Julien, Ép, à Themistius; Herllein, p
d'en reconstituer au moins certaines parties. Themistius lui disait les espérances que fondaient sur lui les amis des anciennes croyances et des anciennes mœurs. Ce qu'ils attendaient de son initiative, ce n'était rien moins que la réforme complète de l'Empire. « Dieu, lui écrivait Themistius, t'a mis à la place d'Hercule et de Bacchus, qui, tout ensemble philosophes et rois, ont purgé la terre et la merde tous les fléaux répandus à la surface. » Le sophiste l'exhorte donc « à bannir toute pensée de loisir et de repos, pour ne plus songer qu'aux moyens de vaincre le mal. » Les anciens législateurs, Solon, Pittacus, Lycurgue, sont proposés à son imitation. <( Le monde espère que tu feras plus encore que ces grands hommes. » Themistius semble avoir craint que, parvenu au faite de l'Empire, Julien ne ressentit l'amour du repos que donne parfois l'ambition satisfaite, et à la vie active, seule convenable pour un prince, ne préférât l'étude ou la pratique de la philosophie. « Le bonheur est de bien faire, » lui écrit-il, citant Aristote, « et la vie des hommes d'action est audessus de celle des philosophes. » Ce n^est pas tout à fait la pensée d' Aristote, qui, dans un parallèle entre la politique et la contemplation, semble donner la préférence aux contemplatifs ; mais le philosophe de Stagyre loue aussi « les architectes des grandes œuvres ^, » et a ce mot, dit Themistius, ne peut s'entendre que des rois. ))
Julien répondit par une longue épltre, composée à Constantinople, pendant les premiers mois de 362. Celleci était évidemment destinée à la publicité, puisque The*
1. ToO; ttôv xaXûv 7cpxU(i)v ào/.iTéxTovac. Ép, à Themistius; Hertlein» p. 341. or. Aristote, PolU., VII, 3.
mistius se trouvait à Constantinople , et qu'il était facile à Julien de converser avec lui. La fortune du célèbre so* phiste venait précisément de recevoir un accroissement nouveau : Julien l'avait nommé préfet de sa seconde capitale ^ ; et comme lui-même y résidait à ce moment, leurs rapports devaient être continuels. Dans ces conditions, une lettre à Themistius n'était qu'un prétexte. Elle offrait un cadre commode pour exposer à d'autres des idées. Le vrai destinataire était le public, ou plutôt la multitude des philosophes, seul public qui comptât vraiment aux yeux de Julien. Cest à eux^ en réalité, qu'il adresse, par le moyen de cette lettre, une dissertation politique. C'est pour eux que, sous couleur de répondre à Themistius, il écrit un véritable manifeste, presque un programme de gouvernement.
Sans doute, il ne faut pas entendre ce mot à la façon moderne. On se tromperait en cherchant dans le nouvel écrit de Julien un programme précis et détaillé, tel qu'en écrirait un souverain de notre temps. Ni les habitudes littéraires du iv* siècle, ni le tour d'esprit de Fauteur^ ni même celui de ses lecteurs, ne se prêtaient à une composition de cette sorte. La lettre à Themistius n'est pas beaucoup mieux ordonnée que les autres écrits de Julien. La pensée y suit toujours ces capricieiix méandres qu'il est pour nous si fatigant de parcourir, et par lesquels elle semble toujours se dérober. Cependant, en l'étudiant de près, on parvient à découvrir les idées maltresses. A travers beaucoup de phrases confuses, de réminiscences personnelles, de citations inutiles ou pédantes, il est possible de dégager une théorie du pou-