‹ julien l'apostatChapitre 142 sur 229 · Zosime, JII · texte numérisé non relu

Zosime, JII

fourrés suspects ou les vallons, de peur qu'il ne s’y cachât quelque embuscade, empêcher par des paroles affectueuses ou par des menaces les soldats de s’écarter du rang. L'armée traversait en ce moment des régions fertiles et peuplées : l’ordre était donné aux soldats de faire main basse sur les denrées qu'ils rencontreraient, et de vivre aux dépens du pays, de manière à affamer ensuite l'ennemi et à épargner la nourriture transportée par la flotte : puis, quand on avait pris tout ce qui pouvait ètre consommé ou emporté, on mettait Le feu aux récoltes et aux maisons. Mais, au milieu de cette abondance, les soldats étaient avertis de se garder des excès de vin : l’un d'eux, surpris en état d’ivresse par une troupe de Persans, avait été égorgé sous les yeux de l’arméet.

Les Romains arrivèrent bientôt en vue d’une autre île fortifiée, Tilutha, dont la citadelle, perchée sur une montagne, comme un nid d’aigle, paraissait imprenable. On la somma néanmoins de se rendre. Ses défenseurs répondirent qu'ils suivraient le sort des armes et livreraient la place au vainqueur : en attendant l'issue de la campagne, ils s’engageaient à ne commettre aucun acte d’hostilité. En conséquence, ils laissèrent la flotte romaine passer librement devant leurs murailles. Un troisième fort, Achaïacala, défendu également par un bras du fleuve et par l’escarpement de ses rochers, fit la mème réponse. Continuant à descendre l'Euphrate, les Romains trouvèrent d’autres places moins bien fortifiées, et que l'ennemi avait abandonnées, ne croyant pas les pouvoir défendre : ils lesincendièrent.

Jusque-là, c’est-à-dire après avoir descendu plus de

la moitié du cours du fleuve, et cheminé pendant près de trois semaines en territoire persan, les Romains n’avaient ni rencontré une grande ville, ni vu une armée ennemie. Ils aperçurent enfin une vaste cité, dominée par un acropole, que couronnait un temple magnifique. C'était Diacira. Julien résolut de l’occuper. Mais elle était située sur la rive droite du fleuve. Il fallut traverser de nouveau celui-ci, en un point qu Ammien appelle Baraxmalcha, et longer son cours pendant quelques milles, l'aile gauche de l’armée étant maintenant appuyée à l'Euphrate. Quand on entra dans Diacira, on trouva la ville abandonnée. Tous les hommes avaient fui. Seules restaient quelques femmes, que les soldats égorgèrent sans pitié. On trouva des magasins remplis de blé et de sel. Quand on eut tout pillé, on mit le feu aux édifices etaux maisons. Le même sort fut, un peu plus loin, celui d’une autre ville également abandonnée, Ozogardama, voisine d’une source de bitume, comme il s’en trouvait tant dans ce pays ‘, et près de laquelle aussi était un ancien camp de Trajan, avec les restes de la tribune d'où il avait harangué ses troupes. L'armée prit en ce lieu deux jours de repos.

À l’aurore du troisième jour, les Romaïns virent pour la première fois briller au soleil les casques et les cottes de maïlles de la cavalerie persane. Les troupes de Sapor étaient commandées par le généralissime ou swrena : des auxiliaires sarazins, célèbres par leur férocité, et appartenant à la tribu des Assanites, y servaient sous la direction de Malachus Podosaces, leur phylarque. Un. premier engagement faillit amener la capture du prince

Page 1