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Zosime, III

par une citadelle bâtie sur un escarpement de rochers.

Julien établit son camp près de la ville, en le fortifiant soigneusement, car on était sans cesse en contact avec les cavaliers ennemis. Puis, accompagné de quelques soldats d'infanterie légère, il fit le tour des murailles, afin d’en étudier les points faibles. Cette inspection manqua de lui coûter la vie. Comme il passait devant une porte basse, des soldats de la garnison en sortirent, gravirent sur leurs genoux le revers du fossé, et s’élancèrent à l’improviste sur l’escorte de l'empereur. Deux d’entre eux reconnurent Julien à son costume, et l’assaillirent. S'abritant de son bouclier, Julien tua l’un d’eux, d’un seul coup; ses soldats, se jetant sur l’autre, le criblèrent de blessures. Le reste des assaillants prit la fuite. Julien, rapportant les dépouilles enlevées aux morts, comme dans les combats chantés par les poètes, revint au camp, au milieu des cris de joie et des applaudissements. Mais bientôt il reconnut que ce camp était mal situé, et dans un endroit insalubre : il fit, le lendemain, passer à son armée sur des ponts les canaux qui avoisinaient la ville, et un peu plus loin établit un nouveau camp, garanti contre les incursions de la cavalerie persane par un double vallonnement.

Avant que la ville fût complètement investie, beaucoup de ses habitants parvinrent à s'enfuir, les uns à travers bois, les autres par les canaux et les marais. Queiques-uns, surpris dans des barques, furent tués par les Romains : la plupart gagnèrent Ctésiphon, que seulement quatre lieues et demie séparaient de Maogamalcha. Ceux qui restèrent, soldats ou citadins, formaient encore une masse compacte : c'étaient tous gens résolus à ne pas se rendre. Contre de tels défenseurs il fallait

procéder avec méthode. On entreprit un siège régulier. Double ligne de circonvallation, plates-formes destinées à recevoir les machines de guerre, tranchées, mines, furent construites à la fois, sous la direction de Nevitta et de Dagalaïphe. Dès que tout fut prêt, l'attaque commença. En présence se tenaient les Persans, debout sur les remparts, couverts de lames de fer adhérentes et serrées comme des plumes, et les Romains abrités dans leurs tranchées par la carapace des boucliers. Soudain celle-ci s’entr'ouvrit : se garant des flèches par une sorte de claie ou d'écran d’osier, les assiégeants s’avancèrent, au-dessus des fossés récemment comblés, jusqu'au pied des murailles. Les assiégés leur opposèrent les traits des archers, les balles des frondeurs, ou jetèrent sur eux des pierres, des torches enflammées, des masses de fer. Plusieurs fois repoussés, les Romains revinrent toujours en avant, sous la protection de l'artillerie, dont les décharges remplissaient l'air de sifflements et de fracas, les balistes lançant de leurs courroies flexibles Les longs javelots, les scorpions faisant pleuvoir les boulets de pierref, L'ardeur insupportable d’un soleil brûlant mit seule fin au combat.

Celui-ci reprit le lendemain, sans amener d’abord plus de résultat. A la fin de la journée, les deux partis luttaient mollement, comme s'ils eussent été sur le point de se séparer, quand un dernier coup de bélier, lancé au hasard, ébranla contre toute attente une très haute tour, laquelle, en s’écroulant, entraîna dans sa ruine une partie du mur qu’elle surplombait. La brèche était ouverte : on s’y battit longtemps et avec acharnement.

Mais la nuit vint, qui interrompit la lutte. Les Romains étaient rentrés dans leurs quartiers, quand, à la surprise de tous, retentit soudain le clairon, ordonnant un nouvel assaut. Voici ce qui s'était passé. Julien venait de recevoir la nouvelle que les légionnaires qui travaillaient à la mine avaient dépassé les fondations des remparts, et n'avaient plus que quelques coups de pioche à donner pour déboucher dans l'intérieur de la ville. Aussitôt il lança, de deux côtés à la fois, des colonnes d’assaillants, afin que les assiégés, occupés par cette nouvelle attaque, et se portant tous aux murailles, n’entendissent point le bruit de la sape, et en même temps laissassent tout autre point dégarni de défenseurs. C’est alors qu’à la faveur des ténèbres émergèrent du sol, d’abord le soldat Exupère, de la cohorte des Victorieux, puis le tribun Magnus, le notaire Jovien!, suivis d’une troupe de hardis combattants. Ils égorgèrent d’abord les habitants de la maison dans laquelle débouchait la mine ?, puis, étouffant le bruit de leurs pas, ils firent main basse sur toutes les sentinelles. Alors seulement ils poussèrent un eri de victoire, et acclamèrent l’empereur. Surpris, attaqués à la fois par le dehors et par le dedans, n'ayant plus le temps de gagner la citadelle, les assiégés se virent perdus. Les Romains tuaient, sans distinction d'âge ou de sexe : les Persans fuyant le fer, fuyant l’incendie, se jetaient du haut des murailles. De tous les défenseurs de la ville, quatre-vingts soldats seulement survécurent, avec Nabdate, leur commandant.

1.11 ne faut pas confondre ce Jovien avec son homonyme, le futur empereur. Sur la mort tragique du notaire Jovien, voir Ammien Marcellin, XXV, 3.

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