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Zosime, III

Ces routes menaient également au cœur de l’Empire de Sapor, à ce confluent des deux fleuves où s'élevait Ctésiphon!. La première avait l'avantage de garder longtemps le contact de l'Arménie, pays allié. Mais elle avait l'inconvénient de rendre indisponible la flotte rassemblée à grands frais. Entre Carrhes et le Tigre, il y avait une longue route de terre : de plus, la partie supérieure du Tigre, vers l’ancienne Ninive, était difficilement navigable, tandis que l’Euphrate le restait sur tout son parcours?. Julien se décida à prendre la seconde route : de Carrhes il descendrait avec son armée jusqu’à Callinicum, ville située sur l’Euphrate, où le rejoindraient ses navires. Mais le fait seul de l’hésitation entre les deux lignes montre qu'aucun plan n’avait présidé à la campagne. Probablement même Julien avait eu d'abord la pensée de prendre la première voie, sans quoi, au lieu de monter de Bérée à Batné, à Hiérapolis et à Carrhes, en s’élevant toujours vers le nord, il eût franchi l’Euphrate un peu plus bas, et marché en ligne droite d’Antioche à Callinicum. Puisque cette dernière ville devenait le rendez-vous de l’armée et de la flotte, la marche jusqu’à Carrhes, qui obligeait ensuite à redescendre, avait été inutile.

La résolution à laquelle s'arrêta Julien avait l’avantage de permettre de se servir de la flotte, l'Euphrate étant partout navigable, et de faire ainsi accompagner l’armée par les transports flottants, les navires chargés d'équipages et de machines, et les galères armées pour le combat, qui dans certains cas coopéreraient avec

2. « Navigabilis per omnes est rivos, » Ammien Marcellin, XXI, 6.

elle. Jusqu'aux approches de Ctésiphon la flotte devenait ainsi, pour les troupes de terre, un appui permanent et comme une base mobile d'opérations. Mais cette route, bien que la plus pratique, avait un inconvénient : si l’on y engageait toute l’armée, on laissait le nord de la Mésopotamie exposé sans défense aux incursions des Perses. Les éclaireurs venaient de dire que ces incursions étaient déjà commencées. Restait un seul moyen de préserver cette partie à la fois si nécessaire et si vulnérable de l'Empire romain : diminuer l’armée d'invasion, et en détacher un corps de troupes chargé de suivre la seconde route, c’est-à-dire de marcher par le nord de l'Euphrate au Tigre, en combinant, si cela était possible, ses mouvements avec ceux du roi d'Arménie. Julien confia dans ce but une force considérable — trente mille hommes d'infanterie, selon Ammien!, dix-huit? ou vingt milleÿ, selon d’autres, — à deux généraux, son intime confident Procope et le comte Sébastien : ce dernier, ancien commandant militaire de l'Égypte, et manichéen de religion, avait, sous Constance, violemment persécuté les catholiques. D’après les instructions de Julien, ce corps d'armée, qu'il avait composé de soldats d'élite, devait se réunir au roi Arsace, traverser la Corduène et la Moxène, soumettre la Haute Assyrie, pénétrer en Médie, et descendre la rive gauche du Tigre, en repoussant les diversions que les Perses tenteraient de ce côté, et en dévastant sur son passage leurs plus riches contrées. On le tien-

. Ammien Marcellin, XXII, 3.

. Zosime, III. ,

. Libanius, Epitaphios Juliani.

« Lectorum militum. » Ammien Marcellin, XXIIL, 8.

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