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Mais il en prit trop facilement son parti. Il ne fit aucun eflort pour attirer ou ramener à lui les esprits qui s’en éloignaient. Il sembla même se complaire à choquer inutilement les habitants d’Antioche. Il y avait peu de villes où le goût des jeux et des spectacles fût poussé aussi loin. C'était, à Antioche, une fête de tous les jours !. Païens et chrétiens recherchaient avec une égale ardeur les courses de char et les représentations théâtrales. Julien professait pour ces amusements grossiers et trop souvent immoraux autant d’éloignement que de mépris. Mais il mit tout de suite de l'affectation à le laisser voir. Non seulement il n’y eut plus, excepté le premier jout de l’an, de représentation sur le théâtre de la cour, comme au temps de Constance et de Gallus ? : mais encore quand Julien, un jour de fête des dieux, se croyait obligé d'assister à des courses de chevaux, il laissait voir sur son visage « sa répugnance et son dégoût 3 : » ses regards distraits se détournaient de l’hippodrome # : dès la sixième course, il se levait pour sortir 5. Ce n'était rien, en apparence : en fait, c'était assez pour irriter le sentiment public. Le même peuple d’Antioche, qui, quelques années plus tard, prètera une oreille avide aux véhémentes harangues de saint Jean Chrysostome contre l’hippodrome ou le théâtre, ne pardonnait pas à Julien de quitter d’un air ennuyé la tribune impériale avant la fin des courses. Ici, comme en bien des circonstances, Julien oubliait que ce qui est le
. Julien, Misopogon; Hertlein, p. 440.
. Ibid., p. 436.
Ibid.
. Libanius, Epitaphios Juliani; Reïiske, t. I, p. 579. . Misopogon ; Hertlein, p. 437.
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droit ou le devoir du moraliste, du philosophe, du prédicateur, peut ètre maladresse ou faute chez le sonveraim.
Mème par son aspect extérieur, Julien affectait de se distinguer des habitants d’Antioche. Ceux-ci étaient très sensibles aux questions de costume et de tenue. Chez eux tout le monde, même les vieillards, était rasé, et l’on considérait comme inconvenant d’avoir le menton couvert de poils !. Peut-être à cause de l’abondance et de la bonne distribution des eaux, qui rendait facile à tous l’usage des bains, dans une ville où il y avait, selon Libanius, autant de fontaines que de maisons ?, on se montrait aussi fort délicat à Antioche pour les soins du corps et la propreté 5. Le passage à travers les rues d’un prince qui portait avec ostentation une barbe hirsute, se vantait de ne se faire presque jamais couper les cheveux ou rogner les ongles, et faisait voir à tout propos des doigts tachés d'encre #, causait parmi eux autant de surprise que de dégoût. Il semble qu’en une matière aussi futile, Julien eût pu, sans blesser aucun principe, faire quelques concessions à ses sujets. Sans mettre, comme Constance, son barbier au rang des hauts fonctionnaires de la cour, il lui eût été facile d’avoir une chevelure décemment peignée, et même de donner aux citoyens d’Antioche la satisfaction de le voir sans barbe. La philosophie, à coup sûr, ne lui défendait pas de se laver les mains. Mais Julien se faisait gloire d’être obstiné 5. Il tenait à sa barbe autant que la détestaient