflètent les vues historiques, les rancunes familiales ou politiques, et Tidéal de gouvernement de Julien.
Distinct des Saturnales 3, le pamphlet d'histoire romaine quia pour titre le Banquet ou les Césars * fut composé aussi à Toccasion des fêtes de Saturne, quelques jours après ce premier écrit, dans la dernière quinzaine de décembre 361 ^. C'est au lendemain des solennelles funérailles de Constance, et pendant que siégeait le tribunal extraordinaire de Chalcédoine, que Julien trouva les loisirs et la liberté d'esprit nécessaires pour composer
1. Il y est fait allusion dans VOratioiy (Herllein, p. 204) : xh icpotcpov clc ta Kp^vta YCYpa|it(A^vov ifjt^îv.
2. Voir Tilleroont, Histoire des Empereurs, t. IV, p. 562 ; Schwarz, Vevita et scriptis Juliani imperatoriSy p. 11; Koch, De Juliano imperatore scriptorum, qui res in Gailia ah eo gestas enarrarunt^ auctore disputatio; id., Kaiser Julian der AbtrUnnige,^. 335. — Voir à l'Appendice, les Sources de V histoire de Julien,
3. Voir Suidas t» '£(&irt86TiiJLo;. Cf. Tillemoot, Histoire des Empereurs t. IV, p. 563 ; Schwarz, De vita et scriptis, p. 19.
4. Dans plusieurs manuscrits, le titre est : £u(Lir69tov ^ Kp6via, ce qui indique que de bonne heure on confondit cet écrit arec les Kp6via perdus. Dans d'autres manuscrits, le titre est Kaivapec.
5. Je dois dire que MQcke (Flavius Claudius Julianus, t. II, p. 182i^)eiKoch{iLaiser Julian derAbtrunnige, p. 479, note 62) renvoient au mois de décembre de Tannée snivante, c'est-à-dire en 362, la composition des Césars, J'ai adopté l'opinion qui m'a paru la plus Traisemblable, sans prétendre que cette question de date, après tout assez secondaire, soit résolue d'une manière absolument certaine.
une sorte de dialogue des dieux et des morts, à la façon de Lucien. La lecture en est piquante, bien que, diffus et touffu, ce dialogue ne rappelle que de loin la forme légère et concise où excellait le satirique du second siècle. La fable est assez enfantine. Romulus, offrant un sacriiice pour les Saturnales, invite tous les dieux à un banquet, auquel sont également conviés les Césars. Cela donne à Técrivain l'occasion d*esquisser le portrait de <îhacun d'eux, depuis Jules César jusqu'à Constantin. Les dieux instituent un concours, et invitent les principaux Césars, auxquels est adjoint Alexandre le Grand, à lutter pour le prix. Plaidoyers contradictoires de Jules César, d'Alexandre, d'Auguste, de Trajan, de Marc Aurèle et de Constantin, souvent interrompus par Bacchus, et surtout par Silène, qui joue le rôle de bouffon. Mercure est ensuite chargé d'interroger les concurrents : interrogatoires d'Alexandre, de César, d'Auguste, de Trajan, de Marc Aurèle, de Constantin. Le prix est décerné à Marc Aurèle. Chacun des autres concurrents, à l'exception de Constantin et de ses fils, va se consoler dans la «compagnie de quelque dieu.
On devine les répétitions dont est plein ce morceau, où les mêmes personnages repassent trois fois sous les yeux du lecteur. Les détails sont souvent excellents : la composition est d'une extrême faiblesse. Mais cette longue excursion à travers l'histoire romaine est d'autant plus intéressante, que dans ses autres écrits Julien ne fait presque jamais allusion à cette histoire. Ici, par exception, elle lui fournit le cadre où il fera entrer ses prédilections et ses haines, les modèles qu'il se propose d'imiter, les souvenirs qu'il veut abolir ou déshonorer.
Ses haines s'attaquent, sans aucune retenue dans
JUUBN l'apostat. — II. 9
Texpression, aux princes chrétiens de sa famille. Pour eux, pas de justice : la condamnation est absolue et sans nuances. Constantin est « un prince ami de la guerre, mais amolli par le plaisir. » On lui permet seulement de se tenir à la porte de la salle du banquet. Lui-même se rend compte que « comparées aux actions des autres, les siennes ne sont rien. Des deux tyrans qu'il a tués, Tun ^ était lâche et mou, l'autre ^ accablé par Tàge et la misère. Ses exploits contre les Barbares sont risibles. Il leur a presque payé tribut, pour se livrer tranquillement à ses plaisirs. » Aussi ne restera-t-il rien de son œuvre. « Ce sont, dit Silène, des jardins d'Adonis, tous les exploits dont tu nous parles, mon cher Constantin. — Que veux-tu dire, lui demande Constantin, avec tes jardins d'Adonis? — Ceux que les femmes, répond Silène, plantent pour l'amant de Vénus. Elles mettent dans des vases de terre des herbes qui verdoient un jour, et se fanent tout de suite. » Mercure, à son tour, interroge Constantin. « Et toi, que te proposais-tu de beau? — D'amasser beaucoup, et de beaucoup dépenser pour satisfaire mes désirs et ceux de mes amis. » Silène lui reproche d'avoir eu un visage, une chevelure, de cuisinier et de coiffeuse. Quand le concours a été jugé, et que chacun est allé s'asseoir auprès d'un dieu, « Constantin, qui ne trouve point chez les dieux de modèle de sa conduite, aperçoit la Mollesse, et va se ranger à côté d'elle. Celle-ci l'embrasse, le revêt d'étoffes brillantes, et le conduit à la Débauche. Il trouve là Jésus ^, criant à