Ibid
5. Il ne faut pas se tromper sur ce mot. Toute la campagne de Julien se déroulera en dehors des frontières de la Perse actuelle, dans les contrées soumises aujourd'hui à l'Empire ottoman, dont font partie non seulement l'ancienne Chaldée avec Babylone, mais encore l’Assyrie avec Ninive, dans laquelle ne parvint même pas Julien.
Cependant, remarque Ammien, les mauvais présages se multipliaient. Soit au sortir de Circesium, soit après la traversée de la rivière, on avait aperçu, gisant, le cadavre d’un employé de l’armée, exécuté de la main du bourreau. Le préfet du prétoire venait de condamner à mort ce malheureux, parce qu'un convoi d’approvisionnements dont il était responsable n’était point arrivé par eau dans le délai fixé : sentence hâtive et cruelle, car le surlendemain on reconnut, voguant sur l'Euphrate, la flottille de blé promise par lui. La rencontre de ce corps sanglant fut jugée de mauvais augure. L'armée, cependant, continuant sa marche, parvint d’abord à Zaitha, localité plantée d’oliviers, comme, dans la langue du pays, l'indiquait son nom !. Quelques milles plus loin, un monument d'architecture romaine frappa les regards. C'était le tombeau de l’empereur Gordien, mort en 244, à dix-neuf ans, assassiné par le préfet Philippe, au cours d’une expédition glorieuse contre la Perse ?. Julien s’arrêta quelque temps près du mausolée, et y célébra une cérémonie funèbre. Comme il rejoignait l’armée, il aperçut un groupe de soldats, chargé d’un lourd fardeau. C'était le corps d’un lion énorme, qu'ils avaient criblé de flèches. L’augure parut heureux à Julien. Il y vit l’annonce de la mort d’un roi, et ne douta point qu'il ne s’agit du roi de Perse. Cependant les haruspices furent
2. Voir Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3° éd., p. 239.
interrogés. Ces « connaisseurs en prodiges, » comme les appelle Ammien, ne cessaient de dissuader de l’entreprise commencée : ils ouvrirent une fois encore leurs rituels, et déclarèrent que le signe était « prohibitoire, » c’est-à-dire interdisait au prince d’envahir, même avec juste motif, le territoire d’autrui. Mais les philosophes, dont l’influence était toute puissante, s’élevèrent avec indignation contre cet avis. « Peu versés dans ces matières, et persévérant avec trop d’opiniâtreté dans leur erreur !, » ils jugèrent dans un sens opposé à celui des haruspices. « Comme argument en faveur de leur opinion, et preuve de leur science, » ils rappelèrent qu'en 297, lorsque Galère, encore César, marchaït contre le roi de Perse Narsès, les cadavres d’un lion et d’un énorme sanglier lui furent de même présentés, et qu’il revint de l'expédition vivant et victorieux. Mais ils oubliaient, dit Ammien, que le présage était contraire à l’envahisseur, et que c'était Narsès qui alors avait envahi l'Empire romain ?.
Le lendemain, 7 avril, nouvelle lutte entre les haruspices et les philosophes au sujet d’un présage. Comme le soleil s’inclinait à l'horizon, on avait vu monter une petite nuée : très rapidement le ciel s'était obscurci, un orage épouvantable, avec éclairs et tonnerre, avait éclaté : et un soldat, nommé Jovien, avait été frappé de la foudre, avec deux chevaux qu'il venait d’abreuver au fleuve. Les haruspices furent aussitôt mandés. Aux questions qu'on leur posa, ils répondirent que la foudre avait été « conseillère, » c’est-à-dire de la nature de celles