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(1) Io%iyvrov dE vdv Éotiv dveunuuévn, ndkar dE meyANn TE AV ka ToUTE- Aécuv iepoic éxexoounto. Julien, Ep. 37 (Hertlein, p. 535).
(2) Camille Jullian, Ausone et son temps, dans Revue historique, janvier 1892, p. 10.
(3) Voir le plan de Nantes (enceinte de l'an 300), dans Léon Maître, Géographie historique et descriptive de la Loire-Inférieure, t. I; cf. Revue historique, mars 1895, p. 348.
(4) Camille Jullian, Ausone el son temps; ibid., p. 11.
(5) « Occursu laetae juventutis. » Eumène, Oratio pro scholis instituendis.
(6) Voir, pour Bordeaux et l’Aquitaine, Sulpice Sévère, Dialog., I, 27.
tude de la parole publique, et la science du droit (1). Mais les pères, eux, se retirent peu à peu de la cité. Les nobles qui, depuis la conquête romaine, s'étaient faits citadins, reviennent, comme par un retour d’atavisme que rien ne contrarie plus, aux mœurs des anciens Gaulois. Le charme qui les retenait à la ville s’étant amoindri, la campagne les reprend. Les plus illustres et les plus riches des Gallo-Romaïns étaient avant tout des propriétaires terriens. On a gardé le souvenir de l’un d'eux qui, dans les guerres civiles du mi siècle, arma deux mille de ses paysans. Beaucoup de nos villages modernes sont nés de leurs vi/lae. Celles-ci, peuplées de fermiers, de serfs, de colons, d'artisans de tous les métiers, se développaient autour de la maison seigneuriale. IL y avait peu de chose à faire pour que l’habitation de plaisance, où jadis le propriétaire, à la facon de Pline le jeune et de ses amis, venait passer quelques semaines ou quelques mois durant la belle saison, devint la demeure principale, ou même unique, dans laquelle s’écoulerait sa vie. Le luxe des maisons de campagne n'était pas moins grand en Gaule qu’en Italie. Bas-reliefs, statues
des dieux, bustes d’empereurs, sculptés sur place ou im-
portés, remplissaient leurs salons et leurs galeries, dont les murailles revètues de stuc s’'égayaient de ces décorations dans le goût pompéien, qui se perpétuèrent en s’alourdissant jusqu’à la fin de l’Empire (2). Décrivant sa
- (1) Fragment de droit antéjustinien (paraphrase des Commentaires de Gaius), découvert par M. Chatelain dans un palimpseste du séminaire d'Aulun, œuvre de basse époque attribuée par Mommsen à un professeur de l'école de cette ville (Académie des inscriptions, 7 juillet 1899).
(2) Voir dans le Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1899, p. 231-238, la notice sur les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, et particulièrement sur la villa de Chiragem.
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villa de Lucomiacus, près de Saint-Émilion, Ausone dira qu'il y vit dans un palais « rival de ceux de Rome (1). » Quelquefois les constructions, tant accessoires que principales, manoir du maitre, logements des serviteurs, bains, écuries, portiques, couvraient plusieurs hectares (92). Tous les agréments de la vie, comme tous les raffinements de l’art, s'y trouvaient ressemblés. On comprend que les Gaulois opulents et lettrés, entre leurs collections et leurs livres, leurs équipages de course, de chasse et de pêche (3), parmi les soins multiples de l'administration d'un grand domaine, et les relations mondaines d’un voisinage où leurs pareils devenaient de plus en plus nombreux, aient pu sans regret, au 1v° siècle, échanger l'existence désormais étroite et attristée des villes contre la vie de château, dont les écrits d’Ausone et de Sidoine Apollinaire nous ont laissé la séduisante image.
Ce n’est pas sans dessein que j'emploie ici le mot « château. » Il est vrai dans sa double acception, demeure vaste et magnifique, et demeure fortifiée. Au iv siècle, si l’émigration des grands à la campagne contribue de plus en plus à donner à leurs maisons rurales ce premier caractère, l'insécurité de la campagne ellemême amène à leur ajouter le second. Cette insécurité tient à des causes diverses : les incursions des Barbares
qui, franchissant la frontière, portent leurs ravages dans
l’intérieur du pays, et le développement du brigandage, amené par la misère qui en résulte ou par les exactions
(1) Ausone, Ep. 10, ad Paulum.
(2) Bulletin de la Société des antiquaires de France, loc. cit.
(3) Voir le testament de Langres, dans Bull. di arch. crist., 1863, p. 95, 2"e colonne, dernier paragraphe.
du fisc. Cette misère, le désespoir des contribuables trop pressurés, avaient produit, à la fin du siècle précédent, la révolte des Bagaudes : la révolte a été écrasée (1), mais il y a toujours des Bagaudes, c’est-à-dire des paysans insoumis, pâtres armés, colons déserteurs de la glèbe, débiteurs exaspérés, qui marchent isolés ou en bandes, semant partout la terreur. Pour se protéger, les campagnes imitent les villes, et se couvrent de remparts. Il est impossible de fortifier le domaine entier avec ses vastes champs et les chaumières éparses de ceux qui le cultivent. On fortifiera la maison seigneuriale, non seulement pour défendre le maitre et sa famille, mais encore pour offrir dans son enceinte un refuge aux familles des paysans.
Négliger cette précaution était s’exposer à une ruine presque certaine. La magnifique villa récemment découverte aux environs de Toulouse, dans laquelle, outre de nombreux morceaux de sculpture religieuse et profane, on n’a pastrouvé moins de soixante et onze bustes en marbre, a été détruite dans une invasion de Barbares (2). D'autres, que des propriétaires prévoyants avaient entourées de fossés et de murailles, ont traversé intactes l’époque des invasions. Il en est qui sont devenues le noyau de cités nouvelles. Telle fut la villa construite près de Bordeaux, sous Constantin, par le préiet du prétoire Pontius Paulinus. Elle occupait un promontoire isolé, dominant le confluent de la Gironde et de la Garonne. « Des remparts élevés, des tours qui traversaient les nues » et que « ni les machines ni les
(1) Voir la Persécution de Dioclétien, 2° éd., t. I, P. 36. (2) Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1899, p, 234.
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béliers ne pourront jamais ébranler (1), » y abritaient non seulement le palais et les jardins, les thermes et les viviers, mais encore des magasins abondamment pourvus de vivres (2). La villa portait dès lors le nom germanique de Burgus, forteresse, et deviendra au moyen âge la ville de Bourg (3). Bien d’autres habitations durent sans doute aux défenses dont elles étaient munies une sécurité au moins relative. Une mosaïque trouvée en Numidie, où des causes analogues obligeaient peut-être aux mêmes précautions, représente une villa d'importance moyenne : l'édifice principal se compose de deux grands pavillons carrés, surmontés d'une sorte de coupole, et percés au centre d’une porte monumentale. Près de cette porte se dresse une tour à trois étages (k) : cette tour, d’où l’on interroge l'horizon, mais où l’on peut aussi se réfugier en cas d'alerte, n'est-elle qu'un simple belvédère? ou n’annonce-t-elle pas déjà le donjon des temps féodaux ? sl
La Gaule prend ainsi, peu à peu, l'aspect d’un camp retranché. Le noble a sa maison forte et sa tour, la ville a ses remparts, tout gros village, vicus, se met sur la défensive. C'est encore, par une sorte d’atavisme, un retour à l’oppidum gaulois, à ces lieux forts où se concen-
traïent les populations indigènes, et d’où elles bravèrent
souvent les armes de Rome. Maintenant, on les rétablit pour abriter les trésors de la civilisation romaine contre
(1) Sidoine Apollinaire, Carmina, xxu, 118 et suiv.
(2) De même Ausone, dans ses villae, conserve toujours des fruits pour deux ans; Villulae, in fine.
(3) Camille Jullian, Ausone et son temps, dans Revue historique, janvier 1892, p. 13.
(4) Voir Boissier, l'Afrique romaine, p. 157.
la barbarie du dedans et du dehors. Ce que l'initiative privée ou locale a fait ainsi un peu au hasard, une stratégie plus savante le complète par de nombreux postes militaires. Constance Chlore s'efforce à la fois d'assurer la défense des côtes, d’établir des communications régulières entre la Gaule et la Bretagne, de relever d’anciennes places fortes et d’en créer de nouvelles. IL répare les murs d’Autun, à moitié détruits en 269 (1), fonde Boulogne et Coutances, fortifie Harfleur, restaure des voies militaires, crée des forteresses ou des camps à Paris, à Avenche, et en divers lieux de l’intérieur (2). De son règne ou de ceux de ses successeurs datent apparemment plusieurs des « camps de César, » dont les retranchements encore visibles perpétuent au milieu de nos campagnes le souvenir de la domination romaine (3).
Aux changements que la nécessité de se défendre contre des dangers nouveaux amena dans la vie sociale et même dans l'aspect extérieur de la Gaule, correspond une modification profonde dans l'administration militaire du pays.
Jusqu'au 1v° siècle, l’organisation militaire en vigueur sous Auguste avait à peu près persisté. L'intérieur de la Gaule ne contenait presque pas de soldats romains. Les légions destinées à la couvrir étaient échelonnées sur toute la ligne du Rhin. Cent mille hommes environ,
composés pour moitié de légionnaires, pour moitié de
soldats appartenant aux cohortes ou aux ailes auxiliaires,
(1) Voir Eumène, Paneg. Flaviensium nomine Constantino Aug. diclus.
(2) Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. IL, p. 470-471.
(3) Ibid., p. 408.
s'y trouvaientymassés. Non seulement ils opposaient aux envahisseurs germains une barrière presque impénétrable, mais encore ils devenaient le noyau d’une belliqueuse population de frontière. Comme les légionnaires romains changeaient peu de garnison, et que toute la carrière d’un soldat s’écoulait le plus souvent dans le même campement, il arrivait d'habitude que les vétérans, leur temps de service accompli, s’établissaient avec leurs femmes dans le voisinage des lieux où 1ls avaient toujours vécu. Ces familles, d’origine militaire, devenaient à leur tour la pépinière des légions, et formaient une réserve presque héréditaire de traditions soldatesques et d'esprit patriotique.
Les troubles civils et les longues guerres intestines de la dernière moitié du 11° siècle entamèrent ce bel ordre. L'empire gallo-romain, fondé par Posthume et ses suc-
cesseurs, et détruit d’une manière si impolitique par Aurélien, ne put crouler sans entrainer avec lui une partie de l’ancien système de défense (1). Par la brèche ouverte se précipitèrent les Barbares. On a vu comment l'instinct de la préservation immédiate fit reporter dans l’intérieur de la Gaule et disperser en une multitude de lieux tous les moyens de résistance. La barrière brisée sur le Rhin fut relevée par morceaux autour des villes, des bourgs, des villages, des grands domaines. Mais à tant de points fortifiés ne pouvaient suffire les milices locales. Le 1v° siècle vit placer des garnisons régulières dans les provinces gauloises, qui, aux beaux temps de l'Empire, ne contenalent pas trois mille soldats. On avait renoncé à les
(1) Voir dans les Dernières persécutions du me siècle, 2° éd., p. 387- 407, l’appendice H, Note sur l'empire gallo-romain. JULIEN L'APOSTAT. — I. 25
protéger en bloc, et l’on se voyait contraint de les défendre en détail. Puisque l'invasion passait maintenant, il fallait se mettre en mesure de lui opposer partout quelque digue. De là l’état nouveau que reflète la No- M titia Dignitatum, mais qui remonte certainement à une.
époque antérieure à celle où fut rédigé ce document, et, selon toute vraisemblance, à un temps voisin du moment qui nous occupe (1). La Gaule est alors partagée en nombreux commandements militaires, comprenant un plus grand nombre de subdivisions. Fantassins et cavaliers des légions et des troupes auxiliaires sont répartis entre toutes les grandes villes. Il y a presque autant de villes de garnison dans la Gaule du iv° siècle que dans la France de nos jours. A vrai dire, c'est déjà le système moderne : l’organisation militaire de notre pays, à cette époque, ressemble plus à ce qu'elle est à l’heure présente qu à ce qu'elle était au temps d’Auguste et de Trajan (2). Quant à l’organisation de ses forces navales, au 1v° siècle, elle n'offre d’analogie n1 avec les temps anciens ni avec l’époque moderne; aux deux flottes, dites de Bretagne (3) et de
(1) On peut même le faire remonter à Constantin, car Aurelius Victor (De C'aesar., 41) dit que cet empereur changea tout l'ordre de la milice, et Zosime (IT, 34) attribue (avec une injustice évidente) la ruine de l’Empire aux règlements militaires de Constantin.
(2) Comparez dans Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. II, la planche V, carte de l'emplacement des vingt-cinq légions dans l'Empire sous Auguste, et la planche XXI, Gaule militaire d'après la Notitia Dignitatum.
(3) « Classis Britannica; » voir Desjardins, t. I, p. 364-365 et planche XV, Au temps de la Notitia Dignitatum, cette flotte prit le nom de Cassis Samarica (de Samara, rivière de Somme); voir Ferrero, Nuove Iscrizione ed osservazioni intorno all ordinamento dell armate nell imperio romano, Turin, 1899, p. 77,
Germanie (1), qui avaient leur port d'attache, l’une près de Boulogne, l’autre près de l'embouchure du Rhin, s’ajoutent, dans le nouveau système de défense de la Gaule, plusieurs flottilles destinées aux cours d’eau de lintérieur, le Rhône, la Saône, la Seine (2), ou même aux lacs (3).
Quand Julien, — après avoir franchi les Alpes par une température de décembre si exceptionnellement douce, qu on se serait cru au printemps (4), — mit le pied sur le sol gaulois, il arrivait dans un pays affaibli par des révoltes, des usurpations, les répressions qui avaient suivi, et surtout désolé par les Barbares. Ceux-ci occupaient, dit-il, une partie des Gaules, poussant leur pointe jusqu à trois cents stades en avant de la rive du Rhin. Leurs bandes campaient dans les champs ravagés, autour des villes en ruine. « Les villes démantelées par eux pouvaient s'élever à quarante-cinq (5), sans compter Les tours et les forteresses (6). » Mème des cités placées en dehors de la zone envahie se dépeuplaient, la peur en chassant les habitants(7). Libanius prétend que certaines
(1) « Classis Germanica; » voir Ferrero, l'Ordinamento delle armate romane, p. 181-184.
(2) « Praefectus classis fluminis Rhodani — praefectus classis Ararica e — praefectus classis Anderitianorum (près Paris). » Notitia Dignitatum, Occid.
(3) « Praefectus classis Barcariorum (à Yverdun, sur le lac de Neuchâtel ; il y avait de même, pour défendre le nord de l'Italie, une flottille sur le lac de Côme).
(4) Oütw pardoäs amolabwy Emopetero This dutivôc, ot Éxp OVOME TOUTES tv woav éywpouv. Libanius, Oratio X. — Dans son Oratio IV Libanius avait au contraire parlé de « l’excessive rigueur de la saison, » tàv à tñs Dpus 0nEp6OÀÀV.
(5) Libanius répète ce chiffre, môderz pèv mévre dou mEvTxOvTa.
(6) Julien, Ép. au sénat et au peuple d'Athènes, 9.
(7) Ibid.
villes étaient réduites à un si petit nombre de citoyens, qu’on labouraït et qu’on ensemençait leurs places publiques (1). Cependant le pays, on l’a vu, n'était pas privé de tout moyen de défense. Il était même assez fortifié et garni d’assez de troupes pour arrêter à chaque pas l’envahisseur. La manière dont le jeune César y fut recu montre que les Gallo-Romaïins n’attendaient qu’un chef digne de ce nom pour se rallier autour de lui (2). La première ville où Julien ait fait son entrée est Vienne, autrefois l’une des métropoles de la Narbonnaise, devenue, lors de la réorganisation provinciale de 297, la ville éponyme de l’un de deux grands diocèses entre lesquels fut alors divisée administrativement la Gaule, et le chef-lieu de la province qui portait son nom. Peu de villes paraissent avoir été plus vivantes. Les historiens, les poètes, les empereurs mêmes semblent épuiser toutes les épithètes pour la louer : c’est « Vienne la Belle (3) », « l’antique et noble cité (4) » « l’opulente (5) », « l’abondante en vignes (6) », « La très ornée et très vaillante (7). » Assise, comme Lyon, au bord du Rhône, qui était l’une des principales voies commerciales du monde romain, elle ressemble beaucoup, pour l’activité et la richesse, à cette métropole
(1) Eis tocodrov cwpdtuv xatéotnouy àpôuèv dote Tac moe aÙtas àypôuc te eîvat «a modes... Libanius, Oraéio X.
(2) Libanius, dit, avec une exagération évidente, que « les familles les plus illustres chez les Gaulois étaient réduites à l’esclavage. » Oratio I.
(3) « Pulchra Vienna. » Martial, Epigr., VII, LxxxVIN, 2.
(4) Tacite, Hist., 1, 66.
(5) Ausone, De clar. urb., NII, 5.
(6) Martial, XIII, cvur.
(7) Tables Claudiennes (discours prononcé par Claude en 48), dans Desjardins, Géogr. hist., t. III, pl. XIV, col. n, ligne 7.
des Gaules. Vienne a, comme Lyon, de puissantes corporations, parmi lesquelles celle des bateliers et celle des négociants en vin tiennent le premier rang. Elle semble avoir été le siège d'un des bureaux de la douane: elle est souvent la résidence du commandant de la flotte du Rhône. Ses magistrats municipaux sont nombreux : duumvirs chargés de la justice, duumvirs préposés aux finances de la ville, triumvirs administrant son domaine, édiles, questeurs (1). La vie de l'esprit y est active : on y reçoit de Rome les livres nouveaux : Martial était joyeux d'apprendre que ses poésies faisaient « les délices des Viennoïs (2). » Mais si l’on goùtait, à Vienne, ces lectures profanes, il s’y trouva aussi de bonne heure un groupe chrétien plein de zèle et de courage, auquel ne manqua même pas la gloire du martyre; l’un des monuments les plus authentiques et les plus vénérables de l'antiquité ecclésiastique est la lettre écrite en commun pendant la persécution de Marc Aurèle par les fidèles de Lyon et de Vienne à ceux d’Asie et de Phrygie (3). Au milieu du 1v° siècle, le christianisme parait avoir été déjà la religion dominante dans la population viennoise (4) : il s'y montre assez puissant
(1) Allmer, Znscr. de Vienne, cité par Desjardins, Géogr. hist., t. IT, p. 307, 422-495.
(2) Martial, VIT, LxxxvIIr.
(3) Eusèbe, Hisé. eccl., V, 1.
(4) Un évêque de Vienne, Verus, a pris part, en 314, au concile d’Arles ; Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule,t. I, p. 146. Son prédécesseur, Martin, est marqué au 11 mai dans le Martyrologe hiéronymien (éd. De Rossi-Duchesne, p. 59). — Les inscriptions chrétiennes trouvées à Vienne sont nombreuses; mais très peu paraissent antérieures au ve siècle. L'une d'elles, cependant, porte le monogramme du Christ, de la forme dite constantinienne (Corpus inscr. lat.,t. XII, 2106). Une autre (ibid., 2156), parlant d'un vieillard de quatre-vingt-dix ans et deux
pour que ceux-là mêmes qui lui étaient secrètement
contraires se croient quelquefois obligés d’en affecter les sentiments (1). Mais le paganisme y avait été autrefois très prospère. Les inscriptions nous font voir tous
les dieux du Panthéon romain adorés dans Vienne (2),
et avec eux les divinités étrangères, Isis (3), Cybèle (#), Mithra (5), et les divinités indigènes, Vienne elle-même, déesse topique (6), le dieu Sucellus (7), les Matres (8). On trouve à Vienne des flamines et une flaminique d’Auguste (9), des flamines de Mars (10), des flamines de la Jeunesse (11), des pontifes (12), des augures (13), des sévirs augustaux (14). On ne peut dire ce qui restait de ce clergé païen sous Constance; mais les partisans de l’ancien culte, bien que maintenant en minorité, étaient probablement nombreux encore dans la capitale de la
mois, mort én albis, rappelle peut-être la coutume de retarder le baptême jusqu’à la fin de la vie, trop répandue au 1ve siècle (voir plus haut, p. 169). A signaler lépitaphe (mais de basse époque) d'une femme louée pour avoir été « pauperibus pia, mancipiis benigna ». (Edmond Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. 11, n: 450, p. 122).
(1) Ammien Marcellin, XXI, 2.
(2) Voir au Corpus inscr. lat.,t. XII, passim, inscriptions de Vienne en l'honneur de Jupiter, Junon, Mars, Apollon, Diane, Vénus, Pluton, Proserpine, Silvain.
(3) Inscer. d’un anuboforus; Corpus. inser lat., t. XII, 1919.
(4) Dendrophores (ibid., 190); inscription taurobolique (ibid., 1827).
(5) Ibid., 1811; bas-relief mithriaque, dans Cumont, Textes et monuments, t. 11, p. 399-401 et fig. 320, 321.
(6) Voir plus haut, p. 86.
(7) Corpus inscr. lat., t. XII, 1836.
(8) Ibid., passim.
(9) Zbid., 1868, 1904, 2249, 2349, 2600, 2608.
(10) 1bid., 1899, 2236, 2430, 2458, 2536, 2600, 2613.
(11) Ibid., 1783. 1869, 1870, 1902, 1903, 1906, 2138.
(12) 1bid., 1839, 1840, 1867, 2337, 2365, 2606, 2607, 2608, 2618.
(13) 1bid., 1783, 1870, 2606, 2607, 2613.
(14) Ibid., passim.
Viennoïse. Un propos, rapporté par Ammien Marcellin,
. montrera qu'ils n'avaient point abandonné l'espoir de
rendre la prééminence à leurs dieux humiliés.
Julien fut accueilli à Vienne comme un sauveur. Les habitants de la ville et des environs l’attendaient en dehors des portes. Les magistrats, les fonctionnaires de tout ordre se tenaient à leur tête (1). Probablement, comme lors de l’entrée de Constantin à Autun, en 311, les corporations industrielles et ouvrières, les associations de toute sorte, étaient là aussi, avec leurs étendards, qui, au 1v° siècle, figuraient dans toutes les fètes (2). Mais on ne voyait plus, comme on les avait encore apercues alors, les statues des dieux portées en procession au-devant du prince (3). Les lois de Constance, comme les sentiments de la majorité de la population viennoiïse, se seraient opposés à toute démonstration païenne. Dès que parut, au loin, le cortège impérial, une grande acclamation s’éleva. « Salut, clément et heureux empereur! » criait-on de toutes parts (k). Pendant que le César parcourait avec sa suite. les rues pavoisées (5), les regards du peuple ne pouvaient se détacher de lui. Quand une couronne de fleurs, suspendue au milieu des guirlandes en travers d’une rue, rompit ses liens et Iüi tomba sur la tête, les applau-
(1) « Cumque Viennam venisset, ingredientem optatum quidem et impetrabilem, honorifice susceptura omnis aetas concurrebat et dignitas. » Ammien Marcellin, XV, 8.
(2) « Omnium signa collegiorum. » Eumène, Paneg. Flaviensium nomine Constantino Aug dictus.
(3) « Omnium deorum nostrorum simulacra protulimus. » Zbid.
(4) Ammien Marcellin, XV, 8.
(5) Cf. Eumène, loc. cit.
dissements éclatèrent (1). Tous, dit Ammien, contemplaient d’un œil avide la pompe royale entourant non plus un usurpateur, mais un prince légitime (2). On est toujours surpris quand on apercoit, dans le monde ro-
main, quelque chose ressemblant au sentiment légiti-.
miste. Cependant la réflexion d’Ammien parait exprimer autre chose que la fatigue ou l’indignation du peuple des Gaules pressuré pendant trois ans par l'usurpateur Magnence. Il semble qu’un attachement profond et déjà traditionnel unit la nation à la famille de Constantin. Il y avait soixante-trois ans que cette famille régnait sur la Gaule, puisque Constance Chlore y avait été envoyé par Dioclétien avec le titre de César en 292. Sauf le second Constance, qui n’y fit que de courtes apparitions, chacun de ses membres y avait longtemps résidé, l'avait comblée de faveurs et défendue avec succès. Aussi la sympathie publique allait-elle spontanément au jeune prince en qui revivaient Constance Chlore, Constantin et Constant. Il semblait porter dans ses mains le remède à tous les maux (3). C'était le Génie de l’Empire qui apparaissait sous ses traits aux Viennois charmés (4). Pour quelques-uns d’entre eux, c'était autre chose encore, s’il faut prendre pour authentique un propos rapporté par Ammien Marcellin, auquel nous avons déjà fait allusion. L’historien raconte qu'une vieille femme
aveugle, entendant le bruit du cortège et les acclama-
mt
(1) Libanius, Oratio X.
(2) « Avidius pompam regiam in principe legilimo cernens. » Ammien Marcellin, XV, 8.
(3) « Communiumque remedium aerumnarum in ejus locabat adventu. » Ibid.
(4) « Salutarem quemdam Genium adfulsisse. » Jbid.