‹ Julien l'Apostat (volume 4)Chapitre 218 sur 298 · Tôt; de its^ittoîc xatàTfjv 9p6vY)<nv. Ibid · texte numérisé non relu

Tôt; de its^ittoîc xatàTfjv 9p6vY)<nv. Ibid

L*1NTERPBËTAT10N DES MYTHBS. 257

tes d*uu homme que, après les dieux, je révère et j'admire à l'égal d'Aristote et de Platon^. Il ne parle pas de toutes les fables en général, mais des fables mystiques que nous a transmises Orphée, l'instituteur des plus sacrés mystères. Ce qu'il y a d'invraisemblable dans les fables est à ses yeux une voie qui conduit à la vérité. Plus une allégorie tient du paradoxe et du prodige, plus il semble qu'elle nous avertisse de ne pas nous arrêter aux faits, mais de chercher attentivement ce qu'ils déguisent, et de n'avoir pas de cesse que la vérité, mise sous nos yeux par les dieux qui nous guident, n'ait initié ou pour mieux dire n'ait rendu parfait notre esprit ou ce qu'il y a en'nous de supérieur à l'esprit, j'entends cette partie de l'Être unique et bon, que nous possédons d'une manière indivisible, ce complément de l'àme, confondu tout entier avec l'Être unique et bon, grâce à la puissance supérieure, commuuicative et souveraine de cet Être ^. » Cela revient à dire, en termes beaucoup plus simples, que les sages et les philosophes sont invités par les dieux eux-mêmes à percer le ''ens des fables mythologiques, mais qu'à eux seuls est réservé le fruit caché sous l'écorce : quant à l'écorce elle-même, rude, grossière, souvent malsaine, elle demeure la seule pâture de la foule, des humbles, des petits, des ignorants, incapables de se désaltérer jamais au suc mystérieux et purifiant.

Telle est la religion personnelle de Julien : une religion de philosophes ; plus que cela : une religion d'initiés. La phrase obscure et emphatique par laquelle se

i. 11 s'agit éYidemmeat de Jamblique.

2. Julien, Oratio VU, contre le cynique Héraclins ; Hertletn, p. 281.

iUUIM L* APOSTAT. ^ U. 17

termine la citation qu'on vient de lire semble un écho de l'enseignement des mystères. Le contexte le laisse clairement entendre. Tout de suite après avoir écrit cette phrase, Julien s'écrie : « Mais, à propos du grand Bacchus, je me sens pris de je ne sais quel transport, et j'entre en délire. Je mets donc un bœuf à ma langue ^ Il ne faut pas révéler les choses ineffables. Puissent seulement les dieux les rendre secourables et k moi, et à tous ceux d'entre vous qui ne sont pas initiés ^ ! » Cette crainte d*ètre entraîné à dire de Bacchus ce qui ne doit pas être dit, cette distinction faite par Julien entre luimême et les non initiés, indiquent assez qu'il avait pris part aux mystères dionysiaques, en avait connu les délires ^ et entendu les doctrines secrètes. S'il n^est pas probable qu'il ait été initié à ceux d'Eleusis ^, on a vu que l'initiation mithriaque lui avait été conférée & Constantinople. Peut-être était-il déjà, avant de quitter la Gaule, initié aux mystères de Bellone ^. Son discours sur la Mère des dieux montre qu'il avait appris aussi (c les secrets fermés et ineffables ^ » de la déesse ^ et qu'il avait été au nombre « des mystes dont les lampes brûlent en

1. Expression grecque proyerbiale, qui signifie : a Je me condamne au silence. » Les yiolateurs du secret des mystères, en Grèce, étaient condamnés à payer un poO<, pièce de monnaie athénienne représentant un bœuf.

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