Libanius, Legatio ad Julianum; Reiske, t. I, p
mort dans des cérémonies d’évocation, dans des rites divinatoires, dans « des sacrifices illégitimes !. » Non seulement saint Grégoire de Nazianze se fait l'écho de ces bruits, mais encore saint Jean Chrysostome, qui habitait Antioche au moment où y résida Julien, et pouvait avoir de dix-huit à vingt ans en 363, les reproduit dans un discours prononcé dans cette ville : « Qui compterait, dit-il, les nécromancies, lesimmolations d’enfants 2? »Il attribue à des pratiques secrètes de Julien lui-même ces meurtres rituels. Malgré l'autorité de ceux qui les rapportent, l’histoire n’accueillera pas sans hésitation d'aussi épouvantables rumeurs. On sait combien vite s’échauffe l'imagination populaire, et avec quelle facilité se créent les légendes. Mais 1l faut reconnaitre aussi que les légendes, quand elles sont tout à fait contemporaines, supposent ordinairement un fait, plus ou moins altéré et grossi, qui en a été l’occasion. Ce que l’on sait du caractère de Julien rend difficile de le croire personnellement coupable de crimes aussi monstrueux. Mais, à une époque où l’on avait peu le respect de la vie humaine, ils n'étonneront qu'à demi, s'ils eurent pour auteurs quelques-uns de ces fanatiques, adonnés aux pratiques les plus secrètes de l'occultisme, qui se rassemblaient autour de Julien. Il y a bien des ténèbres dans le paganisme. On peut admettre qu’à une époque de crise suprême comme celle où il était arrivé, à la veille d’une tentative der-
1. Tôv dvareuvouévey raidwv te ai mapÜévoy éri uyaywyig xaÙ pavreio -xai Buolaus où vevouiouévaus. Saint Grégoire de Nazianze, Oralio IV, 92. 11 semble faire encore allusion à ces sacrifices impies, lorsqu'il s’écrie, Oratio V, 25 : Iod opdyia qavepé Te xoi Goavi ;
2. Saint Jean Chrysostome, Zn Sanctum Babylam contra Julianum et entiles, 14.
nière dans laquelle son sort allaitse jouer, au milieu de la fièvre de curiosité oùse trouvaient ses adeptes les plus exaspérés, il eut ses « messes noires. » Ces horreurs ont pu se couvrir du nom de Julien, sans l’aveu et à l'insu de celui-ci.
La première ville où Julien se soit arrêté est Litarbe, à quinze lieues environ d’Antioche. On y accédait par une route encaissée entre une montagne abrupte et un marais semé de grosses pierres : elles débordaient jusque sur la voie, qui présentait parfois des passes difficiles à franchir. Il était neuf heures du soir quand Julien arriva à Litarbe. À peine était-il installé dans la maison qui lui avait été préparée, qu'il fut obligé de donner audience à la députation du sénat d’Antioche 1. Libanius n’était point avec elle, parce que Julien, avant de partir, lui avait interdit de lui adresser jamais la parole en faveur de l'ingrate cité?. On devine la réception qui fut faite aux sénateurs, et la réponse que leur adressa Julien.
Prévoyant la suprême tentative qu'ils feraient encore auprès de lui : « Je sais, dit-il, que vous mettez votre confiance en celui que vous allez m'envoyer maintenant comme ambassadeur (c’est-à-dire en Libanius) ; mais lui aussi, à mon retour, je l'emmènerai avec moi à Tarse 3. » Malgré ces décourageantes paroles, les sénateurs, ren-