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Libanius, Epitaphios Juliani

barqua à son tour sur un navire de guerre, suivi d'un second vaisseau, et de nombreux transports où étaient des machines de siège. Il arriva ainsi sous les murs d'Anathan, qu'il jugea assez forts pour opposer une longue résistance. Essayant alors, tour à tour, de la persuasion et de la menace, il somma la garnison de se rendre : Hormisdas, demandé comme interprète, exhortait ses compatriotes et se portait garant de la douceur des Romains. Enfin, chassant devant eux en signe de paix, selon l’usage du pays, un bœuf couronné de fleurs, les défenseurs d’Anathan sortirent de la forteresse et firent leur soumission. Parmi eux marchait un vieillard presque octogénaire, entièrement courbé par l’âge, mais exultant d’avoir, grâce à ses conseils et à son influence, déterminé cette démarche. Son histoire était tout un roman. Il avait fait partie, en 297, de l'expédition de Galère. Abandonné, après une blessure, il avait été recueilli par les indigènes et s'était fixé à Anathan. LA, jeune encore, il s'était marié à plusieurs femmes, selon l'usage persan, et avait vu grandir autour de lui de nombreux enfants. Depuis soixante-dix ans il vivait à la manière des Perses, mais annonçant à tous qu'il reverrait ses compatriotes et serait enseveli en terre romaine. Maintenant ses vœux étaient accomplis. Il fut conduit, avec les autres défenseurs d’Anathan, leurs femmes, leurs enfants et leur mobilier, tout près d’Antioche, dans la ville syrienne de Chalcis, que Julien leur assigna comme résidence. Dès que tous eurent quitté la forteresse, on y mit le feu. Quant à l'officier qui l'avait commandée et livrée, Pusée, il passa au service des Romains, et fut récompensé immédiatement par le grade de tribun : sous l’un des règnes sui-

vants il deviendra commandant militaire de l'Égypte.

Le lendemain de la reddition d’Anathan, Julien eut la joie de voir des éclaireurs sarazins amener plusieurs prisonniers persans. Mais, le même jour, l’armée fut très éprouvée par une bourrasque, qui arracha une partie des tentes : le vent soufflait si fort que les soldats ne pouvaient se tenir debout. L'Euphrate s’enfla, et comme les écluses, qui, de place en place, réglaient le cours du fleuve et des nombreux canaux qui y aboutissaient, avaient été arrachées soit par la violence du courant, soit, comme le croit Libanius ?, par une ruse de l’ennemi, plusieurs bateaux de blé furent noyés*. Les soldats, les animaux, les convois, défilèrent avec une extrême difficulté dans des plaines à demi submergées, franchissant les cours d’eau sur des ponts jetés à la hâte, glissant sur la berge mouillée du fleuve, parfois se noyant dans les canaux dont le lit disparaissait sous l’inondation #. Malgré ce contretemps, l’armée était plus enthousiaste que jamais. La capture facile d’Anathan l’avait exaltée. On était sûr de la victoire finale; on acclamait le prince; on voyait en lui le protégé du ciel5. Julien, cependant, ne relâchait rien de sa vigilance accoutumée. Quand les troupes se remirent en marche, il fit lui-même le métier d’éclaireur. On le voyait, avec une petite escorte, courir sur le front des bataillons, fouiller les

1. Ammien Marcellin, XXIV, 1; Libanius, Epitaphios Juliani (Reïske, t. I, p. 595); Zosime, III.

2. Libanius, Epitaphios Juliani; Reiske, t. 1, p. 596. — De même, à propos d’une inondation semblable, Xénophon, Anabase, If, 3.

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