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à la façon du pharisien de l'Évangile. Le « pharisaïsme » de Julien ne s'arrête pas à ce trait : comme le sectaire de la parabole, il joint au contentement de soi-même la satisfaction de « ne pas ressembler aux autreshommes!. » Les « autres hommes » sont ici ses sujets d’Antioche. Au physique et au moral, il nous les montre comme sa vivante antithèse. Chez eux, dit-il, « tout le monde est beau, grand, épilé, fraîchement rasé? jeunes et vieux jalousent le bonheur des Phéaciens, et préfèrent à la vertu le luxe des vêtements, les bains chauds et les lits?. » Ils s’adonnent à la bonne chère, et ne comprennent même pas le sens du mot tempérance“. Ils sont incapables de suivre une règle5. Ils ont un tel amour de la liberté, qu'ils ne font point la police des rues, et laissent ânes et âniers cheminer à leur aise sous les portiques 6. À eux comme à leurs ancêtres s'applique en toute exactitude ce vers de l’Jliade :
Menteurs, danseurs, parfaits à marquer la cadence”.
Leurs boutiquiers ne cherchent qu’à s'enrichir par des gains illicites; leurs magistrats, propriétaires fonciers qui trafiquent des produits du sol, poursuivent le même avantage; leur populace ne songe qu’à s’enivrer, et à danser l’obscène cordaces . À Antioche, on ne s’occupe que de courses, de jeux et de spectacles : au lieu
1. Saint Luc, xvin, 11. — 2. Les philosophes cyniques avaient horreur des gens qui se rasaient ous’épilaient ; voir l’anecdote où Lucien (Démonazx, 50) met en scène un cynique, un proconsul et Démonax. Voir encore Musonius, dans Stobée, Flor., VI, 24; pseudo-Lucien, Le Cynique, 6; Épictète, Entretiens, I, 16; II, 22. — 3. Misopogon ; Hertlein, p. 441. Cf. Odyssée, VIII, 249. — 4. Misopogon; Hertlein, p. 441. — 5, Ibid. — 6. Ibid.; Hertlein, p. 448. — 7. 1bid.; Hertlein, p. 450. Cf. Iliade, XXIV, 261. — 8. Misopogon; Hertlein, p. 451.
de quelques jours, on y fête toute l’année 1. La ville compte « plus de danseurs, de joueurs de flûte, de mimes, que de citoyens ?. » Sur les places publiques, dans les théâtres, on n'entend que des cris de joie, des applaudissements de spectateurs *. Les dignitaires de la cité sont plus glorieux d’avoir payé les frais d’un spectacle que d’avoir fait une action d’éclat #. Les jeunes gens d'Antioche se livrent à une continuelle débauche 5. Les femmes sont absolument libres et sans frein 6. Les frères et les maris abandonnent à celles-ci l'éducation des enfants : au lieu d’en faire des hommes tempérants, réglés, modestes, elles en font des chrétiens 7! « La plus grande partie du peuple professe l’athéisme 8. » Chacun affecte « l'indépendance vis-à-vis des dieux, visà-vis des lois, et vis-à-vis du prince, qui en est le gardien ?. » Les dieux et le prince sont chaque jour insultés ensemble 10, En s’abstenant de ressembler à ces riverains de l'Oronte, dissolus, impies et rebelles, Julien demeure fidèle aux traditions des paysans du Danube, ses ancètres !! : qu'ils suivent donc leur voie, comme il suivra la sienne !?!