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mesurait plus qu’à l'étendue de leurs rues désertes et au nombre de leurs édifices ruinés. Le 1v° siècle, cependant, vit encore naître des cités florissantes; mais, en y regardant de près, on reconnait que la Gaule a déjà pris un aspect très différent de celui qu’elle avait au n° ou même au zrr° siècle. C'était alors le temps des villes \ ouvertes, pleines de grands et beaux monuments, sans $
remparts arrètant leur expansion et gênant le regard. Rares étaient les fortifications anciennes, comme celles d’Autun. C'est seulement vers la fin du mx siècle (1) que, averties par les invasions, parfois déjà ravagées, les villes s’entourent de remparts, se resserrent entre des fossés, se rétrécissent pour être plus facilement défendues, et prennent déjà l’aspect qu'auront les cités du moyen âge. On sacrifie à la construction hâtive de leurs murailles les temples, les tombeaux, les statues des ; époques plus heureuses, dont on voit les débris encastrés dans les fondements des remparts. Les ports mêmes, |
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comme à Bordeaux, sont parfois reportés à l’intérieur des terres, afin de profiter des défenses de la ville: une porte, sous laquelle passeront les navires, ferme l'entrée | des bassins, et met la flottille militaire ou les bâtiments de commerce à l'abri d’un coup de main. Ces murs du iv° siècle ne sont pas bâtis selon les anciennes règles de la fortification romaine : ce sont des rectangles, flanqués de nombreuses tours, et puissants surtout par leur
(1) A partir de l’an 300 (C. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. II, p. 298). Probablement un peu plus tôt (les Dernières per- | séculions du III siècle, 2° éd., appendice H, p. 405). Ce mouvement est général, et s'étend à l'Italie, à la Mésie, à l'Asie Mineure aussi bien qu'à | la Gaule (Duruy, Histoire des Romains, t. VI, p. 387, 444; Perrot, De Galatia provincia romana, p. 165).
masse. Bouclées dans cette étroite ceinture, les villes deviennent très petites. Besançon, au temps de Julien, est beaucoup moins beau et moins grand qu'autrefois (1). Le nouveau Bordeaux est de même trois fois moins vaste que l’ancien (2). Les enceintes urbaines les plus étendues ne contiendront guère, désormais, plus de quinze à vingt mille âmes (3). Ainsi, remplaçant les grandes villes, éparses et sans entraves, de l’âge précédent, se créent de « nouvelles demeures, tristes et mesquines, mais solides et sûres, qui permettront de vivre à travers les six siècles d’invasion jusqu’au réveil de l'ère romane (4). »
Cet état nouveau amène un changement dans la vie sociale. Ayant perdu ses grands espaces, ses rues inondées d’air et de soleil, ses libres débouchés vers la campagne, la ville a moins d'attrait pour l'aristocratie. Celle-ci envoie ses enfants étudier aux grandes écoles de Bordeaux, d’Autun et de Trèves, et y former, autour de la chaire des jurisconsultes et des rhéteurs, ces essains de « joyeuse jeunesse » dont parle avec complaisance un universitaire d'alors (5). Là se transmettront encore
pendant un siècle la tradition du beau latin (6), l'habi-