Misopogon; Hertlein, p
3. « Volumen composuit invectivum, quod Anfiochense vel Misopogonem appellavit, probra civitatis infensa mente dinumerans, addensque veritati Complura. » Ammien Marcellin, XXIF, 14.
vains dissemblables de situation et de croyance, dont l'un, qui recherche la vérité avec scrupule, blâme Julien d’y avoir manqué dans ses invectives, dont l’autre, babitué à pratiquer humblement les plus austères vertus, le raille de s'être vanté lui-même, on soit bien près d’avoir la note juste et complète. Cela dit, on se sent plus à l’aise pour reconnaître dans le Misopogon des détails pittoresques, des traits piquants, une verve d'autant plus naturelle qu’elle est animée de colère et de passion. Mais il est difficile d’y voir, avec Sozomène, « un écrit tout plein de beautés et d'esprit !. » À une méritoire impartialité l’historien chrétien du cinquième siècle joint ici un excès d’indulgence.
L'activité intellectuelle de Julien, pendant le dernier mois de son séjour à Antioche, paraît avoir eu quelque chose de fébrile. A la veille de partir pour la plus hasardeuse expédition, il semble avoir voulu, sur tous les points?, donner sa mesure, avancer son œuvre, et, si l'on peut dire, régler ses comptes. Il vient de le faire avec les chrétiens, par le livre de polémique dirigé contre leur religion. Il l’a fait avec les Juifs, par la tentative de restauration de leur nationalité et de leur temple. Il l’a fait avec les habitants d’Antioche, par le pamphlet dans lequel il leur rend raillerie pour raillerie. Avec plus de
1. Kaiotoy za uédla doteïoy Aéyov. Sozomène, V, 19. 2. « Diligentiam suam.…. ubique dividens. » Ammien Marcellin, XXII, 1.
sérénité, il consacre maintenant les loisirs qui lui restent à mettre la dernière main à la réforme du paganisme. De février 363 sont plusieurs écrits sur lesquels nous ne nous étendrons pas, puisque nous les avons longuement analysés dans le chapitre sur cette partie capitale de l'œuvre de Julien, mais qu'il importe au moins de noter à cette date : La circulaire ou encyclique sur les devoirs des prêtres, connue sous le nom de « Fragment de lettre !, » l’épitre 62, par laquelle le souverain pontife frappe disciplinairement l’un de ceux-ci?, l'édit sur les sépultures, destiné à réformer dans le sens païen les coutumes des funérailles®.
Julien était encore à Antioche, quand vint le trouver une députation du sénat romain. On sait si peu de chose des rapports de Julien avec ce grand corps politique et aristocratique, si peu de chose en général de ses relations avec l'Occident depuis la mort de Constance, que ce fait, peu important en apparence, mérite l'attention. Aussi Ammien Marcellin a-t-il soin de nous le faire connaitre. Il ne dit pas l’objet de la députation, mais il en nomme les membres, qui étaient parmi les premiers personnages de Rome. Julien les reçut avec empressement, et les combla d’'honneurs. Il fit l'un d'eux, Turcius Rufus Apronianus, préfet de Rome. Le choix était bon, car Apronianus se montra « Juge intègre et sévère *. » Mais peutètre ne fut-il pas un juge selon le cœur de Julien, car on