‹ julien l'apostatChapitre 14 sur 229 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

5, Voir {. I, p. 453.

mais 1l s’appliquait aussi à défendre le patrimoine des innocents contre les entreprises des gens cupides. Dans son amour du juste, il manœuvrait habilement, dit l'historien, « entre les écueils de la procédure {. » Il poussait l'attention jusqu'à se défier de son humeur et de ses soudains emportements. Ceux-ci, il est vrai, étaient souvent fort vifs, puisqu'il allait jusqu'à pousser des cris pendant l'audience ?, et même à frapper à coups de poing et à coups de pied les gens du peuple qui venaient lui présenter une requête ou soumettre une cause à son jugement*. Mais il avait donné l’ordre aux préfets ou à ses assesseurs de l’avertir à temps, quand il leur semblerait manquer de sang-froid *. Averti, il paraissait repentant de ses excès et reconnaissant de la correction. Oribase lui ayant dit un jour de ne pas montrer par ses regards et l'accent de sa voix la colère qui le possédait : « Tu as raison, répondit Julien, et tu verras que tu n'auras pas lieu de me réprimander une seconde fois 5. » Un jour, où les avocats avaient applaudi l’un de ses jugements, il dit avec émotion : « Je me suis réjoui d’être loué par des hommes à qui j'ai donné la permission de me blâmer, si j'avais fait ou dit quelque chose de contraire au droit 6. » On raconte encore qu’une femme était en procès avec un officier de la garde impériale ayant le grade de « protecteur. » Celui-ci vint

i. « À quo ille ne aberraret, tanquam scopulos cavebat abruptos. » Ammien Marcellin, XXII, 10.

5. Eunape, Continuation de l'Histoire de Dexippe, fr. 24; Müller, Fragm. hist. græc., t. IV, p. 25.

à l'audience en uniforme, et armé. La femme se plaignit amèrement, comme si cet appareil eût eu pour objet de l'intimider. « Poursuis avec confiance, femme, dit l'empereur; si celui-ci a mis son costume militaire, c'est afin de marcher plus facilement à travers la boue : mais cela ne peut nuire en rien à ta cause !. » Quand on entendait ces divers propos de Julien, on eût cru, dit Ammien, que l'antique Justice, depuis longtemps remontée au ciel, selon le dire des poètes, était descendue de nouveau sur la terre ?.

Cependant l'historien, toujours sincère, ajoute que des nuages venaient encore de temps en temps en voiler l'éclat. Julien, entre autres travers, avait la manie de s'informer indiscrètement de la religion des plaideurs®. Ammien ajoute que leur réponse n'’influa jamais sur sa décision{. Mais au moins la question devait-elle souvent avoir pour effet de leur inspirer confiance, s'ils étaient païens, de les intimider, s'ils étaient chrétiens. Et ce sont peut-être des indiscrétions de ce genre qui donnèrent lieu à un bruit rapporté par saint Grégoire de Nazianze : on crut que Julien méditait d'interdire l'accès des tribunaux à tous ceux qui, avant de plaider, n'auraient pas fait acte de paganisme en brûlant de l’encens 5.

En tout cas, il est probable que dans le zèle de Julien à juger quelque chose dépassait la mesure. Les uns attribuaient ce zèle à son envie de tirer tout à soi, de se mê-

Page 1