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Une femme occupée à pétrir le pain, dit Zosime

Julien fut modéré dans la victoire. Pensant à son panégyriste Libanius : « Je viens, dit-il simplement; de préparer une belle matière à l’orateur de Syrie!. » Il fit aux survivants de la garnison grâce de la vie. Quelques jeunes filles, « belles comme toutes les femmes de Perse, » dit Ammien, lui furent amenées : imitant la vertu d'Alexandre et celle de Scipion, il ne voulut pas même les regarder. Tout le butin fait dans la ville fut distribué entre les soldats : Julien garda pour sa part trois pièces d’or et un jeune enfant sourd-muet, dont le langage par signes l’avait amusé. Puis on procéda aux récompenses : ceux qui s'étaient distingués par leur vaillance reçurent « la couronne obsidionale. » On chercha vainement, pour la lui donner, un guerrier d’une taille gigantesque, qui avait été vu, au plus fort de la bataille, appliquant des échelles contre les murs : beaucoup demeurèrent persuadés que ce mystérieux combattant, disparu après la victoire, était le dieu Mars en personne ?.

La route paraissait maintenant ouverte vers Ctésiphon. Depuis plusieurs jours, l’un des généraux, Victor, envoyé en reconnaissance, avait annoncé que tous les chemins étaient libres. L’ennemi ne se montrait nulle part. Cependant, au moment de lever le camp, après avoir détruit tout ce qui pouvait l'être des fortifications de Maogamalcha, on vint avertir Julien que, dans des souterrains près des remparts, ouvrages de défense particuliers au pays, il y avait des Persans cachés, qui tomberaient à l’improviste sur l’arrière-garde, dès que l’armée

1. Libanius, Epitaphios Juliani; Reïske, t. I, p. 608. 2. Ammien Marcellin, XXIV, 4.

serait en marche. Des soldats, envoyés par Julien pour les débusquer, ne purent ou n’osèrent pénétrer dans ces dangereuses cavernes : ils en bouchèrent l’entrée avec des sarments, et, mettant le feu à ceux-ci, enfumèrent les défenseurs. Des Persans périrent étouffés : d’autres, étant sortis pour fuir l’asphyxie, furent massacrés !. L'armée, au sortir de Maogamalcha, dut traverser sur des ponts plusieurs canaux ou bras de fleuve. En débouchant d’un de ces ponts, l'avant-garde, que commandait maintenant Victor, aperçut une armée qui venait de Ctésiphon dans le but de disputer le passage aux Romains : elle était commandée par le fils de Sapor, autour duquel se pressaient les plus nobles et les plus brillants cavaliers de la Perse. Maïs dès que parurent les Romains, cette armée se replia.

Continuant d'avancer, les Romains aperçurent un palais, construit aans le style de l'Occident. C'était une maison de plaisance des rois de Perse. Alentour s'étendaient de vastes parcs, où étaient gardés pour les chasses royales des fauves de toute espèce, lions, ours, sangliers. Heureux de rencontrer un édifice bâti à la romaine, Julien commanda d’épargner le palais; mais les soldats, brisant les barrières, tuèrent à coups de flèches et de javelots Le superbe gibier qui s’offrait à eux. Après s'être reposée pendant deux jours dans un pays fertile, où les chevaux trouvèrent un abondant fourrage, l’armée reprit sa route : Julien précédait, avec l'avant-garde. On rencontra une ville abandonnée, qui avait été, paraitil, détruite par Verus en 164, et que Zosime appelle

1. Ammien Marcellin, XXIV, 4; et Libanius, Epitaphios Juliani.

Sabatha!. Près d'elle s'élevait une potence, à laquelle se balançaient encore des squelettes blanchis. C’étaient, dit-on, ceux des parents du traitre qui livra Pirisabora, non à Julien (car celui-ci dut la prendre de vive force), mais, quatre-vingts ans plus tôt, à Carus?. Une autre exécution eut lieu.au même endroit, par l’ordre de Julien : on y brüla vif Nabdate, le commandant de Maogamalcha, à qui avait été fait d’abord grâce de la vie; il parait que, enhardi par cette grâce, il s'était, depuis lors, montré insolent et n’avait cessé de poursuivre d’injures le prince Hormisdas. L'armée romaine ne s’arrêta point pour visiter la ville abandonnée; mais, à peine eut-elle dépassé celle-ci, que les portes s’en ouvrirent, et que des cavaliers persans attaquèrent trois cohortes de l’avant-garde. D’autres, ayant traversé un bras de fleuve ou un canal, enlevèrent les chevaux que l’on menait à la suite de l’armée, et tuèrent les soldats qui les conduisaient. Partout se faisait sentir maintenant la présence de l’armée persane, qui évitait les batailles rangées, mais, à l’abri des villes, des forts, des canaux, des fleuves, multipliait les escarmouches.

On approchait du Tigre, et l’on était presque en vue de Ctésiphon. Avant de songer aux moyens d'attaquer cette capitale, Julien, qui, ne voulant laisser derrière lui aucun point d'appui à l'ennemi, détruisait systématiquement toutes ses forteresses, alla reconnaître une petite place, très bien fortifiée, qui se trouvait sur la

1. Zosime, III — Ammien Marcellin, XXIV, 5, semble la confondre à la fois avec Séleucie et avec Coché; mais son texte, en cet endroit, est très corrompu.

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