Théodoret, III
3. Contraire même à la théorie des dieux nationaux professée par Julien.
4. .… Kai toy To «lux œeuyévrwy, &vr&v Üvévrwv. Libanius, Epitaphios Juliani ; Reiske, t. I, p. 617. Mais Libanius voit dans son rêve de lettré autre chose encore : « les sophistes et les rhéteurs instruisant, par de grands discours, les fils des Persans. » Ibid.
JULIEN L'APOSTAT. — Il. | 12
monde aristocratique et religieux de Rome, on voyait avec inquiétude une expédition dont les dangers l’emportaient peut-être sur les avantages. Julien s'était illustré en Germanie par des guerres de défense plus que de conquête, et qui avaient eu pour unique but de rendre inviolable la ligne romaine du Rhin. La défense de l'Empire contre les incursions des Perses ne pourraitelle être assurée de même en Orient, sans qu'il füt besoin de les aller chercher au cœur de leur pays, et peut-être de s’égarer témérairement sur des routes encore plus lointaines? Les hommes politiques qui siégeaient au sénat romain ou occupaient les hauts postes administratifs de l'Occident avaient suivi de loin, sans s’y mêler beaucoup, les expériences de diverse sorte tentées par Julien : et probablement avaient-ils appris à le connaître assez pour se défier de son penchant aux chimères, comme de sa docilité aux plus médiocres et aux plus dangereux conseillers. Un sûr instinct les avertissait que s'il avait fait des merveilles pendant les six années de son gouvernement des Gaules, cela tenait en partie à ce qu'il n'avait joui alors que d’une demi-indépendance, et à ce qu’une surveillance méticuleuse et parfois tyrannique l'avait empêché d'y montrer autre chose que ses qualités. La toute-puissance mettait maintenant en lumière ses défauts, et cela faisait trembler. Divers faits nous portent à croire que l'aristocratie païenne de Rome, maitresse des grands sacerdoces et de nombreux instruments divinatoires, fit jouer, pour entraver des desseins qui l'inquiétaient, tous les ressorts religieux qu'elle gardait sous la main. Julien avait près de lui, faisant partie de sa maison, des représentants de l’haruspicine officielle. Ceux-ci
étaient des occidentaux, qui se vantaient de conserver les traditions de la science étrusque. Organisés en colllèges, ils demeuraient soumis, dans l'exercice de leur art, à des règles précises. Leurs réponses, empreintes de tout le formalisme latin, n'avaient rien de commun avec la libre inspiration et les audacieuses fantaisies des adeptes de la théurgie néoplatonicienne. Aussi étaient-ils avec ceux-ci en rivalité continuelle!. Ils représentaient auprès de Julien l'esprit de Rome et de l'Italie, par opposition à l'esprit asiatique. Il est tout naturel qu'ils aient reçu le mot d'ordre des dignitaires du paganisme romain, et suivi les directions de ceux-ci. Leur rôle, à la veille de l'expédition de Perse, fut vraisemblablement de se faire les interprètes des idées prudentes, des craintes et des hésitations de l'Occident. C’est bien de la sorte qu'ils paraissent avoir agi. Les « haruspices étrusques, » comme les appelle Ammien, se montrent, dans toutes les circonstances où ils sont interrogés, défavorables à l'expédition de Perse, à laquelle poussent, au contraire, « les philosophes. » La première fois qu'ils. eurent à émettre sur ce sujet un avis formel, ce fut à la suite d’un tremblement de terre qui agita Constantinople, quelque temps avant la date que Julien avait choisie pour quitter Antioche. Julien s’'émut de la nouvelle, et, comme il était d'usage quand se produisait un phénomène insolite, il leur demanda un rapport sur la signification de celui-ci. « Le présage, répondirent les haruspices, est défavorable pour un souverain qui se prépare à envahir une terre ennemie?. » La réponse allait trop
contre le désir de Julien, pour qu'il n’essayât pas de tourner les difficultés qui naïissaient de cet avis !. Sur le conseil des asiatiques, il fit des sacrifices à Neptune, et se flatta d’avoir détourné la colère de ce dieu ?.
Une autre réponse semble montrer plus clairement encore l'intervention des chefs du parti païen de Rome et leurs efforts pour entraver l’expédition projetée. En mènie temps que les oracles orientaux, Julien avait preserit de consulter les livres sibyllins. La réponse de ceuxei fut « l'interdiction pour l’empereur de sortir cette année du territoire romain ?. » Comme les livres sibyllins étaient mystérieusement interrogés dans le temple d’Apollon Palatin, en dehors de toute assistance du publie, par le collège des quindécemvirs, composé des ne sera pas téméraire de croire que l'avis négatif envoyé
plus grands personnages de l'aristocratie romaine #, par eux correspondait de tout point à leurs propres sentiments.
Ammien ne nous dit pas par quels raisonnements ou par quelles pratiques Julien et ses conseillers neutralisèrent l'autorité du plus célèbre des oraeles de la vieille Rome. Ce que nous savons, c'est que cette réponse ne modifia pas les projets de l'empereur et ne retarda pas
1. D'après Libanius, Julien était tellement versé dans la science des presages, que, lui présent, les augures elaient contraints de dire la vérité, parce que ses yeux savaient découvrir toute feinte; Æpitaphios Juliani; Reiske, t. I, p. 582. Il est probable que, dans la circonstance, il aperçut clairement la mauvaise volonté des Occidentaux.